Shenmue, dent dure (analyse)

A quand Shenmue 3 ?

He shall appear from a far eastern land across the sea.
A young man who has yet to know his potential.
This potential is a power that could either
Destroy him or realize his will.
His courage shall determine his fate.
The path he must traverse, fraught with adversity.
I await whilst praying.
For this destiny predetermined since ancient times.
Awaiting in anticipation.
A dragon emerges from the earth as ominous clouds fill the sky.
A Phoenix descends from the heavens trailing purple wind from its wings.
The pitch-black night unfolds with the morning star as its only light.
And thus the saga… begins.

Shenmue est le genre de saga qui laisse des traces dans l’histoire du jeu vidéo. Qui détermine de nouveaux genres, qui offre au média jeu vidéo de nouveaux horizons, qui marque une césure entre son avant et son après. Projet personnel de SUZUKI Yû (l’homme derrière Hang On, Space Harrier, OutRun, After Burner, Virtua Racing, Daytona USA, Virtua Fighter, etc.), également série ambitieuse de l’AM2 derrière une SEGA déterminée par sa Dreamcast, les aventures du jeune HAZUKI auront marqué un grand nombre d’amateurs du jeu vidéo et continuent de se tailler une place de choix dans le cœur de ces mêmes joueurs. Analyse d’un triomphe ludique et critique qui s’est transformé en gouffre financier pour SEGA.

La saga doit d’abord une partie de son succès aux nombreux bouleversements qui ont rythmé son historique. SUZUKI débute le projet Virtua Fighter RPG en 1994, avant de lui donner une ligne directrice parallèle à la célèbre saga de jeux de combat, laissant alors le champ libre à cette horreur de Cyber Generation et conservant quelques éléments de VF pour à peine les transformer dans ce qui deviendra Shenmue. Project Berkley, centré sur l’enquête vindicative de HAZUKI Ryô, est alors prévu pour une sortie sur Saturn (le développement avait tellement avancé que Berkley dépassait largement les éléments scénaristiques de l’actuel Shenmue II). Puis il devient Shenmue, attendu comme l’un des titres de lancement de la Dreamcast, qui ne sortira finalement qu'un an plus tard, fin 1999, sur la machine à spirale orange. Isshô Yokosuka n’est, comme son titre l’indique, que le premier chapitre d’une saga que SUZUKI pense en seize d’entre eux découpés en six jeux. Devant les raccourcissements demandés par les producteurs, le script originel aura connu de nombreux remaniements, avant de s’arrêter sur une progression trilogique.

Finalement, pour des raisons pécuniaires, seuls deux opus paraîtront. Car Shenmue se révèle être un véritable gouffre financier pour une SEGA qui n’a plus franchement les reins solides. La saga devenue mythique a été développée pour un coût estimé à près de 70 millions de dollars, dont 20 rien que pour le premier volet. Alors que l’éditeur tablait sur des ventes record, Shenmue Isshô s’est péniblement écoulé à un million d’exemplaires mondialement, dont une petite moitié rien qu’aux États-Unis. Quant au second opus, le Japon l’a tout simplement boudé, puisque seules 125.783 copies y auront trouvé acquéreur. L’on peut attribuer en partie cet échec au fait que l’aventure se déroule à présent en Chine, c'est-à-dire pas vraiment la destination rêvée des Japonais. Dans ces conditions et devant le déplorable échec de la Dreamcast face à ses concurrentes, SEGA a finalement choisi de ne pas donner de suite scénaristique à l’une de ses plus grandes réussites ludiques.

Ainsi, la saga a pu acquérir ce statut particulier : vilain petit canard du grand public, canonisée par les amateurs du milieu. Pour avoir tant investi (qualité graphique exceptionnelle, moulage des bustes des personnages, architectonie des environnements, gigantesques possibilités d’actions et de dialogues, création du genre FREE pour Full Reactive Eyes Entertainment, présentations et concerts VIP pour le public japonais, etc.), Shenmue est l’une des sagas qui ont osé penser le jeu vidéo en tant qu’art. Pour les hardcore gamers, elle représente un symbole idéal de la prise de pouvoir du capitalisme sur leur marché, en même temps qu’elle constitue l’un des points d’orgue de la grande aventure SEGA, avant que la firme ne s’aventure en remaniements d’équipes douteux et ne s’embourbe dans le développement et l’édition de jeux tous plus médiocres les uns que les autres.

Pour le joueur en tant qu’utilisateur, l’aventure Shenmue est celle d’une fable épique accoutumante. Comme pour les grandes sagas à plusieurs épisodes, Xenosaga en tête de file, la séparation de la narration en épisodes a créé une dépendance affective, d’autant que la saga est chargée émotionnellement. Imaginez un instant que l’on n’ait pas livré aux amoureux du cinéma les schémas scénaristiques conclusifs de Kill Bill ou de Star Wars. Impossible ? C’est pourtant le cas de l’épopée Hazukienne, arrêtée à ses deux tiers, pour s’envoler vers deux horizons peu ambitieux. Le premier, Shenmue The Movie, met bout à bout quelques cinématiques en temps réel pour offrir un semblant de long-métrage (au scénario non terminé, il va sans dire). Le second, Shenmue Online, envisage de profiter de l’immense marché du MMORPG en Corée pour proposer un ersatz d'Enter The Matrix en créant un tas de personnages inconnus jouables et en oubliant de faire progresser le scénario.

Pour en revenir aux véritables Shenmue Isshô et Shenmue II, Ryô, qui porte l’aventure des points de vue scénaristique et ludique, connaît un succès indémodable parmi les amateurs. Il représente en quelque sorte l’avatar modèle, l’archétype du démiurge virtuel dans le monde du jeu vidéo. Valeureux, séduisant, puissant, il a tout pour faire rêver les joueurs en mal de transfert libertaire, qui se reconnaissent dans son identité contrastée et l’ambivalence d’un moi fantasmé : héros au caractère devenu vindicatif, il conserve le respect des traditions et de la hiérarchie sociétale, mais n’hésite pas à lâcher ses poings sur tous ceux qui se mettraient en travers de sa route.

Ryô symbolise également tout un esprit japonais recherché par les occidentaux. Derrière son aspect d’aventure épique, Shenmue offre une simulation de relations sentimentales en interaction avec différents types de femmes, toutes plus attirantes les unes que les autres, dans leurs genres respectifs. En outre, la liberté donnée au joueur n’est pas seulement limitée à l’enquête qui, en schématisant, fait progresser l’aventure et ne rapproche que du to be continued final. Shenmue est l’un des premiers titres à proposer une liberté tout à fait parallèle à la progression linéaire classique du jeu : le joueur peut se balader dans les environnements, et interagir avec ceux-ci sans penser à une finalité concrète ni définie par les développeurs.

À l’heure où ces lignes sont écrites, il n’est absolument pas question de suite et fin à la saga, puisque Shenmue III a été démenti à plusieurs reprises par des pontes de SEGA et les développeurs même. Devant les remaniements hasardeux de l’AM2 parmi les autres équipes de la firme, SUZUKI a migré vers son Digital Rex, comme le fera d’ailleurs MIZUGUCHI en quittant le hérisson bleu pour fonder Q Entertainment. Beaucoup de développeurs responsables de Shenmue ont, eux également, déserté vers le studio Gargoyle Mechanics. Plus les années s’enchaînent, plus une mise bas du troisième et dernier opus de la grande saga relève donc du fantasme.

Article intéressant ?
5/5 (1 vote)

Galerie photos

  • shenmueinteret01
  • Shenmueinteret02
  • Shenmueinteret03
  • Shenmueinteret04
  • Shenmueinteret05

Informations pratiques

Thématiques associées

Kanpai vous suggère également ces articles

Commentaires

kal
24 Juillet 2005
17:20

j'adore shenmue c'est de la bal

ryo san
07 Août 2005
13:10

dommage ..sega nous a vraiment déçu en anonçon qu'il y aura pas de suite de la saga shenmue.
moi j terminer plusieur fois pluto une disaine de fois shenmue1 et2 et je continue a rejeoue a cette saga meme si je sais qu'il ny aura de suite probable mais c'est comça en peut pas se lassé de saga immence..

HuynKel
15 Août 2005
22:42

Shenmue, number 1 in my life ! sinon trés bon article !

fukudan
15 Janvier 2006
16:54

Très belle article, cruellement vrai

Lucifer
09 Février 2006
10:40

La saga Shenmue ou L' Atlantide virtuel engloutie dans les méandres du néant par les démons du capitalisme.Néanmoins,les souvenirs éternels de ce paradis oublié pousseront les apôtres à la recherche de 3 artefacts sacrés(Crest Star Sword,Phoenix and Dragon Mirror)et dont leur réunion sera indispensable au réveil de cette trinité vidéoludique.A la fin de cette épopée homérique dans laquelle les apôtres auront livrés des batailles acharnées face à des esprits malfaisants tels que le Marketing et le Profit,la prédiction s' accomplira:celle de la renaissance de cet ange déchu en une véritable divinité tutélaire afin de pourfendre ces êtres sataniques responsables de la situation d' ennuie neurasthénique régnant au sein de l'univers vidéoludique;de transfigurer le réel,le virtuel et l'irréel;de révéler au monde obscurci par les ténèbres de l'ignorance,sa lumière et son véritable visage:le nirvana ludique."Telle est la prophétie de la Wave Existence,écrite dans un vieux manuscrit(datant de l' an -5000 au temps de l' ère de la Guerre du Cosmos)et découvert au sein des vestiges du Merkabah.

Ajouter un commentaire