Si vous consultez de temps en temps les critiques d’animés sur ce site, vous ne serez pas surpris de lire que je me méfie de Gonzo Digimation. Le studio nous offre en effet des séries d’une qualité graphique généralement très honnête pour un passage en télévision, mais avec un scénario plutôt fade. Et si cela se discute, Last Exile, Final Fantasy Unlimited, Peace Maker Kurogane, ou encore Gantz sont autant d’exemples qui m’ont plutôt ennuyé. Chrno Crusade est l’adaptation d’un manga de MORIYAMA Daisuke (DN Angel) diffusée au cours de la saison 2003-2004. Son passage télé n’a pas reçu un franc succès : décalée, en cours de diffusion, de l’access prime time en milieu de nuit, la série a de plus souffert de fréquents retards.

A la fin des années ’20, Rosette CHRISTOPHER arpente New York City (dont « Brooklym », sic), accompagnée de son démon repenti, à la recherche de forces maléfiques à anéantir. Le sujet n’a rien de très original ; il a déjà été traité plusieurs fois et n’évite pas, cette fois non plus, l’indécrottable manichéisme. L’héroïne manie aussi bien les obus qu’elle les porte, naturellement. Elle remue ses fesses, joue au casino, porte des robes fendues et un décolleté qui fait rebondir sa poitrine (puisque comme toute femme de caractère qui se respecte dans un animé japonais, il y a du monde au balcon). Elle est entourée de -très- bonnes sœurs aux gros seins, de deux ados androgynes, d’une gamine niaise qui s’excuse tout le temps, d’un beau gosse mystérieux et ténébreux, d’un vieux pervers, et encore d’une femme fatale finalement sensible. Bref, on n’est pas perdu bien longtemps dans l’univers de Chrno Crusade, et encore moins lorsque l’animé reprend avec désintérêt, juste pour la forme, du vocabulaire de la mythologie chrétienne.

Le scénario peine à se lancer sur la première partie de la série, au couvent. C’est d’autant plus regrettable qu’il n’est pas particulièrement touffu. En outre, l’on comprend bien vite les tenants et les aboutissants de l’intrigue, ainsi que les liens entre les personnages. Du coup, certains épisodes semblent un peu vides, et cette impression est comme renforcée par la redondance du schéma narratif. Ailleurs, d’autres épisodes insistent plutôt sur l’humour et les situations rocambolesques. Du coup, des passages plus anodins se révèlent, finalement, presque plus intéressants que des moments au sérieux évincé par le niais. Dans tous les cas, cela rythme la série en évitant de l’enfoncer dans un trop-plein de prise de tête qui la ferait dériver vers le ridicule. Ainsi, le scénario ne se libère jamais des chaînes du classicisme, et même si la fin relève le niveau, il décevra les connaisseurs du manga originel qui cracheront sur le blasphème d’une telle side-story.

Techniquement, Chrno Crusade relève du bon produit Gonzo. Autrement dit, de bonne qualité pour un passage en télé, même si certains décors s’avèrent un peu vides, et quelques animations faiblardes. Le studio insiste plutôt sur de beaux effets de lumière, et l’animation de chorégraphies spectaculaires d’un ou deux passages forts par épisode – généralement, les scènes d’action. Ainsi, l’infographie y sera utilisée à bon escient : 3D, morphing et autres rotations s’avèrent efficaces. Dommage que le sceau Gonzo, ce fameux et pénible filtre flou quasi constant, soit encore une fois présent. Il est évincé par un design des personnages efficace bien que classique (celui des démons en flash-back est beaucoup plus convaincant), un bon choix des couleurs pour contrebalancer la pénombre ambiante, et des musiques pas trop pénibles (avec l’aide de KAJIURA Yuki pour l’une des pistes). Enfin, des poids lourds du seiyû participent au doublage : KAWAKAMI Tomoko pour Rosette (doubleuse d’Utena), ISHIDA Akira pour Chrno (Kaoru d’Eva, Gaara de Naruto), ou encore Junko MINAGAWA pour Joshua (Negima et Tennis no Ôjisama).

Chrno Crusade est de ces séries pas vraiment mauvaises, mais pas non plus franchement excitantes. Dans la grande tradition de Gonzo Digi, c’est à dire plutôt belles (malgré leur foutu filtre) mais un peu mollassonnes. De l’avis des fans, de toute façon, préférez-lui le manga dont elle s’inspire.

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