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Godzilla : monstre culte et films kitsch

Si je vous dis Godzilla vous me répondez…? Bon, ceux qui ont cité le navet américain de Roland Emmerich, c’est sans doute que le blockbuster a dû vous traumatiser et s’attaquer à vos rétines. Une bonne cure de vrai Godzilla et tout devrait rentrer dans l’ordre.

Le géant saurien est avant tout un personnage à part entière du cinéma et de la culture japonaise. Environ une trentaine de films, des séries, des dessins animés, des jeux vidéo, des musiques qui lui rendent hommage ou s’en inspirent… Mieux : si jamais vous avez un jour l’occasion de marcher sur Hollywood boulevard, vous trouverez même l’étoile qui porte son nom ! Et je ne parle même pas du merchandising autour. Bref, une star parmi les monstres qui a, assez étrangement d’ailleurs, largement dépassé les frontières du Japon. Étonnamment, car les débuts de la créature ne sont pas exactement propices à l’internationalisation.

Tout a commencé un beau jour de 1954, quand Tomoyuki Tanaka, employé de la légendaire société de production Tôhô, crée Godzilla (prononcez Godjira), un beau bébé dinosaure mutant de près de 100 mètres de haut pour 50 000 tonnes. La réalisation est confiée à Ishirô Honda, qui saisit l’opportunité d’aller au-delà du film de monstres pour véhiculer un message. La tâche n’était pourtant pas évidente compte tenu du scénario que voici :

Tranquillement assoupi dans les fonds marins depuis des millénaires, le Godzillasaurus n’apprécie pas franchement qu’on le réveille à coups d’essais nucléaires. En rétribution, il décide donc de calmer ses nerfs sur ses agresseurs en détruisant le Japon et ses occupants. Ce ne sera que grâce à une arme expérimentale, le très improbable destructeur d’oxygène, que le gouvernement viendra (à priori) à bout du saurien.

Mais Ishirô Honda, violemment marqué par les attaques nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki, saisit la balle au bond. Il fait de Godzilla une entité représentant les États-Unis venant punir le gouvernement japonais de l’avoir attaqué. Si bien que seulement 9 ans après les incidents qui ont marqué à jamais le Japon (nous sommes rappelons-le en 1954), le film au ton dramatique, fait un appel indirect à la paix. Malheureusement, mal perçu aux U.S, il sera violemment censuré et même partiellement remonté. Peu importe : 9 millions de spectateurs nippons plus tard, la bestiole devient si populaire qu’elle mutera en une franchise. Franchise qui va peu à peu se détourner de son message originel pour virer dans le divertissement quasi-total. Et c’est ainsi qu’elle finira par s’exporter si bien outre atlantique.

Si jamais vous avez déjà regardé des vidéos de la créature, comme sur Youtube, nombre de fans de toutes origines s’amusent des différents épisodes. Monstres en plastique ou cascadeurs en costumes qui chaloupent au ralenti, méchants flirtant dangereusement avec la série Z (Mothra, sorte de papillon géant, reste mon favori), effets spéciaux et décors en cartons, etc… On aura droit à différents styles selon chacun des films. Parfois le saurien (ou ses successeurs) y est gentil, d’autre fois l’ennemi. Certains opus virent totalement dans l’absurde, comme dans Godzilla Vs Megalon (1973). Là, on y trouve Jet Jaguar, ressemblant trait pour trait à un méchant venu des Power Rangers qui porterait un slip, avec lequel Godzilla fait une sorte de combat de catch épique :

(Bande-annonce en anglais seulement. Ici, Jet Jaguar y est appelé Robot Man, ce qui est ridicule puisque c’est censé n’être qu’un robot)

La dernière adaptation, Godzilla : Final Wars, date de 2004. Le parti pris tire largement vers le 2nd degré. Godzilla y fait même du foot avec ses ennemis, et les méchants détruisent le Godzilla américain quelques secondes après son apparition. Toutefois le film se veut avant tout comme un hommage à la saga. Car c’est d’abord un symbole fort de la réussite japonaise à l’étranger. Puissant et parfois héroïque, il en terrasse même Hollywood (exemple avec King Kong Vs Godzilla, en 1962). Godzilla : Final Wars se conclue par une sorte de trêve entre le Japon et sa créature légendaire. Une façon de dire que la paix existe bel et bien entre le Japon et les U.S.A. Histoire donc d’intelligemment boucler la boucle avec le tout 1er épisode.

A l’heure actuelle aucun nouveau film n’est prévu. Néanmoins les américains de Legendary Pictures sont toujours en négociation pour une réadaptation au cinéma. Et même si aucun accord n’a été trouvé pour le moment, nul doute que la créature ne s’est pas éteinte pour de bon. Le style du kaijû eiga (film de monstres géants) y est toujours populaire et Godzilla reste le plus célèbre d’entre eux. Et ce dans de très nombreux pays. Car quoi qu’il en soit, qu’on l'aime ou qu’on le trouve ridicule, le Godzillasaurus est et demeure une figure imposante et mythique. Son cri métallique et ses créatures en caoutchouc ne l’empêcheront sûrement pas de rester à jamais celui que l’on surnomme le « Roi des monstres ».

Par Paul Publié en février 2012 - mis à jour en novembre 2014