Le Royaume des Chats (critique)

Film Ghibli - Neko no Ongaeshi

Loin des blockbusters ambitieux que sont devenues les productions des deux maîtres du studio, Ghibli semble préparer l’avenir de sa force de travail en donnant leur chance à de nouveaux animateurs. Première réalisation de MORITA Hiroyuki, sorti en 2002, Le Royaume des Chats a été mal apprécié et pauvrement reçu par le public français, pourtant premier bénéficiaire du long-métrage hors Japon. La faute à une imbécile fermeture d’esprit qui raisonne sur la base du raccourci « Ghibli = MIYAZAKI ». Loin de moi l’idée de dénigrer le travail de l’homme, ou de rentrer dans de lourds débats concernant son éventuelle perte de motivation. Reste que MORITA a tout du futur réalisateur modèle made in Totoro factories.

Adapté du Baron – Neko no Danshaku de HIIRAGI Aoi, commandé par Ghibli comme suite au Si tu Tends l'Oreille du regretté KONDÔ Yoshifumi dont elle assurait déjà la base scénaristique, Le Royaume des Chats devait à l’origine durer vingt petites minutes seulement. Au cours de la production, il devient vite le plus court des longs-métrages du studio (75 minutes, générique compris), devant la qualité du travail de MORITA et la confiance que lui vouent les responsables de Ghibli, le célèbre SUZUKI Toshio en tête. Perçu comme une suite à Mimi o Sumaseba qu’il n’est pas, je définirais plutôt le film comme une histoire parallèle (gaidensetsu ?) de Baron et Muta.

En ayant travaillé sur des références telles que Le Château de Cagliostro, Kiki la Petite Sorcière ou ou Mes Voisins les Yamada (ainsi que Perfect Blue), MORITA a pu développer une certaine appréciation du très recherché « esprit Ghibli ». Il parvient à nous en offrir la tranche la plus rare, celle moins grandiloquente des Souvenirs Goutte à Goutte ou, justement, Si tu Tends l'Oreille, tout en ayant l’intelligence de ne pas rivaliser, sur les plans artistique et scénaristique, avec des œuvres beaucoup plus réputées. Le budget alloué au film, forcément plus limité, semble en tout cas avoir été utilisé avec parcimonie.

Ce qui m’a frappé en premier lieu est le design des personnages, et en particulier la manière dont sont rendus les visages. D’un trait net et efficace, il offre un nouveau style étonnamment juste, à mi-chemin entre les copier / coller des personnages de MIYAZAKI et le classique « grands yeux étonnés » plus caractéristique de l’industrie photocopiste de l’animé à la télévision. Le reste du graphisme s’avère tout à fait acceptable, avec notamment des décors superbement détaillés et colorés, que cela soit en ville, au pays des chats ou dans les intérieurs (chez Von Gikkingen par exemple). Il s’offre également les services de la 3D à deux ou trois reprises, de manière discrète et plutôt bien intégrée.

L’animation, elle, est du Ghibli tout craché : on la reconnaîtrait entre mille, et cela va jusqu’à énerver compte tenu de l’animation des chats trop saccadée, qui aurait mérité plus d’images par seconde. Elle offre tout de même de très belles choses, et sert surtout les nombreuses notes d’humour du film. Certaines séquences, à l’image du trop court passage au pays des chats, ou la chute vertigineuse de fin, sont de véritables perles d’animation et de mise en scène. Le doublage est véritable un modèle de casting réussi. Toutes les voix sont parfaitement choisies, de la douceur de Haru et Yuki au flegmatique via colérique du Neko-sama, en passant par la classe de Baron et Roon et le râleur Muta Renaldo, vers l’hilarante intendante du roi.

Le Royaume des Chats peine à masquer ses allures de moyen-métrage voire d’OAV. Si d’aucuns ont critiqué cet état de fait, je le vois plutôt comme une bonne chose : le rythme effréné se substitue à la quasi perte des passages contemplatifs, l’humour omniprésent et léger à l’ambition et aux problématiques abyssales, et l’héroïne distraite et charmante aux figures emblématiques plus cognitives. En ce sens, il constitue une alternative plus qu’intéressante aux poids lourds du studio. Et si la quête d’identité encore adolescente de Haru se veut moins ambitieuse que convenue, elle a au moins le mérite de ne pas se perdre dans les méandres de considération douteuses.

Rafraîchissant, magique et réjouissant, Le Royaume des Chats a tout de l’affaire rondement menée. Nya nya~

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