Le Voyage de Chihiro (analyse)

Le succès triomphal et la reconnaissance internationale

Le Voyage de Chihiro arrive dans la filmographie Ghibli après l’échec au box-office de Mes Voisins les Yamada. Pour Hayao Miyazaki, c’est celui qui succède à Princesse Mononoke et ses splendides réussites critique et commerciale. Après s’être écarté du Studio Ghibli, il y fit son retour suite au décès prématuré de Yoshifumi Kondô (Si tu Tends l’Oreille).

Miyazaki et le producteur phare du Studio Ghibli, Toshio Suzuki, ne le savent pas encore pendant la création, mais Chihiro abattra un à un tous les records. D’abord au Japon, avec plus de 23 millions d’entrées, le record absolu au cinéma japonais qui avait vu Titanic battre récemment le score de Mononoke. Il accrochera la première place du box-office pendant 20 semaines. Il devient également le film le plus rentable de l’histoire japonaise, malgré un budget de près de 2 milliards de Yens. Avant même sa sortie à l’international, il devient le premier film non-anglophone à dépasser les 200 millions de Dollars de recettes (il atteindra 275M$ au total). Il faudra attendre plus de dix ans pour qu’il soit dépassé à ce rang par… le français Intouchables.

La sortie du Voyage de Chihiro en occident est accompagnée par le puissant marketing de Buena Vista, qui vient alors de décrocher le fameux accord international pour la diffusion des films du Studio Ghibli hors Japon. Cette campagne de publicité lui permet d’atteindre 1,6 millions d’entrées en France, mais surtout de remporter un catalogue impressionnant de récompenses. Parmi celles-ci, les plus notables restent l’Ours d’or du meilleur film à Berlin en 2002 (il est le premier film d’animation à l’obtenir) et l’Oscar du meilleur film d’animation en 2003, écrasant les productions américaines L’Âge de Glace et Lilo & Stitch.

Bien qu’il ait annoncé vouloir prendre sa retraite lors d’une conférence de presse, quelques jours seulement avant la sortie au Japon, Miyazaki commencera à travailler sur un nouveau projet (Ponyo) avant de devoir reprendre les rennes du Château Ambulant.

Le monde des bains (Aburaya) et les dieux-esprits

Contrairement à une croyance occidentale, Le Voyage de Chihiro ne fait pas appel à tant de références mythologiques des contes et légendes japonaises qu’il n’y paraît, mais plutôt à un mélange de culture contemporaine et d’imagination de son réalisateur.

Le monde des bains jouit de certaines règles mais surtout de sa propre logique, qui peut paraître absurde aux étrangers. Un des exemples les plus forts et candides est le réveil des filles après les pluies torrentielles : un océan s’est formé au loin, ce dont Chihiro s’étonne, alors que Lin trouve cela normal. À ma connaissance, ce n’est pas lié à quelconque croyance japonaise mais à une simple création de Miyazaki sur la physique de cet univers fantasmé.

Selon la pensée japonaise, le monde des dieux (kami) et des esprits (yokai) se superpose au nôtre. Pour simplifier, pensez à Totoro. Le Voyage de Chihiro utilise des symboles carrolliens (tunnel, rivière, pont) non seulement pour marquer un franchissement, mais également pour signifier la difficulté à retourner dans son propre monde. En extrapolant, on marque la différence de dimensions comme dans Le Magicien d’Oz ou Alice au Pays des Merveilles. D’ailleurs, Chihiro partage avec Alice ce rapport capital à l’alimentation : le repas fastueux transforme les parents de Chihiro en cochons ; le médicament de Haku la sauve de la disparition et ses onigiri la réconfortent ; la boulette du dieu des rivières soigne le sans-visage et Haku, etc.

Le monde des bains agit également comme une critique de la société contemporaine. Son existence même révèle que les dieux / esprits doivent se délasser, voire se purifier ou même se soigner. Aburaya est un établissement de thermes (appelés onsen ou sentô) comme il en existe des centaines au Japon ; à ceci près que celui-ci leur est réservé. Qui les fatigue ou les salit ? Le client putride agit comme un révélateur du caractère écologique sous-tendu : lorsqu’elle libère le dieu des rivières, c’est aussi bien une prise de conscience pour Chihiro qu’une réparation des actes pollueurs de ses pairs humains, que l’abandon de détritus avait rendu méconnaissable même de ses congénères.

Une autre donnée soulignée est la critique de l’argent comme vecteur de corruption des mœurs. Lorsque Chihiro demande à son père d’arrêter de manger sans l’autorisation des restaurateurs, celui-ci lui répond qu’il a de l’argent et même sa carte bancaire, pourtant encore peu utilisée au Japon, pour régler un éventuel problème. Le Sans-visage (traduction littérale de son nom japonais « Kaonashi ») semble agir sur une réflexion analogue : le moyen de paiement, en l’occurrence l’or, peut tout acheter. C’est Chihiro qui lui fait prendre conscience de l’inverse : elle n’aura jamais rien accepté de lui directement, car ce qu’elle recherche ne peut pas être payé ou consommé. De là se crée une perte de repère pour le sans-visage (son schéma relationnel s’écroule), d’où sa phase de folie et de destruction. Sa gloutonnerie n’est pourtant que le moyen de combler une insatisfaction, tant il semble démuni et plaintif lorsqu’il ne régit pas le rapport social par sa distribution de pépites. À l’autre bout de la chaîne, les employés d’Aburaya sont eux aussi corrompus par la vue de richesses. Mais celui-ci est illusoire, en témoigne le pourrissement du tas d’or récupéré par Yubaba.

D’un point de vue occidental, il est difficile de vouloir placer les protagonistes sur un échiquier manichéen. Dans Le Voyage de Chihiro, peut-être plus encore que dans les autres films de Miyazaki, c’est un classement inutile. Même les sorcières jumelles ne répondent pas aussi simplement à ces codes bien / mal. Yubaba, qui apparaît à première vue comme la « méchante » idéale, de par son autorité et son avidité, respecte à la lettre les lois de son monde comme donner du travail à qui en demande, ou encore tenir sa promesse en libérant les parents de Chihiro. Zeniba, elle, n’est pas son pendant modèle de gentillesse (elle cherche à tuer Haku pour le vol de son sceau), mais elle pardonne immédiatement et sa sagesse libère les protagonistes. Il y a un jeu de mot d’ailleurs sur leurs prénoms : « Yubaba » signifie littéralement « la vieille des bains », mais lorsque l’on attache leurs premiers kanji (caractères japonais) « zeni » et « yu », on obtient « sento », qui signifie « bain public ».

Enfin, il reste un geste mal compris des Occidentaux, lorsque Chihiro écrase plus ou moins volontairement le ver de corruption de Yubaba recraché par Haku. Comme souillée et dégoûtée, elle se tourne vers Kamaji qui lui demande de faire « engacho » (du vocabulaire enfantin, contraction de « en ga chogireru », littéralement « lien coupé »). Elle a alors les deux index et pouces joints, formant un cercle qu’il s’empresse de séparer avec sa main. Il s’agit d’un vieux rite qui dit que l’impureté ou la « crasse » disparaît grâce à ce geste. On le fait plutôt aux enfants, par exemple lorsqu’ils ont marché dans une crotte de chien, pour dire qu’ils n’ont pas été « contaminés » par l’impureté. On peut alors dire « engacho kitta, kagi shimeta! » qui se traduit par « on a coupé le lien [avec l’impureté] et on l’a enfermé à clé ! ».

Perdre son identité pour se construire : la dualité Sen / Chihiro

Un point capital du Voyage de Chihiro est la déconstruction de la jeune protagoniste vers une certaine forme de schizophrénie positive pour son évolution personnelle. Le moment charnière est la modification du nom de Chihiro par Yubaba ; cet acte ne se dévoile pleinement qu’en connaissant un peu de japonais, je vais donc vous l’expliquer.

Dans la langue japonaise, les noms et prénoms sont constitués de caractères appelés kanji qui ont un sens, mais également plusieurs lectures selon qu’ils sont utilisés seuls ou accompagnés. En l’occurrence, le nom de « Chihiro » est formé par les kanji « sen » (pour « mille ») et « jin » (qui signifie « recherche » ou « interrogation »). Son nom de famille, « Ogino », peut être traduit par « champ de roseaux ». Il faut savoir que le choix des kanji est très important pour constituer les prénoms japonais ; comme la langue est constituée d’énormément d’homophones, on donne toujours la signification des kanji lorsque l’on parle de son prénom (pour savoir ce que les parents ont voulu qu’ils signifient). En ne conservant que le premier caractère du prénom, sur les quatre que son nom compte en tout, Yubaba ôte à Chihiro la dénomination sous laquelle elle était connue jusqu’à présent et donc son identité, ainsi que ses racines via cette forme de lien à ses parents. Or, dans le monde d’Aburaya, on ne peut rentrer chez soi si l’on oublie son nom d’origine. Par ce biais de réduction nominale, Yubaba prend un contrôle incommensurable sur ses employés. L’exemple le plus frappant est Haku, présenté comme une âme damnée (il est l’esprit d’une rivière drainée par l’expansion immobilière des hommes), coincé par l’oubli de son nom original et, partant, de son identité.

Le titre japonais du film exprime bien cette différence de personnalité : Sen to Chihiro no Kamikakushi. « Kamikakushi » est un terme employé au Japon pour parler des disparitions, en sous-entendant que les personnes disparues, en particulier des enfants, ont été cachées par des dieux / esprits (c’était le cas des Tengû à leur introduction dans le folklore japonais). Ce titre original revêt ainsi une signification très intéressante, puisqu’en le traduisant cela peut tout aussi bien donner « La disparition de Sen et Chihiro » que « Sen et la disparition de Chihiro » ! Cette deuxième possibilité illustre plus encore ce qui est montré dans le film : en passant dans le monde des bains, Chihiro est comme mise en veille, et c’est la part Sen de sa personnalité qui va évoluer, mais dont le retour d’expérience va profiter à Chihiro au bout du compte. Chihiro est effrayée d’oublier son nom mais c’est cette période en tant que Sen, pendant laquelle elle vit avec de plus en plus de sérénité, qui la fait le plus avancer et se trouver. Plus le film avance et moins elle est inquiète du sort de ses parents, car elle gagne une foi en elle-même, donc en indépendance.

On a beaucoup lu que Chihiro était une enfant gâtée voire capricieuse. Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. Miyazaki affirme lui-même en interviews que la fillette est peureuse car elle est trop protégée. Physiquement, cela est représenté par sa maigreur. On devine dès le début du film qu’elle est enfant unique, et rien de plus normal à dix ans que de bouder parce qu’on change d’école. Chihiro me semble plaintive uniquement parce qu’elle n’a pas connu d’aventure, gardée par ses parents et possiblement par une société japonaise aseptisée. Or, c’est elle qui semble plus mature que ses parents lorsqu’elle leur déconseille de manger au restaurant sans autorisation. Tous ses actes par la suite font preuve de noblesse d’âme, d’un excellent jugement et d’une maturité impressionnante dans sa réaction aux situations pourtant délirantes. Sans doute grandit-elle grâce aux épreuves traversées, mais elle avait déjà dans son cœur les composantes essentielles de cette ouverture. La rencontre de Sen avec Bô, le bébé surprotégé de Yubaba, la met face à ce qu’elle était en tant que Chihiro : protégée du monde extérieur, donc craintive de ce qu’elle ne connaît pas. Or ce voyage dans un monde qui lui semblait inconnu est surtout l’occasion de voyager dans son propre univers intérieur pour se découvrir et laisser s’exprimer des talents enfouis en elle-même.

Il y a une scène qui symbolise merveilleusement ce que la fillette va vivre : c’est la descente des escaliers au début du film. Très craintive au départ, ses pas sont lents et peu dégourdis. Il suffira d’une marche qui craque et d’un coup de vent pour qu’elle dévale à toute vitesse ce long escalier, avec une précision incroyable et sans tomber. La seconde fois où elle devra emprunter un tel chemin, sur un tuyau pourtant rustique et décrépissant au-dessus du vide, elle courra avec confiance en elle sans hésiter. La progression entre ces deux séquences fut donc considérable. Sen a permis à Chihiro d’apprendre comment s’adapter à ce monde aux règles en apparence absurdes ; or ce n’est pas le monde qui est important, mais la capacité de la fillette à s’adapter à un nouvel environnement en s’y faisant accepter. Dans cette entreprise elle est aidée par Lin, qui joue la grande sœur dans sa dualité, un rôle récurrent dans quasiment tous les films de Miyazaki (Cagliostro, Nausicaä, Totoro, Porco Rosso, Mononoke).

Cette adaptation et l’existence sociale sont précisément ce que le sans-visage n’arrive pas à réaliser. Miyazaki avancera en interview que ce personnage symbolise le Japon contemporain, oubliant ses valeurs et son identité et plongeant dans la surconsommation et le culte de l’argent, créant ainsi un comportement déviant voire violent. Assagi avec l’intervention de Sen, il montre un caractère bien plus serein lors du thé avec Zeniba, dégustant une part de gâteau doucement, à la fourchette, prenant le temps de mâcher et ne s’énervant pas une fois sa part terminée, alors que le reste du gâteau trône devant lui.

La fin du film : de la séquence du train au retour dans son monde

La longue séquence de fin du Voyage de Chihiro, depuis la montée dans le train, suscite énormément d’interrogations. On peut lui trouver différentes interprétations. C’est un moment d’un calme impressionnant, où beaucoup d’informations implicites sont glissées, comme si elles devaient être perçues indépendamment par chaque spectateur. Kamaji prévient Sen que ce trajet est un aller simple, que le train ne fait pas demi-tour : en ce sens, on peut considérer le voyage comme une allégorie de la vie, qui n’autorise pas de retour en arrière. Notre héroïne y fait face avec une sérénité et une détermination remarquables, qui tranchent nettement avec sa moue boudeuse et plaintive lors de son premier voyage, en début de film. D’enfant (sur)protégée, elle est devenue une référence au sens de senpai (expérimentée), aussi bien pour Bô que pour le Sans-visage. Ce voyage peut donc représenter, sous cet angle, le passage de l’enfance à l’âge adulte, alors que la locomotive porte la marque de « voie centrale ».

Toutefois, la séquence du train présente également un caractère extrêmement mélancolique, dans laquelle les humains sont des ombres, comme le Sans-visage, mais sans parole et sans vie. Le contrôleur effectue sa routine, de manière aussi machinale que le trajet des passagers. Aucun d’eux ne communique ni n’émet de son en patientant pour descendre à des stations, tous plus identiques les uns que les autres. Sont-ils les humains qui ont disparu du monde des esprits, comme a failli le faire Chihiro ? Est-ce là une représentation des transports en communs de Tokyo (en particulier les trains de banlieue et métros) où personne n’échange rien et patiente individuellement ?

On note également un arrêt où une petite fille semble attendre quelqu’un depuis des lustres, comme Hachiko. Est-elle la représentation de l’après-guerre, où nombreux étaient les Japonais qui espéraient le retour d’un de leurs proches, tombé au front ?

En repassant dans son monde, Chihiro est accueillie par ses parents qui l’appellent par son nom et semblent ne se souvenir de rien. Comme dans le mythe d’Orphée, la fillette ne doit pas regarder en arrière pendant son retour, mais elle ne commet pas cette même erreur. Il est clairement exprimé que Chihiro sait qu’il s’est passé quelque chose d’exceptionnel. La remarque de Zeniba vient le confirmer : « On n’oublie jamais ce qu’il s’est passé. On ne peut simplement pas s’en souvenir ». Le ruban que la sorcière lui a laissé en est un témoignage. Seuls les parents n’ont pas progressé dans l’aventure ; fermés à leur environnement, ils ont oublié qu’ils ont été des cochons sauvés par leur fille. Le sont-ils encore en leur for intérieur ?

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Sen to Chihiro no Kamikakushi (Hayao Miyazaki - 2001)
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8 commentaires
Publié par Gael
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Gael est le responsable de Kanpai depuis sa création. Amoureux de la culture japonaise au sens large, il voyage au Japon régulièrement depuis 2003 et partage ses infos, bons plans et un certain regard sur le Japon.
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8 commentaires sur cet article
MacGivre
31 Octobre 2012
23:36

Eh bé ! Ça c'est de l'analyse ! Je me demande comment tu fais pour trouver tout cela dans les ghibli : tu les visionne des milliers de fois ?
En tout cas cela m'aurait presque convaincu du bien de chihiro mais je suis assez réfractaire au folklore japonais : je n'aime pas toute ces créatures surnaturelles, je suis peut être trop cartésien... Dommage car ton analyse donne envie de revoir le film pour constater tout cela.

Sinon la partie de l'article sur le "engacho" : c'est claire qu'à traduire c'est pas évident pour nous qui n'utilisons pas du tout ce geste ; J'ai pu remarqué un autre geste presque anodin mais que nous n’interprétons pas de la même façon que les japonais (du moins j'ai l'impression) : le doigt d'honneur (non pas dans chihiro...)
Dans Battle royale, ce geste semble fait pour que le destinataire se taise. J'ai croisé aussi ce geste plusieurs fois dans des anime et ce n'était "visiblement" pas forcement un geste d'insulte.

Ne serait-il pas intéressant de faire un article sur la gestuelle japonaise qui n'existe chez nous ?
--> pourquoi le V sur les photos-portraits ?
--> pourquoi la main ouverte et à plat devant la bouche quand certaines femmes rigolent ?
-->le signe de "viens par ici" qui peut être interprêté par "fout le camp" pour un français
...

01 Novembre 2012
10:45

Merci pour ce retour.
Je les regarde plusieurs fois, et après je me creuse la caboche ;-)
Pas bête l'idée sur la gestuelle japonaise, je note l'idée !

05 Novembre 2012
09:32

Une belle analyse, comme toujours, bravo !
Le Voyage de Chihiro, est probablement mon film Ghibli préféré, il est tellement riche de sens et de symboles, que j'en découvre de nouveaux à chaque fois que je le regarde, et pourtant j'ai dû le voir au moins une douzaine de fois.
On pourrait par exemple ajouter à ce que tu écris sur la construction de l'identité, que les clés pour démarrer celle-ci sont données à Chihiro dès le début par Haku : manger quelque chose de ce monde pour ne pas disparaître, autrement dit se plier aux règles de la société pour qu'elle nous accepte, et insister, ne pas céder, afin de trouver un travail auprès de Yubaba. Et paradoxalement, ce sont ces 2 premières étapes, pourtant essentielles, qui vont justement l'amener à perdre son prénom, et à devoir se construire en tant que Sen. Un cheminement qui rappelle d'ailleurs une notion qu'il nous est souvent difficile de comprendre, en tant qu'occidentaux, à propos de la vie japonaise, et que tu as plusieurs fois évoquée sur Kanpai : comment affirmer sa personnalité, son individualité, tout en s'insérant convenablement dans la société pour la faire avancer ?
Le personnage de Sans-Visage, au contraire de Chihiro, ne bénéficie pas du soutien de Haku. Et on pourrait peut-être voir là une manière de rappeler l'importance de l'accompagnement (de l'éducation ?) dans le bon développement de la personnalité et de l'identité : une fois que Chihiro et Zeniba ouvrent leur porte (au propre comme au figuré) à Sans-Visage, celui-ci finit par trouver sa propre voie, et s'insérer lui aussi.
Et puis au-delà de tout ça, il y a la magnifique musique de Joe Hisaishi, notamment pendant le voyage en train, qui reste pour moi une des plus belles et poétiques séquences de cinéma que j'ai pu voir.
Bon, ben j'ai de nouveau envie de le voir maintenant, et rien que pour ça, merci à toi ! :)

05 Novembre 2012
09:46

Merci Chototoro pour avoir complété l'analyse avec ces remarques très judicieuses. :)

06 Novembre 2012
09:31

Merci beaucoup pour cet article de fond. Je suis parfaitement d'accord sur le fait que les parents n'ont finalement pas évolués et qu'ils restent en eux les mêmes bêtes qu'au cours du film.

Bravo :) !

Lana
30 Novembre 2012
12:35

Merci beaucoup pour ton article ! Que dire ! Tu as tout expliqué, de manière très claire et détaillée, comme à ton habitude. Merci beaucoup !

Ayant beaucoup aimé ce film - fan des productions Ghibli démasquée ! - j'ai pu me replonger, grâce à ton article, dans cet univers si poétique.

Arno
24 Mars 2013
10:56

Super analyse !

C'est de loin mon film préféré et je l'ai vu au moins une dizaine de fois.
Je me permet juste une remarque pour le changement de nom, qui a mon sens a une autre interprétation possible. Yubaba en transformant le nom de Chihiro va plus loin que lui voler son identité. Comme tu l'as souligné, Sen signifie mille et donc Chihiro, en devenant l'employée de Yubaba, devient un simple numéro parmi les autres, elle n'a plus d'identité propre (c'est d'autant plus renforcé par le fourmillement d'employés des bains, mais ou les interactions sont faibles entre eux)

Mais ce n'est qu'un point de vue :D

Pink Kaonashi
06 Juin 2014
11:57

Etant sur un sujet d'argumentaire, tu m'aide beaucoup à comprendre les sens cachés des films de Miyasaki, et je me rend compte que 2 personnes ne peuvent pas comprendre toujours les même choses. Grace à toi j'ai pu confirmé des idées que j'avais eu par moi même, et les compléter :)
Merci pour ces critiques constructives et sans manichéisme (comme les films de tonton Hayao)

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