Le Royaume des Chats (analyse)

Le renouveau de Ghibli dans une suite

Le Royaume des Chats a pour lui cette double particularité intéressante qu’il est la seule suite d’un film du Studio Ghibli, réalisée par un nouvel homme fort du studio. À l’origine, il s’agissait d’un court-métrage d’une vingtaine de minutes, mettant en scène des chats, commandé en 1999 par un parc de loisirs. Il se dit que Hayao Miyazaki aurait accepté le projet à la condition expresse que les personnages de Si tu tends l’Oreille (Baron et Muta) soient réutilisés. Le studio demanda alors à Aoi Hiiragi, auteure du manga original, d’imaginer une nouvelle aventure dans ce cahier des charges. Ainsi naît Baron, neko no danshaku (qui signifie « Baron, le chat baron »).

Lorsque la commande initiale du parc est abandonnée pour des questions financières, le Studio Ghibli choisit de modifier le projet vers un moyen-métrage de trois-quarts d’heure destiné directement au marché du DVD. La réalisation est confiée à Hiroyuki Morita, animateur reconnu du studio qui s’est notamment illustré sur Kiki la Petite Sorcière et Mes Voisins les Yamada. Lorsque Morita présente son story-board, 525 pages et six mois de travail plus tard, le producteur Toshio Suzuki décide de lui accorder l’honneur d’une sortie cinéma pour un long-métrage qui dure finalement une heure et quart.

Sans tutoyer l’incommensurable succès de son prédécesseur, Le Voyage de Chihiro, Le Royaume des Chats bénéficiera de la notoriété de Ghibli et connaîtra un succès important au Japon, où il sera le film de cinéma le plus vu en 2002.

Il y a un petit oubli de traduction dans le titre du Royaume des Chats, qui s’appelle Neko no Ongaeshi en version originale. Traduit du japonais, cela donne « le(s) chat(s) retourne(nt) la faveur ».

L’aventure fantasmatique au pays des chats

Le Royaume des Chats dévoile un style graphique plus léger aux couleurs pastelles, éloigné des traits habituels de Miyazaki et Takahata, et plus proche du rendu des séries télévisées. Bien que précis et enveloppants, les décors ne fourmillent pas de détail. Cette impression se traduit dans le traitement des péripéties rencontrées par Haru, très rythmées mais toujours abordées légèrement, sur le ton de l’humour, quelle que soit leur gravité apparente. C’est un tranchement très net avec les traitements habituels du Studio Ghibli, bien que Le Royaume des Chats partage une proximité thématique évidente avec sa filiation, notamment dans la croissance morale de la protagoniste.

Le début du film s’inscrit ainsi dans un schéma très classique, urbain (à Tokyo) et où Haru est une jeune femme de 17 ans ordinaire, qui fait face aux questions naïves d’une adolescente sur ses amours. Elle montre d’abord l’héritage de Shizuku dans l’histoire originale. Là où la fracture se fait, c’est que Le Royaume des Chats ne creusera plus cette romance, hormis peut-être dans la vision kakkoii (classe et chic) qu’elle se construit de Baron. À partir de la procession nocturne du Roi-Chat et jusqu’au passage dans le bureau de la terre, véritable tunnel entre deux mondes, le film retrouve des composantes très inspirées de l’œuvre de Miyazaki. Seul absent : le truchement des dieux et esprits qui est peu suggéré ; les chats étant présentés comme une espèce, certes anthropomorphe, mais tout ce qu’il y a de plus tangible, excepté lors du passage à l'autre monde. On retourne alors dans une configuration plus proche d’Alice aux Pays des Merveilles que du Voyage de Chihiro, bien que les trois histoires se recoupent énormément.

Le Royaume des Chats se tient dans un traitement léger, joué de manière éminemment fine par Morita, qui devait investir un terrain moins sérieux sous peine de se voir comparé avec l’écrasant et trop récent Chihiro. Ainsi, tout effort de haute opinion est anéanti par un contrepoids gaguesque toujours bien senti. Trois exemples me viennent à l’esprit. D’abord, la procession nocturne en début de film qui, malgré la déférence évidente apportée au Roi des chats, vire à la représentation ubuesque notamment grâce aux chats gardes du corps à la robe en forme de costume noir sur chemise blanche. Ensuite, lors des « assassinats » des chats bouffons dans la grande salle, qui sont jetés du haut du palais sous un rythme de running-gag qui anéantit toute violence. Peut-on également ajouter qu’un chat est censé toujours retomber sur ses pattes. Enfin, la transformation de Haru en chat, et le compte à rebours qui y est associé lorsqu'elle se trouve au royaume des chats, qui ne l'effraye qu'un court laps temps et se transforme en gimmick kawaii drôlatique.

Il y a également un bon travail de localisation et de doublage dans les tics verbaux des personnages chats. En japonais « miaou » se dit « nya » et cette dernière onomatopée est très utilisée en suffixe des phrases de la version originale. Dans le doublage français, les syllabes en « ma » sont transformées en « mia », ce qui s’avère fidèle à l’esprit décalé proposé tout le long du film.

On dénote peu de niveaux de lecture dans le Royaume des Chats, contrairement à beaucoup d’autres films du studio, notamment à cause des personnages qui, sans verser dans la caricature, montrent des caractères très définis : l’innocent Haru, le faux-méchant Muta, le parfait Baron, le mécréant Roi, le courageux Loon, la pure Neige, etc. Le film parlera donc en priorité aux plus jeunes, mais aussi aux adultes qui cherchent un divertissement agréable. En ce sens, Le Royaume des Chats a déjà été comparé aux productions de Disney. Mais il dévoile également un clin d’œil intéressant pour les puristes, celui du Chat Botté de 1969, dans lequel Miyazaki avait pris une part importante de l’animation. Beaucoup de scènes du dernier quart, dans la tour, en sont relativement proches.

Sous la bannière du Studio Ghibli, Le Royaume des Chats peut surprendre par son absence de creusée de la personnalité de Haru, passant au second plan des péripéties, là où elle est généralement une de ses conséquences. Haru comme le téléspectateur sont emmenés dans une courte échappée belle. Il n’en reste pas moins un souffle nouveau au studio, qui ne sera pas transformé, puisque Morita ne réalisera pas d’autre film pour le studio.

Neko no Ongaeshi (Hiroyuki Morita - 2002)
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Publié par Gael
Fondateur / Rédacteur en chef
Gael est le responsable de Kanpai depuis sa création. Amoureux de la culture japonaise au sens large, il voyage au Japon régulièrement depuis 2003 et partage ses infos, bons plans et un certain regard sur le Japon.
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1 commentaire sur cet article
Lana
24 Novembre 2012
14:55

Merci pour cette analyse !
J'ai beaucoup aimé Le royaume des chats. Jolie histoire, dans laquelle on est emportés "naturellement" : tout est simple et doux... Enfin, c'est ce que j'ai ressenti ! Je ne sais pas si je suis bien claire ... >_< !!
J'ai beaucoup aimé l'ambiance, les dessins, les musiques... Oh et puis, un chat en guise de baron, je n'avais jamais vu ! Chapeau ! Il était parfait !

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