Les Triplettes de Belleville

En matière de films d’animation, l’on pense généralement à deux grands types de productions. D’abord, les rouleaux compresseurs à la Disney ou Dreamworks, réglés comme des horloges et plus souvent à la hauteur, ces derniers temps, sur le plan des recettes que du qualitatif. Ensuite, les productions japonaises, tiraillées entre l’excellence de productions plus ou moins indépendantes et les conversions pécuniaires d’animés à succès. Ce serait oublier trop vite les efforts de plus petits studios et de leurs créateurs, moins financés mais sans doute, en conséquence, beaucoup plus inventifs et motivés. Sylvain CHOMET est de ceux-là. Formé en tant que bédéiste à Angoulême, puis aux studios d’animation anglais, le type tape aussi dans la réalisation et le scénario. Après La Vieille Dame et les Pigeons, un moyen-métrage très apprécié et pour cause, il remet ça dans un premier long qui aura nécessité une gestation deux fois moins longue.

Les Triplettes de Belleville se pare de tons sépias voire noir & blanc, vogue des couleurs glauques d’un JEUNET au cachet rétro du bon TATI. À travers une maîtrise parfaite de la coloration, se dévoilent un design global fabuleux et un souci du détail incroyable : derrière les façades « Welcome à Belleville » ou « Chez Maurice – Hamburgers » se distingue une architecture impeccable. L’animation a eu recours à l’infographie, en tout cas beaucoup plus que ce qu’elle veut bien nous laisser croire, et c’est un régal pour les yeux. Avec sa bande-son, le film s’offre l’immense avantage d’agir en cohésion avec l’aspect graphique. Grâce à la quasi-absence de doublage, les rares voix servent le burlesque et décrochent de francs sourires. Et le choix d’un Mathieu Chédid triplement zidiot illustre bien l’accompagnement musical jazzy, bluesy, et plein de trucs racés en "zy".

Rythmé intelligemment, la grande aventure de la vieille SOUZA est plus homogène et inventive que lente et lourde. D’autant que des petits bijoux de caricature se succèdent pour le bonheur de nos zygomatiques : face à des mémés pêcheuses à la grenade, ou musiciennes avec un aspirateur, un journal et un frigo, la mafia française de Belleville monte dans des vieilles Citroën immatriculées « In Vino Veritas » et arpente les pentes à 80% d’une mégalopole pleine de gros américains. Doté d’une réelle identité, l’ensemble de l’animation touche juste. Dommage que certains voient de la poésie dans les copier/coller Disney et pas dans un Nightmare Before Christmas ou ces Triplettes. En tout cas, elles valent triplette, alors jetez-vous dessus sans attendre !

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