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Les Enfants Loups (critique)

Mamoru Hosoda - Ookami Kodomo Ame & Yuki

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C’est systématiquement la même rengaine lorsqu’un film d’animation japonaise débarque sur les écrans français. On a beau être les mieux lotis au monde, après le Japon lui-même, pour la diffusion de manga ou de japanimation, l’intelligentsia cinéphile se borne à rapprocher toute nouvelle sortie du sacro-saint Hayao Miyazaki.

Or, il y a un geste éminemment malhabile et terriblement cruel pour Mamoru Hosoda que cette comparaison avec l’œuvre d’une légende comme Miyazaki, formulée par les omniscients critiques auto-proclamés. Hormis le genre (animé) et la provenance (Japon), Les Enfants Loups marque par son absence de point commun avec les films du maître. Quitte à chercher chez Ghibli, il s’avère beaucoup plus proche des travaux de Isao Takahata !

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Le fait est que Les Enfants Loups présente un divertissement en demi-teinte, parce qu’à mon sens il se cherche tout du long. On assiste parfois à des accès de bravoure d’une qualité élevée, avec des passages extrêmement charmants, sans toutefois tutoyer le génie que certains lui revendiquent de ce côté-ci du globe. Mais le film souffre surtout de quelques maladresses étonnantes venant d’un réalisateur aussi talentueux, de certaines longueurs de traitement, et de drôles d’ellipses dans les treize ans de sa couverture de la vie de Hana.

En voulant traiter un sujet aussi concret et complexe, Hosoda rencontre parfois de la difficulté à trouver son équilibre dans l’extirpation de la réalité. C’est comme s’il avait voulu se désenchainer du pathos en usant du fantasmatique, mais sans jamais réussir à décoller du syndrome mélodramatique de la « mère courage » qui confine parfois le film à du drama de seconde zone.

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Et puis, il y a cet usage désordonné de l’animation assistée par ordinateur, parfois assez mal incrustée et qui peine à convaincre sur certains passages (on a même entendu certains la confondre avec des prises de vues réelles). C’est d’autant plus étrange que sa présence, depuis le sixième film One Piece en passant par la Traversée du Temps, jusqu’à la réussite technique Summer Wars, s’était plutôt faite en bonne intégration.

Si c’est du Ghibli hors Ghibli que vous cherchez, il se trouve sans doute plutôt du côté de Makoto Shinkai et de productions telles qu’Agartha. À mon sens, Les Enfants Loups reste un bon film d’animation, mais pas exempt de défauts et qui ne présente pas ce qui justifie certaines des éloges entendues.

Profitons-en pour arrêter de vouloir à tout prix trouver un successeur à Hayao Miyazaki, ça devient aussi usant que déplacé. Contrairement aux derniers films de la houlette Ghibli, le réalisateur en particulier ne mérite certainement pas qu’on l’écarte de suite.


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À propos de cet article

Fondateur du site en mars 2000, Gael est le responsable éditorial et administratif de Kanpai depuis sa création. Amoureux de la culture japonaise au sens large, il voyage au Japon régulièrement depuis 2003 et partage ses infos, bons plans et un certain regard sur le Japon.

Publié le 10 septembre 2012

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9 commentaires
  1. Whoa… Il s’agit d’une des rares critiques « négatives » que j’ai lu récemment sur ce film… Dommage que je ne puisse pas me faire mon propre avis malheureusement, vu que le film ne passe que dans un seul cinéma dans ma région et à des horaires d’écolier genre 14h ou 16h… Les clichés ont la vie durent…

    On verra ça en DVD…

    Par AngelMJ le 11 septembre 2012 à 10:42
  2. Pour ma part, je cherche des films ou des animes que j’adore. J’ai trouvé Summer Wars si passionnant que je ne l’ai pas regardé en entier. Ponyo sur la falaise m’a paru très superficiel comparé à de nombreux animes, y compris celui qui nous intéresse ici. Pourtant il s’agit bien d’un Miyazaki. Mais personne ne peut produire un Mononoke à chaque fois je suppose.

    J’ai vu trois parties distinctes dans « Les Enfants Loups » : la relation de couple, les premières années des enfants et la rupture symbolique avec l’enfance. Ces trois périodes m’ont beaucoup plu, au point que je n’ai pas vu passer les deux heures. Pourtant, j’ai souvent du mal avec la tranche de vie. Mais là, j’ai vu une riche évolution, quelque chose qui dépassait les petits gestes de tous les jours, tout en ne parlant que des petits gestes de tous les jours.

    Pour l’animation, je préfère ne pas trop m’avancer. Je ne m’y connais pas du point de vue technique, je ne peux parler que du ressenti qui restait très positif. Il est dommage de se cambrer sur Miyazaki, car il n’est pas parfait et malheureusement pas éternel. La comparaison avec Takahata est peut-être mieux choisie. Mais qu’il s’agisse du Tombeau des lucioles, de Pompoko ou des Yamada (trois des quatre animes de l’auteur que j’ai vus, le dernier étant Nausicaa), il s’agit de tranche de vie qui sait aller plus loin. Pourtant est-il vraiment nécessaire de se référer à d’autres auteurs pour mettre en valeur Hosoda ?

    Globalement, je préfère ne comparer Hosoda à personne. Mais Miyazaki fait partie des rares auteurs japonais d’animes bankables en France, si ce n’est pas le seul. La comparaison vient peut-être de là.

    Par Natth le 11 septembre 2012 à 23:33
    • Natth, je crois qu’il te faut réviser tes classiques de Takahata ;-)
      Il n’a pas réalisé Nausicaä, et tu oublies Omoide Poroporo (cité très justement par Kabu) ainsi que Panda Petit Panda et, dans une moindre mesure en l’occurrence, Horus.

      Ponyo superficiel ? Attends de lire mon analyse alors ! Globalement, je conseille à tous de lire les analyses « mercredi c’est Ghibli » que je propose sur Kanpai, cela permet de creuser un peu plus loin dans leurs films.

      Par Gael le 12 septembre 2012 à 10:05
      • Pour Takahata, je n’ai cité que les titres que j’avais vus. Mais je reconnais que je suis loin d’avoir tout vu. Pour Nausicaä, j’ai mal regardé Wikipedia, car il est juste crédité comme producteur. Le pire est que j’étais persuadée qu’il n’avait pas réalisé Nausicaä avant de regarder Wikipedia. Je ne devrais plus publier de commentaires tard le soir…
        Honnêtement, j’ai eu beaucoup de mal à accrocher à Ponyo, car je l’ai trouvé plutôt creux. Mais c’est aussi une question de ressenti, une impression en partie subjective. Je lirai donc ton analyse sur cet anime.

        Par Natth le 12 septembre 2012 à 13:29
  3. Je ne suis pas non plus pour réduire Hosoda à une comparaison avec Miyazaki, car il sait prendre d’autres voies pour faire passer ses messages. Mais pour les enfants loup, réfuter toute évocation de Miyazaki c’est se voiler un peu la face. Il y a au moins autant de Totoro que de Omoide Poroporo dans ce film, si ce n’est plus, donc je ne vois pas en quoi Takahata serait une comparaison plus pertinente. Autant pour ses précédents films la comparaison ghibliesque aurait été à la ramasse autant sur celui-ci on peut faire des rapprochement parfois troublants.
    Donc non, ce n’est pas que l’œuvre d’une intelligentsia maléfique mais bien certaines scènes voire même des éléments de structure du film lui-même qui provoquent ces comparaisons.

    Ensuite, si je suis d’accord sur l’irrégularité plutôt gênante de l’animation, véritable point noir du film dû pour moi en partie à la jeunesse du studio chizu, je m’inscris en faux lorsque tu dis que le sujet et complexe et mal traité.
    Bien au contraire, le propos et simple et il est traité avec une sobriété plutôt efficace. Hosoda ne cherche pas à donner un relief superflu ni à son histoire ni à ses personnages. Il ne cède pas à un hypothétique besoin de réalisme qui voudrait (par exemple) qu’Hana la mère courage ne soit pas crédible deux secondes. Son film reste dans le registre du conte et en garde les principaux aspects, dont celui d’avoir des personnages relativement lisses. Non seulement c’est volontaire et assumé, mais en plus ça marche : le message n’en est que plus clair et apparent. C’est quand même l’objectif premier.

    Par Kabu le 12 septembre 2012 à 09:44
  4. « Hormis le genre (animé) et la provenance (Japon), Les Enfants Loups marque par son absence de point commun avec les films du maître. »

    on a pas dû voir le même film ! On pense forcément à Totoro ou Mononoke durant le film tant l’inspiration y est claire et évidente ! Le coté installation dans une maison à la campagne fait clairement penser à Totoro, et le coté forêt/loup avec le « sensei » fait clairement penser à Mononoke. Après, le coté « mère courage » fait bien sûr penser au Tombeau des Lucioles.

    J’ai vu ce film lors d’une après midi Hosoda (que je ne connaissais pas), avec la projection chronologique de « La Traversée du Temps », « Summer Wars » et « Les Enfants Loups ». J’ai trouvé que le réalisateur se bonifiait avec l’âge, et que la qualité allait crescendo. J’ai pour ma part beaucoup apprécié Les Enfants Loups, je pense même que c’est un chef d’oeuvre, quasiment au niveau de Mononoke (intouchable pour moi), j’en suis ressorti les larmes aux yeux. Le point noir pour moi se situerait au niveau de la bande son, loin d’un niveau Hisaishi. Pour le coté technique, je l’ai trouvé magnifique, et effectivement, à certains moments, on se demande si ce n’est pas un film tellement c’est beau et réaliste.

    pour résumer, ce film est un chef d’oeuvre et l’inspiration Miyazaki est évidente

    Par ketwi le 17 septembre 2012 à 15:56
  5. Personnellement je trouve ce film (version japonais j’entends!) 100 fois supérieur à Ponyo!
    Je n’ai d’ailleurs jamais compris ce que les gens trouvaient de bien à Ponyo (et j’ai aussi lu la critique sur kanpai)! C’est un film sans sentiments et bourrés de trous dans le scénario à croire qu’aux montages ils ont inversé les scènes à jeter et celles à garder!! Je parle même pas de la supposée « mère » complètement irresponsable!!

    Certes « Les enfants loups » (là aussi pour le titre ils auraient pu trouver mieux! bien souvent on change complètement le titre des films (je n’oublierais pas le merveilleux « le secret des poignards volants » qui n’avait pas de secret…) n’est pas le meilleur des films d’animation, mais il raconte simplement une tranche de vie à la fois émouvant, drôle, étrange, surprenante! Je ne me suis pas ennuyée une seconde, j’ai pas cherché à savoir combien de temps il restait avant la fin! Voir une sympathique et réaliste (si on excepte le côté « loup » le reste est 100% réaliste) tranche de vie à la campagne japonais ça m’a bien plu!

    En sortant je n’ai pas eu à me demander qu’est-ce qui avait bien pu faire changer d’avis le père de Ponyo si facilement… pourquoi les grand’mère qui disaient aux gamins de ne pas s’approcher de lui changent d’avis? pourquoi la mère abandonne son gamin de 5 ans!!! une nuit de typhon pour aller travailler alors qu’elle en sortait… ils auraient pas mieux fait de rester tous chez les vieux dès le début, non? Et pourquoi les adultes qui voient 2 gamins de 5ans en bateau après un typhon ne s’en offusquent pas le moins du monde… sérieux! fallait faire des personnages principaux au moins de collégiens pour que ce soit un minimum réaliste…
    Bref, j’aime les Miyazaki/Ghibli mais pas Ponyo (en plus un poisson rouge avec une tête humaine, ça fout les boules!)

    Par Ziel le 22 mars 2013 à 19:30
      • Gael>> Je l’ai lue! C’était de cette analyse à laquelle je pensais quand j’ai écris « critique ». Y en a-t-il une autre?
        [la suite concerne Ponyo donc je l'écrirais dans les commentaires de l'analyse]

        Par Ziel le 23 mars 2013 à 11:26

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