10 choses qui ont disparu (ou presque) du Japon du 21e siecle

35ans se sont passés depuis mon tout premier voyage au Japon. Pour les gens qui n'y voyagent que depuis récemment, on a l'impression que le Japon reste toujours aussi fidele a lui meme, pourtant énormément des choses ont changé par rapport au 20eme siecle. Voici une petite liste (non exhaustive) de choses qui ont radicalement changé durant les dernieres décénnies.

1) Le nuage de pollution omnipresent de Tokyo

Ca peut paraitre assez incroyable vu la qualité actuelle de l'air dans Tokyo, mais il n'y a pas si longtemps que ca l'air de Tokyo était pire que celui de Bangkok pendant ses pires pics de pollution. Suite a la seconde guerre mondiale, le Japon a connu une industrialisation rapide, mais comme tout pays pauvre, les seules technologies que le Japon était capable de s'offrir étaient les technologies les plus polluantes.La pollution était tellement dense que la visibilité dans Tokyo dépassait a peine les 100metres.

On peut retrouver des vestiges de cette époque de grande pollution a l'heure actuelle.

Vous savez probablement tous que les Japonais portent un masque lorsqu'ils sont malades, ce n'est qu'une des conséquences de cette époque ou beaucoup de gens portaient un masque simplement pour sortir tellement l'air vicié irritait les poumons.

Vous vous demandez peut etre aussi pourquoi les japonais font leur lessive tous les jours. C'est aussi une des conséquences de cette époque ou se promener une heure dans Tokyo suffisait a rendre ses vetements grisatres.

Heureusement, le Japon a fait beaucoup d'efforts et est passé en une seule génération du status de pays pauvre a celui de pays riche, ce qui lui a permis de s'offrir (mais aussi de développer) des technologies beaucoup plus propres.

2) Les poubelles dans les stations de metro et de trains

Toutes personne ayant déja voyagé au Japon aura probablement remarqué une chose: il n'y a pas de poubelles dans les stations de metro ni de trains, ou plutot, il n'y en a plus. En 1995, un groupe religieux extrémiste a perpétré un attentat qui a profondément marqué le Japon. Jusqu'a ce jour, les terroristes étaient quelque chose qu'on ne voyait qu'a la télévision et qui n'arrivait que dans des pays en guerre mais ce jour la, non seulement les attentats ont été commis en plein coeur de Tokyo mais ils ont en plus été commis par des japonais.

Le rapport avec la disparition des poubelles? Les terroristes se sont servis des poubelles pour cacher une partie du matériel utilisé lors des attaques. La réaction du gouvernement a été rapide (mais pas forcément réfléchie) et toutes les poubelles ont été supprimées. Une autre conséquence de ces attaques est toujours visible de nos jours, je sont les petits bandeaux oranges sur lequel il est marqué "High Alert" que les employés des compagnies ferrovieres portent au bras.

3) Les tableaux noirs dans les stations

Restons dans les stations de train pour parler d'une chose qui reste gravée dans la mémoire de tous les vieux japonais; les tableaux noirs dans les stations. Avant l'invention du téléphone portable, une fois les gens sortis de chez eux il n'avaient plus aucun moyen de contacter la personne avec laquelle ils avaient rendez-vous. Bien sur, l'idéal est de fixer un point de rendez vous précis et de s'y tenir mais que faire en cas d'imprévu ou de changement de derniere minute? La solution a été d'installer dans les gares des tableaux noirs ou les gens pouvaient informer leurs pairs de tout changement de programme. Le

réflexe de l'époque était de prendre une minute a la sortie de la gare pour inspecter le tableau.

Si ces tableaux ont surtout servi a des fins sérieuses, il n'en ont pas moins été utilisés dans d'autres buts. Des fois des gens laissaient des petits poemes, des messages destinés a une inconnue dont ils auraient croisé le regard dans une rame de train, voire carrément de véritables oeuvres d'art, invariablement effacées le soir lorsque l'employé chargé de nettoyer le tableau (souvent un retraité) venait faire son travail.

Aujourd'hui, la technologie a fait que ces tableaux sont devenus inutiles et ont petit a petit disparu. Un des premiers acteurs de la disparition des tableaux a été...


4) Le pokebell

Avant le smartphone et avant le téléphone portable (mais apres le pigeon voyageur), il y a eu le pokebell. Ce petit appareil permettait d'envoyer des messages plus courts qu'un SMS, ce qui était largement suffisant pour donner une heure et un lieu de rendez vous, ou encore de prévenir d'un retard.

Une immense majorité des entreprises offrait gratuitement des pokebell a ses employés, ce qui n'était bien entendu pas sans arriere pensée puisque cela permettait de contacter les employés n'importe ou et n'importe quand afin de leur demander de venir travailler.

La popularité de cadeau empoisonné a été le début de la descente aux enfers vers l'état que nous connaissons actuellement, a savoir, tout le monde connecté en permanence, devenus presque incapables d'avoir du temps pour soi. Devenus capables de contacter n'importe qui, n'importe quand, n'importe ou mais aussi devenus capables d'etre dérangés par n'importe qui, n'importe ou et n'importe quand.

5) Les cartes de telephone

Restons dans la communication pour parler d'une chose qui a existé partout dans le monde: les cartes de téléphone. Comme parler des cartes de téléphone n'a rien d'excitant en soi, parlons plutot d'une chose liée aux cartes de téléphone et au Japon: la mafia iranienne.

Pour ceux qui n'ont pas connu les cartes de téléphone, je vais en rappeler le fonctionnement: une simple carte en carton sur laquelle est imprimée un code est insérée dans le téléphone. Le téléphone lit ce code et au fur et a mesure de l'utilisation de la carte, des petites barres sont imprimées sur la carte, signifiant que du crédit a été consommé.

En plein boom économique, le Japon permettait a beaucoup de résidents de divers pays d'entrer et sortir du territoire sans besoin de visa, ce qui a permis a des gens de pays pauvres de venir au Japon non pas pour admirer les cerisiers en fleur mais de venir s'y installer illégalement. Ce fut le cas entre autres de beaucoup d'iraniens venus chercher l'eldorado au Japon, persuadés que les salaires du Japon leur permettrait de bien vivre et d'envoyer de l'argent a leur famille. Apres avoir dépensé toutes leurs économies dans un billet d'avion hors de prix dans l'espoir de vivre dans l'oppulence, la réalité les a vite rattrapés, gagner quelques centaines de dollars par mois suffirait a les rendre riches chez eux mais gagner cette somme au Japon permet a peine de se nourrir.

Comme dans tout pays riche ou des gens de pays pauvre et au niveau d'éducation faible viennent s'installer, des activités illégales commencent a se développer et dans le cas des iraniens, ce fut principalement la contrefacon de cartes de téléphone. Cela s'est fait de deux manieres, la premiere étant la fabrication pure et simple de fausses cartes et la seconde maniere était de récupérer des cartes périmées et d'effacer les petites barres de crédit. Des sans-abris faisaient le tour des cabines pour récupérer les cartes usagées et les revendaient ensuite aux iraniens qui rendaient ces cartes de nouveau utilisables afin de les revendre.

Le parc de Yoyogi était la plaque tournante de ce marché parrallele jusqu'a ce que des descentes de police régulieres et des séries d'expulsions massives mettent fin a ce traffic.

6) Les yakuza tatoués

Restons dans le theme de l'illégalité en parlant un peu d'une figure emblématique du Japon: les yakuza. Si les yakuza tatoués n'ont pas disparu, force est de constater que plus ils sont jeunes, moins ils ont de chance d'arborer le tatouage traditionnel. La raison est tout simplement que si cette organisation se compose en majeure partie de gens peu éduqués, ceux qui occupent des positions importants, eux, le sont et ils sont conscients que dans notre société actuelle, ils ont besoin de changer radicalement leur image si ils veulent espérer survivre.

Si les yakuza tels que nous les connaissons au travers des films sont des gens violents inspirant la terreur, il faut savoir que de nos jours, ils essayent justement de changer cette image afin d'inspirer la confiance. Meme leurs emblématiques costumes lignés et la barette en argent sur leurs chaussures commencent a disparaitre et ils prennent de plus en plus l'apparence de businessmen classiques capables de se fondre dans la masse.

Leurs activités aussi commencent a changer pour inclurer de plus en plus d'activités légales. L'impot féodal disparait petit a petit pour faire place aux juteux business du luxe et des animaux de compagnie. Les pachinko et les bars a hotesses étant techniquement légaux, ils restent bien entendu de mise.

Quand a la drogue, un accord passé entre le gouvernement et les grands groupes de yakuza leur permet de continuer a vendre des emphétamines, véritable moteur de la société japonaise a condition de ne pas se lancer dans la vente de drogues dures. Le mode de vie japonais fait qu'un tiers des japonais actifs consomme plus ou moins régulierement des emphétamines afin de pouvoir tenir le coup lors des longues journées de travail ou des longues sessions d'étude.

7) Les acteurs porno

Une autre activité typiquement tenue par les yakuza est l'industrie du porno. Industrie un jour florissante, l'arrivée de l'internet a petit a petit rabotté les profits et afin de survivre, des réformes ont du etre faites. La plus grande de cette réforme a été de supprimer la quasi totalité des acteurs males.

Pour plusieurs dizaines de milliers d'actrices, il y a a peine 200 acteurs dans tout le Japon, comment font ils donc pour produire autant de films? La réponse est simple; les acteurs ne servent qu'a former les débutantes. Une fois ces débutantes connues du public, leurs fans peuvent les rencontrer lors de conventions et des places dans le prochain film sont vendues aux encheres. Ce modele économique permet de faire d'une pierre deux coups. Non seulement les agences n'ont plus besoin de payer des acteurs mais ils n'ont plus non plus besoin de payer les actrices.

Cela permet aussi de mesurer la popularité d'une actrice et de les forcer a en faire de plus en plus devant les caméras afin d'attirer le plus grand public possible et de faire monter les encheres.


8) Les appartements gratuits

En période de boom économique, les entreprises japonaises ont vite compris que pour produire efficacement, il était nécessaire de former des équipes soudées et durables et que pour ce faire, ils était donc nécessaire de fidéliser les employés a leur entreprise.

Les entreprises embauchant de jeunes diplomés garantissaient donc leur fidélité en leur offrant gratuitement un appartement en échange d'un contrat a vie. Comme beaucoup de cadeaux venant des entreprises japonaises, ces appartements ont fini par devenir des cadeaux empoisonnés quand l'économie du Japon a commencé a s'effondrer, enchainant les employés a des entreprises leur offrant de moins en moins d'avantages tout en leur demandant de travailler de plus en plus.

Les japonais de plus de en age de prendre leur retraite légale et ayant bénéficié de ces appartements ne peuvent pas partir jusqu'a l'age maximum de départ a la retraite et voient souvent leur salaire diminué (celui de mon beau pere a été divisé par 2 le jour de ses 60 ans). Partir a la retraite avant l'age maximum signifiant une rupture de contrat et donc la perte de l'appartement, ces anciens n'ont donc pas le choix que de rester.


9) Les panneaux "japanese only"

Finissons cet article sur un sujet qui a fait et continuera a faire couler beaucoup d'encre: le racisme au Japon. Si de nos jour le racisme est relativement rampant, il fut un époque ou il était clairement affiché sans aucun complexe. Je ne jette pas la pierre aux japonais, meme maintenant je reste persuadé que si je ne pouvais pas aller a certains endroits juste parce que je n'avais pas des yeux de la bonne taille, c'était plus par méconnaissance de l'étranger que par haine.

Les japonais de l'époque voyaient de temps en temps des étrangers a la télévision mais jamais en vrai. Leur seul contact avec les pays étrangers se limitait aux nouvelles internationales, ce qui signifie donc a l'époque uniquement les tres grands évenements tels les guerres, les attentats et les crimes les plus odieux comme l'affaire Dutroux. Dans ces conditions, ils n'est pas étonnant d'avoir a l'égard des étrangers une certaines méfiance et de l'afficher publiquement.

Ceux qui sont déja allés au Japon ont probablement vu les affiches placardées dans toutes les gares "if you see any suspicious item, please contact...", qui ont remplacé les panneaux "if you see any suspicious person, please contact...", les compagnies ferrovieres recevant sans cesse des appels des gens paniqués d'avoir vu un étranger dans un train.


10) La nourriture gratuite

Vous vous demandez en quoi le theme de la nourriture gratuite a rapport avec le racisme au Japon. C'est tres simple, le racisme de l'époque au Japon était extremement polarisé, soit les gens vous évitaient totalement, soit ils venaient vers vous pour vous parler. De nos jours, a part dans les campagnes, plus aucun japonais ne se retourne quand il voit un étranger mais il y a 30ans, c'était différent, la quasi totalité des étrangers au Japon n'étaient pas des touristes mais des gens venus faire des affaires, des gens de la haute société.

Se faire arreter dans la rue par des hommes d'affaire japonais qui s'empressaient de donner leur carte de visite était monnaye courante. Tels les restaurants parisiens qui placent les japonais pres des fenetres, certains restaurants japonais offraient le repas aux etrangers et les mettaient bien en vue afin d'attirer des hommes d'affaires voulant saisir l'opportunité de se faire des contacts internationaux.

Quand ce n'étaient pas les restaurants qui offraient le repas, c'étaient souvent ces memes hommes d'affaire venus nous parler a notre table qui le faisaient et mes parents sortaient du restaurant avec de nouvelles oppourtunités d'affaires dont une a mené, des années plus tard, a me voir m'envoler vers le Japon afin d'y travailler.

Cet article est proposé par la communauté des membres Kanpai dans le cadre du module Kakikomi. Il ne reflète pas nécessairement le point de vue de la rédaction de Kanpai.
Par SBR Dernière mise à jour le 12 avril 2015