Série de 12 OAVs diffusées en VHS (1997) puis en version "tout public" à la télé nipponne, Sakura Tsuushin est passé par le marché Zone 1 (qui a lui aussi connu les deux sorties mais sous le même nom de "Sakura Diaries"), et nous avons droit au master américain non censuré et un troisième nom: "Sakura Mail". Précision importante avant de commencer: l'oeuvre d'U-Jin en général et cet anime en particulier ne sont pas pornographiques, mais érotiques. Nuance. On y voit de la fesse et du téton, mais pas d'acte sexuel; on peut définir ça dans le cadre de fan service très poussé, sans plus. Pour rester dans les termes de japanime, on ne range pas ça dans le genre "hentai" mais dans "ecchi" (se dit en raison de la prononciation de la lettre H pour "Hentai", mais ce n'est pas assez osé pour dire tout le mot!). L'âge recommandé sur cette édition française est d'ailleurs "+16" et non pas "+18" ; les joueurs de jeux vidéo savent qu'il peut y avoir un fossé dans cette différence de notation.

Cette série est donc basée sur le manga éponyme signé par U-Jin, auteur érotique surtout connu en France pour Angel, le premier manga "pour les grands" diffusé sur le territoire. Les éditions Tonkam essuyèrent une interdiction d'exposition (qui déclencha un texte et une pétition reproduits à la fin des derniers volumes et sur cette page Web), ce qui les poussa à abandonner ce marché à présent fort lucratif. Si ça vous intéresse, l'adaptation en anime, Shin Angel, est cependant toujours trouvable (VHS chez Katsumi Vidéo, DVD chez Manga Distribution). Le culte d'U-Jin n'en fut que renforcé, et il fait partie du Ecchi Zaibatsu, un groupement des auteurs les plus doués pour dessiner de la chair fraîche et comprenant des maîtres comme Satoshi Urushihara ou Masakazu Katsura. Ce cartel ne vous dit rien? Normal: l'Ecchi Zaibatsu est une idée sortie de mon esprit pervers pour mieux honorer ces auteurs qui, en des temps immémoriaux (le début des années 90), ont éveillé ma puberté. Pour mieux situer en une phrase: là où Katsura dessine avec brio des collégiennes en fleur, U-Jin fait des lycéennes en fleur. Mais hormonées dans les deux cas, hein.

Autant dire que ce n'est pas par hasard que je suis tombé sur cet anime: en fait, je l'attendais depuis un bon moment. Il est donc arrivé tout en bas des plannings, discrètement. Dynamic Bénélux nous fait là un joli cadeau qui est garanti de passer inaperçu! Une série sans prétention, avec une version DVD sans prétention, le tout pour un résultat de ventes qui sera sûrement tout autant sans prétention. La preuve: Dybex vend Sakura Mail sous forme d'un coffret (contenant toute la série sur 4 disques). Un COFFRET! A 30€ seulement! Et ça vient de l'éditeur qui va vendre les 150+ épisodes d'Inu Yasha avec un DVD de 4 épisodes à la fois - à mon avis, il y a un coupon fourni dans chaque boîte, et tous les réunir vous donne droit à un meuble Ikéa pour ranger la collection complète. L'authoring DVD est ici réduit à son strict minimum: épisodes, bandes-annonces et basta, même pas un menu animé - et ne comptez pas sur un doublage français que personne n'ira écouter! On voit que l'éditeur a acheté les droits en trouvant une liasse de billets tombée entre les deux coussins du canapé, mais on est loin de s'en plaindre.
Je vous donne le pitch: Touma, jeune étudiant campagnard vient à Tokyo pour aller à l'université, s'amourache d'une gonzesse, échoue (pour l'examen et pour la fille) mais s'apprête à retenter son coup (oui, pour les deux aussi) en étant supporté par sa cousine Urara, évidemment folle amoureuse de lui (mais qui ne l'encourage que pour les études, hein). Ca semble usé comme tout depuis que Love Hina a relancé en 2000 ce genre de scénario, hein? Mais là, nous sommes avant Akamatsu, avant son fan service bovin qui ratisse large et fait défiler les filles comme autant de matière masturbatoire. Nous sommes encore dans les années 90, où la femme était unique et vénérée. A l'époque, on tenait ses promesses, monsieur. Le fan service était un terme à prendre au premier degré: un service rendu au fan qui matait la série, pas un aimant à audimat à part entière! Et on savait s'y prendre! Quand U-Jin s'engage, ça déménage! Cher public, le contrat est là, noir sur blanc: vous aurez des étudiantes ET des lycéennes, ces dernières pouvant porter des uniformes, comprenant mais pas limité à: uniforme d'été, uniforme d'hiver, culotte de sport, maillot de bain réglementaire ou bikini. Des titres d'épisodes suggestifs, genre "Première fois", "L'heure du bain" ou "Esclave de l'amour". Vous aurez des scènes chaudes à s'en assécher la rétine! Sortez le collyre, et ce ne sera pas que pour se rincer l'oeil! Vous aurez même, attention public, je crois que personne ne pourra dépasser cette offre... une lycéenne qui demande conseil à un énorme ours en peluche en le serrant dans ses bras, pour savoir si elle doit s'épiler ou pas pour l'homme de sa vie! Oui cher public, c'est une promesse tenue! Ah, restez assis, je vous en prie! Et tout ça sans jamais sortir la boîte de Kleenex, car nous sommes une institution respectable! Ecchi, pas hentai!

Sakura Mail est donc une série à regarder seul: pas pour pouvoir se tirer sur l'élastique, mais pour toutes les émotions qu'elle déclenche. L'histoire est écourtée par rapport au manga, mais les auteurs ont tiré avantage du format OAV à 12 épisodes en faisant une pièce en trois actes: chacun raconte sa part d'histoire plus ou moins mouvementée, mais la progression garde une régularité de papier à musique. La fin, bien qu'heureuse, est adulte: ce n'est pas une conclusion en happy end où tout le monde est joyeux dans un monde tout rose - rassurez-vous, la pilule passe très bien. Certains épisodes m'ont laissé dans une excitation telle que je me suis trémoussé comme un idiot pendant tout le générique de fin devant la télé, c'est dire. Générique de fin écrasé dans ce master DVD pour laisser apparaître en bas de l'image le staff traduit ainsi que celui de Dybex... Mais ce sacrilège commis par un anonyme ne fait que renforcer le sentiment de nostalgie, une des émotions qu'on éprouve en visionnant Sakura Mail. Oui, je viens de faire une boucle avec la première phrase de ce paragraphe, et en plus, je vais l'expliquer.
Nous avons affaire à une série de 1997, l'époque de la fin des animes traditionnels. Les cellulos avec les couleurs faites à la main, les décors peints à l'huile, pas d'images de synthèse... et les éditeurs de l'époque qui nous sortaient des traductions un peu trop adaptées. Anime de qualité pour l'époque: évidemment pas un gros budget, mais dépensé avec parcimonie. Par exemple, au lieu de faire des cellulos mal dessinés et nombreux pour avoir une animation vive, les personnages prennent leur temps, sont un peu plus statiques, mais restent magnifiques, suivant à la perfection le design original d'U-Jin. Ca donne un côté plus intimiste, et personne ne se plaint d'un trait aussi soigné quand il s'agit de représenter des jolies filles.

Ce sentiment de nostalgie se perpétue donc dans le travail de Dybex: un sous-titrage efficace mais qui prend quelques libertés, un DVD sans fioritures et doté des éternels logos à l'insertion qu'on ne peut pas faire dégager pour pouvoir regarder son anime... On se met à penser aux VHS de la décennie passée, et l'hypnose fait son office. Ce générique d'intro, chanté comme le ferait une grande soeur sous la douche, de l'autre côté du mur de la chambre, pendant qu'on est planté devant son magnétoscope (soigneusement relié à une Mega Drive) sur une petite télévision; le cartable jeté dans un coin, avec l'odeur lourde des devoirs à faire; l'excitation mêlée de surprise quand une paire de seins surgit à l'écran; Megumi Hayashibara qui était (et reste!) la reine des seiyuus, les doubleuses de dessins animés... Les acteurs, qui cumulaient surtout les seconds rôles à l'époque, ont fini par perçer: Touma est joué par Mitsuaki Madono, excellent dans le rôle de Sorata Arisugawa dans X Clamp, et Kyoko Hikami, qui interprète Urara, est maintenant connue grâce à sa prestation de Rabi-en-Rose dans Di-Gi Charat.

En bref, Sakura Mail est une série très agréable, qui tient ses promesses et s'adresse à ceux qui ont fini leur puberté. Pour un anime qui a débuté en VHS, le DVD offre une image nette, sans artefacts de compression et sans fioritures ou problèmes, si l'on excepte la réduction de taille du générique de fin pour inclure la traduction du staff. Autre détail de cette édition, les disques sont enfermés dans un boîtier plastique modèle "Scanavo" double, déjà connu pour être utilisé avec World of Warcraft... et pour avoir des disques impossibles à sortir tellement le moulage est serré - très énervant quand le disque commence à se tordre dangereusement parce qu'on tente de le sortir. Dybex a donc fait un bon travail sur cette édition, même s'il s'agit du strict minimum (la mention "Perfect Collection" sur la jaquette n'a pas vraiment de raison d'être!). Les cellulos sont soignés, les personnages sont parfois figés mais bougent bien le reste du temps, les seiyuus entrent bien dans les rôles, et le "tout à la main" est un vestige de l'époque des animes traditionnels. L'érotisme est là sans tomber dans le graveleux, l'esprit de l'oeuvre originale est vraiment respecté. L'histoire est bien racontée, certains moments sont surprenants pour leur ton particulièrement mûr (quelquefois) ou mièvre (rarement); et même si elle s'achève avant le manga (qui a continué après la sortie de l'anime), la fin est parfaitement acceptable pour que cette série tienne seule sur ses jambes. Ne passez pas à côté!

Kanpai pour Kanpai! Cet article fait partie d'un crossover entre Kanpai! et raton-laveur.net, en gage d'amitié et en l'honneur du cinquième anniversaire du site de Gael et Julien; l'article qu'ils ont rédigé pour R-L.net, sur Viewtiful Joe 2, est trouvable ici. Félicitations les gars, et encore une fois, joyeux anniversaire Kanpai!

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