G4techTV

La chaîne US du jeu vidéo

Si l'on veut du jeu vidéo à la télévision, et que l'on est aux USA, pas besoin de chercher trop loin. Deux chaînes s'offrent à vous, G4, sorte de GameOne local, et techTV, chaîne dédiée aux nouvelles technologies et donc au jeu vidéo. Mais deux chaînes aussi ciblées que ça pour un seul pays, aussi grand soit-il que les Etats-Unis, c'est presque trop, et c'est ainsi que j'aurai vécu, pendant mon séjour, à la fusion qui a donné naissance à G4techTV.

G4techTV, c'est du jeu vidéo, du jeu vidéo et encore du jeu vidéo, avec un soupçon de technologie entre deux, histoire de rappeler que c'est bien une fusion, et pas une absorption de techTV par G4. On retrouve donc entre autres des émissions comme X-Play, principalement dédié aux tests et previews de jeux vidéo, Filter, un top 10 qui aura su faire scandale, Judgement Day, encore des tests, Pulse, un vrai JT du jeu vidéo, Cinematech, une compilation de trailers de jeux ou Icons, des documentaires concernant des points clés de l'histoire du jeu. A cela s'ajoute également des émissions de compétitions sur les jeux, des "talk-show", et autres dérivations possibles des émissions des chaînes de télé généralistes avec pour thème le jeu vidéo. Il n'y cependant heureusement pas encore de Loft vidéoludique ou autre "Videogame Academy". Mais connaissant les dérives des goûts des producteurs de télé, ça ne saurait tarder, même si cela est une autre histoire. En revanche, parce que les joueurs aiment aussi l'animation japonaise, les fins de soirées sont composées d'une série d'épisodes de dessins animés plus ou moins récents, avec un doublage anglais souvent aussi pathétique que les pires doublages français.

Tout ceci est bien sûr entrecoupé de publicité, beaucoup de publicité. Il faut compter environ 2 minutes de publicité par tranches de 5 minutes d'émission. Mais curieusement, la publicité pour les jeux vidéo se fait plutôt rare. Les entreprises du milieu jugent-elles inutile de faire de la publicité pour des produits dont le débat est fait lors des émissions ? Peut-être bien, oui. A moins bien sûr qu'un annonceur puissant, au budget quasi illimité ne se soit réservé la majorité des espaces disponibles sur une chaîne dédiée à son public cible, les jeunes hommes américains. De qui s'agit-il ? De la très "extérieure au milieu" armée américaine. Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, vous aurez droit à chaque espace publicitaire à soit une publicité pour la US Army, soit une pour les Special Forces, ou une autre pour la Navy, quand ce n'est pas les trois à la suite. Une sollicitation poussée à l'extrême qui peut choquer. Et entre deux pubs incitant à s'engager, ce sont plutôt les articles de téléachat, ou les médicaments (principalement ceux pour paraît-il maigrir) qui font leur promotion dans des spots testimoniaux des plus hypocrites et ennuyeux. La coupure pub peut être un réel divertissement, mais ici, force est de constater qu'elle est plutôt là pour inciter à faire autre chose que la regarder.

Toujours est-il que cette omniprésence de l'armée dans les coupures publicitaires n'est peut-être pas aussi hors sujet que ce que l'on pourrait croire. En effet, en regardant les émissions de jeux vidéo américaines, l'on se rend vite compte que le préjugé facile sur l'attirance naturelle du grand public américain pour les jeux de guerre (ou plus généralement pour les jeux mettant en scène des armes à feu) est bien une réalité. Il ne se passe pas une émission sans qu'un ou plusieurs FPS, RTS ou je ne sais quel autre genre de jeu mettant en scène un contexte militaire ne soit encensé. Au contraire, les RPG, et plus principalement les Final Fantasy ne semblent de loin pas avoir la cote auprès des animateurs. Cela ne transmet cependant pas tout à fait l'avis des joueurs, puisque pour une émission de X-Play composés de tests choisis par les joueurs, le contenu élu ne comportait que du Star Wars (KOTOR sur Xbox et RSIII sur GC) et du Final Fantasy (XI sur PC et X-2 sur PS2). Toujours est-il que, et l'on s'en rend compte aussi en allant faire ses courses dans les magasins spécialisés, les américains aiment la guerre, aiment les armes à feu, et adorent ainsi les jeux qui mettent tout ça en scène, lorsque l'on voit de quelle manière ils sont mis en avant. Il ne faudrait pas non plus oublier les jeux de sport, principalement le basket et le foot US qui restent également bien évidemment des genres extrêmement populaires. Toujours est-il qu'il est impressionnant de voir clairement les préférences et différences. Européens, américains ou asiatiques, nous n'avons définitivement pas les mêmes goûts, ce qui peut faire naître certaines incompréhensions, même si heureusement de grandes séries arrivent toujours à nous mettre d'accord.

Quant à la chaîne en elle-même, avec un nombre important d'émissions différentes et certains présentateurs de qualité, elle reste intéressante à regarder. Ce n'est cependant de loin pas un modèle, compte tenu de certains dérapages, en particulier celui de l'émission Filter dont je parle plus bas, et bien sûr des nombreuses différences de goûts et couleurs que l'on peut comprendre, mais qui ne permettent parfois pas de rester scotché des heures devant la télé. De plus, malgré la vaste diversité des émissions, les rediffusions sont également trop nombreuses. Surtout pendant la période de fusion où les nouveaux enregistrements auront été bien trop rares. Mais comme ils le disent si bien, ce n'est pas une rediffusion, mais une occasion de revoir les meilleurs moments. Comme les pires…

Avant de terminer, je vais encore revenir sur deux points particuliers. La période de l'E3, que j'aurai vécu, grâce à cette chaîne, de manière différente des autres années, ainsi que l'émission Filter, qui aurait pu créer un immense scandale si elle avait eu une diffusion internationale.

L'E3 sur G4techTV

Une fois l'E3 arrivé, les rediffusions à répétition ont cédé leur places aux mêmes émissions, cette fois en direct du Convention Center de Los Angeles. L'on pourrait s'imaginer aux anges d'avoir une chaîne de télé pour nous parler de l'E3, et rien que de l'E3 24 heures sur 24. Mais comme le chocolat, plus on en mange, moins on l'apprécie, avant de le vomir. Et c'est ainsi qu'à force de voir les mêmes trailers des mêmes jeux avec les mêmes impressions d'une émission à l'autre je suis arrivé au point de saturation. Sans parler du fait que, fusion oblige, les émissions ont ensuite été rediffusées, encore et encore pendant plusieurs semaines. On notera toutefois une bonne surprise de l'émission X-Play. Ils décernaient leurs "Best of E3 2004", et à mon plus grand étonnement, le "Best of the Show" aura été attribué à biohazard 4. Et non, pas à Halo 2, Doom 3, Half-Life 2 ou je ne sais quel FPS, mais à biohazard 4. Il faut toutefois dire que compte tenu de la qualité de ce que Capcom nous a montré, il était tout à fait normal que ce titre reçoive cette récompense.

Filter

L'idée de l'émission est intéressante. A chaque édition, l'animatrice, Diane MIZOTA (ce nom vous dit quelque chose ? La belle a tenu quelques petits rôles, dont celui de Fook Mi dans Austin Powers in Goldmember) nous invite à un compte à rebours de 10 à 1 dans différents thèmes. Que cela soit les meilleurs jeux d'un genre, sur une machine, ou au contraire les pires, toutes les raisons sont bonnes pour faire un top 10 sympathique. Ou du moins, cela aurait pu l'être s'ils n'avaient pas créé le scandale de l'épisode "Worst Games of All Time". Vous n'en aurez sûrement pas entendu parlé, normal, ça n'est pas le genre de chose qui aurait choqué l'audience américaine. Mais je ne doute pas qu'une fois que vous aurez lu l'histoire, vous le serez tout autant que moi.

C'est donc lors d'une après-midi pas très ensoleillée que je passe un petit moment agréable en compagnie de la charmante Diane MIZOTA, qui nous raconte qu'aujourd'hui, ils vont faire le top 10 des pires jeux de l'histoire du jeu vidéo. C'est avec le sourire que je vois donc défiler des jeux médiocres, tels que Bubsy 3D, Superman 64, Charlie's Angels, Resident Evil Survivor ou Zero Wing. Mais lors du duel final (les deux jeux en tête sont toujours présentés sous cette forme), l'amusement laisse place à l'effroi. L'immonde Zelda sur CD-I se voit se disputer le titre de pire jeu de tous les temps avec Shenmue. Oui, vous avez bien lu, le Shenmue de Yû Suzuki, certes ennuyeux par moment, mais à l'ambiance et la réalisation d'une qualité rare se voit traité comme la pire des daubes de l'histoire. Heureusement, c'est le Zelda CD-I qui sera monté sur la plus haute marche du podium, mais malgré ceci, force est de constater que le choc est bien là. On notera en même temps le manque de professionnalisme des professionnels de la profession censés faire des commentaires qui n'auront décidément rien compris à Shenmue, en le traitant de jeu ennuyeux où il faut parler bêtement à tout le monde et où il ne se passe rien. Un seul un peu plus intelligent que les autres aura mis ceci sur le compte d'une différence culturelle. Soit, toujours est-il que ce jeu n'était vraiment pas à ce place ce jour-là. Reste que si vous cherchiez encore une raison de l'échec de Shenmue sur le marché, je crois que là, vous l'avez.

Alors certes, par la suite, ils nous ont proposé des émissions sympa, mais réellement, après ceci, je n'ai plus jamais regardé ce show avec le même intérêt. D'autant plus que le public, qui avait pourtant élu Shenmue 3e meilleur jeu Dreamcast, y est directement impliqué.

La page internet concernant cette édition de Filter est consultable ici.

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