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Travailler au Japon, une expérience difficile

Contexte:

J'ai eu la chance de vivre une immersion de 6 mois dans une entreprise de ressources humaines japonaise à Tokyo. Je travaillais dans la branche marketing et promotion de cette société qui comptait une cinquentaine d'employés (majoritairement japonais).
J'ai vécu une expérience riche mais qui a également été douloureuse. Elle m'a permis de comprendre que l'envie d'être dans un pays en particulier ne justifie pas tous les sacrifices sur le plan professionnel. Ce que je raconte ci-dessous est personnel mais j'espère que ça peut être utile à ceux qui ont pour projet de partir travailler au Japon.

Une envie qui justifiait des sacrifices:

Lorsque je suis parti là-bas, j'étais un peu sur un nuage. J'avais réussi à décrocher un stage qui me plaisait et peu importe les efforts qui me seraient demandés, ça en valait la peine.
"Qu'on me fasse travailler le soir jusqu'à tard, j'en étais capable ! Qu'on me donne des tâches qui n'étaient pas liées à ma formation, ça ne me faisait pas peur ! Je me montrerai à la hauteur !"
Cette façon de penser est finalement très courante lorsqu'on commence à travailler dans une entreprise japonaise. L'envie de bien faire et de se plier aux règles de la même façon que les locaux nous pousse à fermer les yeux et à accepter tout, ou presque.

Ainsi, j'ai vécu mes premières semaines dans une sorte d'émerveillement bienheureux.
Puis, petit à petit, de manière rampante, la fatigue se fait sentir et on n'accepte moins.

Le réveil orgueilleux:

"Ce n'est pas juste !"
C'est un petit peu enfantin comme façon de voir les choses, mais vient un moment ou on ne supporte plus la manière dont on se comporte et dont les choses se passent.
Ainsi, je détestais le moi qui acceptait de faire des heures supplémentaires à n'en plus finir alors que le salaire était ridicule ; le logement dans le dortoir de l'entreprise était ma seule rétribution.

L'explosion:

A partir du moment ou on ne supporte plus de faire des sacrifices comme au début, la sitation se détériore petit à petit. Ne serait-ce que dans la relation avec ses supérieurs, on devient plus méfiant.
Une petite frustration, un petit sacrifice en plus qui nous est demandé peut alors être la source de l'explosion.

Ainsi, 1 mois et demi avant la fin de mon stage, mon PDG et ma supérieure m'ont convoqué pour me dire que puisque j'avais reçu 2 jours de congé (prévus dans mon contrat) et que je n'arrivais pas assez en avance le matin, (à 8h55 pour commencer à 9h00 alors qu'il aurait mieux valu arriver à 8h50 selon eux), je devais prouver mon engagement et ma bonne volonté en arrivant dorénavant à 8h30.
C'était apparemment un moyen de montrer que j'étais "digne de confiance".

Mais selon moi, c'était un abus supplémentaire: je restais chaque soir jusqu'à tard, n'étais pas payé et consentait déjà à un certain nombre de choses que je passe ici sous silence.
En bon soldat et ne me restant que peu de temps à "purger", j'ai fait un effort et suis arrivé chaque matin à 8h40 pensant que c'était suffisant. Je me trompais: le PDG de mon entreprise a considéré que j’avais « trahi sa confiance » et ne m'a plus adressé la parole jusqu'à mon départ de l'entreprise.

Ca semble exceptionnellement idiot mais c'est une situation malheureusement courante.

Si c'était à refaire :

Premièrement, je ne me jetterais pas sur la première offre reçue. Je chercherais un travail en accord avec mes envies et avec une rémunération qui me satifasse.

Lors de mon arrivée dans l'entreprise, je me montrerais souriant et coopératif mais ne resterais pas plusieurs heures en plus chaque soir. Je profiterais de mon statut de "gaijin" et n'essaierais pas de faire tout comme les japonais. C'est impossible à long terme et la frustration générée lorsqu'on se rend compte que, malgré les efforts, il est impossible d'être un jour considéré comme les locaux est trop forte.
En définif, je montrerais ma bonne volonté tout en étant clair sur les limites que je ne dépasserai pas.

Cet article est proposé par la communauté des membres Kanpai dans le cadre du module Kakikomi. Il ne reflète pas nécessairement le point de vue de la rédaction de Kanpai.
Par Thib Dernière mise à jour le 24 avril 2015