Ghost In The Shell - Arise

« Masamune Shirow » est un pseudonyme : Masamune était un célèbre forgeron japonais du XIVe siècle. Il forgea notamment un sabre pour Yagyū Munenori en 1630 ; il a d'ailleurs donné des noms de sabre à certains de ses personnages (Kusanagi par exemple). - via

Masamune Shirow est donc un mangaka, dont l’œuvre a rapidement fait date. Appleseed, Dominion Tank Police, Orion… Et surtout l’œuvre dont nous allons parler aujourd’hui. Ghost In The Shell est un mélange improbable d’un univers cyberpunk, d’enquêtes policières, d’éléments de science-fiction à la limite de l’anticipation tant l’appui scientifique est documenté, de réflexions philosophiques autour de la science et de l’âme humaine, d’action, de contenus géopolitiques complexes et d’érotisme. La réputation du manga tenant souvent sur le dernier élément (Shirow est aussi connu au Japon pour ses Galgrease*). À tel point que la compositrice Yoko Kanno avait d’abord refusé de composer la musique de la série Stand Alone Complex, croyant qu’il s’agissait d’un hentai.

*Série de manga et posters érotiques. Le nom vient du fait que les femmes ("gal" en anglais familier) sont dessinées avec un effet huilé ("grease" en anglais) sur leur peau.

Son succès commercial en occident reste un étonnement, tant l’approche est complexe et singulière, peu appropriée pour les goûts tempérés habituels du grand public. Pourtant, le manga de Masamune Shirow séduit et excite l’imagination, y compris celle des cinéastes depuis bien longtemps. Dès sa prépublication en 1989 dans Weekly Young Magazine, le seinen aura vu se succéder ses deux très célèbres adaptations avec les films de Mamoru Oshii, mais aussi deux séries (Stand Alone Complex et Stand Alone Complex : 2nd GIG) et une OVA - œuvre directement destinée à l’exploitation vidéo (Stand Alone Complex : Solid State Society). Depuis peu, il faut y ajouter un « prequel » à la franchise avec Ghost In The Shell Arise… et la préparation par Hollywood d’un film en prise de vue réelle. Cette – selon un humble avis personnel - future catastrophe annoncée sera réalisée par Rupert Sanders (à qui l’on doit Blanche-Neige Et Le Chasseur), scénarisée par William Wheeler (connu essentiellement pour Faussaire avec Richard Gere) et produite par Steven Paul (Ghost Rider, Karate Dog, P’tits Génies, etc…). Dans la lignée du massacre (heureusement) avorté lors d’Akira, il y a fort à parier que ce futur film lorgnera plus du côté de Total Recall : Mémoires Programmées que de Blade Runner

Toujours est-il que la franchise est pour le moins vivace. En juin 2013, sortait donc l’OVA Ghost In The Shell Arise. Découpée en 4 parties d’une heure chacune et au rythme d’un épisode tous les 6 mois, la nouvelle série est parvenue en France sous une forme inattendue. En effet, le 19 décembre dernier, une initiative soutenue par un ensemble de 25 CGR et UGC sur notre territoire a permis la diffusion des 2 premiers épisodes (Border 1 : Ghost Pain et Border 2 : Ghost Whisperer) dans une sélection de cinémas. Décision trop courte et rare mais néanmoins appréciable qu’il convient ici de saluer.

Ghost In The Shell Arise est une série produite par les très importants Production I.G, déjà responsables de toutes les animations Ghost In The Shell, et réalisée par Kazuchika Kise, personne d’expérience plus que conséquente, notamment sur les films Ghost In The Shell, mais cependant novice à la réalisation.

L’œuvre de Masamune Shirow existe en France sous 5 tomes - censurés à quelques chapitres :

  • 2 consacrés à Ghost In The Shell
  • 2 « annexes » nommées Manmachine Interface et développant de nouvelles intrigues
  • 1 recueil d’ébauches au travers de Ghost In The Shell : 1.5 – Human-Error Process

Cependant, aucun de ces titres ne se concentre précisément sur les origines de son héroïne, le major Kusanagi et son intégration dans la Section 9. Aussi la série Arise compose de toutes nouvelles aventures originelles, basées sur les sous-entendus évoqués au fur et à mesure des mangas.

Graphiquement, l’œuvre est très propre mais également très simple : personnages et décors peu détaillés, mais une animation très fluide et aux couleurs relativement marquées. Toutefois le son, très travaillé, détonne par le décalage qu’il offre avec l’image et son côté « esquissé ». La musique, forcément trop attendue après le très haut niveau des musiques jusqu’ici composées pour les Ghost In The Shell, décevra forcément. Plus minimaliste, pas toujours très inspirée, elle fait néanmoins sa part du travail sans vraiment convaincre.
Côté histoire, Arise respecte à la lettre l’univers Ghost In The Shell. L’intrigue est assez délicate à interpréter et comporte différents degrés de lecture. Ce qui ennuiera sans doute les moins patients d’entre vous. Et en perdra aussi quelques-uns, puisque beaucoup d’éléments sont expliqués en filigrane et demanderont une certaine attention pour être saisis. Le récit se concentre essentiellement sur l’humanisation de son héroïne au fur et à mesure qu’elle recrute les membres de son équipe. Par ailleurs la présence d’un logicoma (voir photo) est plutôt bienvenue puisque ce personnage robotique très drôle (surtout par l’interprétation de sa Seiyū - comédien(ne)s de doublage japonais) amène de la légèreté dans un univers un peu trop rigide. On y retrouve différentes réalités qui se succèdent, des intelligences artificielles qui questionnent leur humanité, des trahisons, de la géopolitique, etc… Seul l’aspect sexué du personnage est effacé, d’autant que le major Kusanagi est dessiné de façon très froide et son aspect androïde est constamment rappelé, que ce soit esthétiquement ou narrativement.

Et c’est précisément ce qui divisera les amateurs. L’histoire n’est pas toujours évidente à suivre, quoique bien plus orientée action que les films de Mamoru Oshii. Les personnages ne délivrent que très peu d’émotions (celui qui en développe le plus est probablement le logicoma). Et l’esthétique ne plaira pas à tous. Toutefois, il convient de préciser que c’est tout à fait fidèle à l’univers développé par Masamune Shirow, qui n’hésite pas dans le manga à faire des chapitres entiers (ou des annotations) extrêmement longs sur des points de science ou de politique. Puis de passer à quelque chose d’extrêmement léger dans le chapitre suivant. Et c’est sans doute ce qui prive cette série, de bonne facture tout de même précisons-le, d’être à la hauteur de ses prédécesseurs. En effet, Arise est une série un peu trop scolaire, solennelle et appliquée, qui manque de caractère et d’intentions de fond. Les fans seront en territoire connu en permanence, tandis que les novices ne comprendront probablement pas la moitié des évènements qui s’y déroulent et des enjeux. L’orientation « action » du second épisode aide à conserver l’attention, mais les personnages manquent d’envergure. À trop vouloir déshumaniser son héroïne, c’est toute l’implication émotionnelle du public qui en souffre. En guise de contrepoint, on pourra souligner que souvent dans les mangas et séries, l’intrigue met un certain temps à s’exprimer. Et qu’il ne s’agit que de la moitié de la série jusqu’à présent. Rendez-vous donc le 28 juin avec l’épisode 3, Ghost Tears, pour la suite des évènements (puis sans doute fin novembre pour la fin de l’histoire)…

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Commentaires

komino
27 Mars 2014
22:55

Étant un grand amateur de l'univers, je suis assez déçus de Arise.
En tout point de vue, je la trouve inférieure à L'arc Stand Alone Complex.
Techniquement, esthétiquement, musicalement.
Même si l'ont reste au dessus du lot de bien des productions d'anime.

J'attend de voit la suite.

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