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Dusk Maiden Of Amnesia

Teiichi Niiya est un collégien de 12 ans. Alors qu’il déambule dans une aile abandonnée de son établissement, il fait la rencontre impromptue d’une autre écolière, Yūko Kanoe. Cette dernière est une charmante jeune fille de 15 ans, que pourtant personne ne remarque. Elle ne s’offusque pas, ne se met jamais en colère ou presque, et attend chaque jour patiemment Teiichi devant l’école pour se coller à lui. Elle n’a pas non plus l’air d’être particulièrement gênée par son propre corps, et s’en sert d’ailleurs pour ouvertement séduire le jeune garçon. Et pour cause : elle est déjà morte… Mais Teiichi n’en a pas peur et ne voit pas vraiment Yūko pour le fantôme qu’elle est. Après tout, elle est aussi réelle et tangible que n’importe qui d’autre, puisque lui peut la voir et la toucher. Pourtant, Yūko est parfois étrange. Elle a beau être excessivement gentille, après chaque incident ou dispute, le lendemain elle semble faire comme si de rien n’était. De plus, elle ne se souvient pas des circonstances de sa mort. C’est ainsi que Teiichi crée un club d’enquêtes sur le paranormal, afin de secrètement déterminer les causes du décès et de l’amnésie de sa nouvelle amie…

Parfois, on peut se mettre à regarder une série pour des motifs très obscurs. Entendez dans ce cas précis : « s’intriguer au hasard d’un anime parce qu’on aime bien son titre ». Car Dusk Maiden Of Amnesia n’est pas un manga qui a traversé les frontières jusqu’à chez nous. Mais sur la toile, le buzz s’est répandu très rapidement après le début de l’anime, entre autres par le biais de ses chansons en début et fin d’épisodes (Choir Jail par Konomi Suzuki et Calandorie par Aki Okui et Yumi Hara pour les connaisseurs). Et compte-tenu de l’importance du manga en France, on peut donc décemment estimer que cette série a ses chances de finir par parvenir jusqu’à nous. Tasogare Otome × Amnesia est bien sûr d’abord un manga qui a commencé en août 2009, des mains d’un jeune auteur répondant au pseudonyme de Maybe. Publié dans la section mensuelle du magazine Gangan Joker de chez Square Enix (plus connus ici pour leur domaine jeu vidéo, surtout les Final Fantasy), la saga a bénéficié d’un succès conséquent, qui lui a permis d’être adapté en cd-drama puis en 12 épisodes, animés par les studios Silver Link. La diffusion de la série a donc commencé le 8 avril 2012 et s’est achevée le 24 juin.

Sans aller jusqu’à dire que l’animation y est révolutionnaire, cela reste d’un très bon niveau d’ensemble. Les couleurs sont travaillées, les techniques par ordinateur se mélangent bien avec le dessin traditionnel. Beaucoup de mangas aimeraient sans doute avoir la même qualité de traitement lors de leur passage à l’écran. Même si certains n’apprécieront pas l’abus de filtres de couleurs, très prononcé. Le manga, lui, est dans l’ensemble très correct bien qu’un peu inégal. Quelques planches sont clairement réussies, mais la façon que Maybe a de dessiner les regards donne parfois des visages aux perspectives étranges.

Mes 1ères impressions sur la série animée ont d’abord été particulièrement mitigées. Un côté ecchi relativement prononcé et pas franchement pour me plaire (chutes accidentelles sur des poitrines généreuses et quelques plans pas discrets ni fondamentaux de rigueur), bien que compensé par quelques gags amusants. Pas de quoi s’émouvoir outre-mesure dès lors qu’on a passé la puberté, en somme. L’histoire s’axe autour de quelques enquêtes très simples d’adolescents qui aiment à se faire peur avec des histoires de fantômes. Pourtant, au fil des épisodes, et comme souvent dans l’univers manga, on découvre peu à peu une autre facette à l’œuvre. Plus mature, avec un sujet plus riche et intriguant… clairement, un visage autrement intéressant. La nature des personnages, et notamment de son héroïne spectrale, devient plus complexe et perd sa vacuité initiale. Au fur et à mesure que nait l’amourette entre les 2 protagonistes, l’amnésie de Yūko devient soudainement inquiétante et même possiblement dangereuse. Elle se met à occulter tout évènement négatif, au point d’en effacer son affection pour le héros lui-même. Elle va jusqu’à manquer tuer Teiichi, puis agit comme si l’incident n’avait jamais eu lieu quand elle le revoit. Dès lors, cela n’en fait plus du tout un personnage sexy, touchant ou amusant. Elle semble occulter volontairement les évènements, comme victime d’un syndrome violent. Pire encore, le personnage secondaire de Kirie ne voit pas en Yūko une jolie jeune écolière mais un fantôme fait de ténèbres, effrayant, tout droit sorti d’un cauchemar à la Ring. La question devient alors : qui est vraiment Yūko ? Manipulatrice, ou simple victime ?

Dépoussiérer les histoires de fantômes me paraissait tenir de l’impossible. Pourtant, cette fois-ci le sujet est pris à revers en choisissant de faire dudit fantôme une héroïne qui affirme clairement son statut d’esprit tout en se comportant de façon très humaine. Le côté amnésie étant la suite la plus habile possible. Non que cette aventure soit exempte de défauts : les personnages secondaires auraient mérités un meilleur traitement et l’histoire principale d’être développée de façon quelques fois moins naïve. Le format de 12 épisodes est clairement trop court pour donner de l’envergure à tous les personnages… ou bien trop long pour ne se concentrer que sur les héros. Mais le sujet mérite néanmoins qu’on s’y attarde. D’autant que cela reste très agréable à regarder. Je lui vanterais même quelques petites analogies avec certains films (bien qu’ayant une tonalité très différente), comme Memento de Christopher Nolan ou encore Memento Mori des coréens Kim Tae-Yong et Min Kyu-Dong.

Yuko Dusk Maiden of Amnesia

Pas une adaptation parfaite, donc. L’essentiel de mon reproche (outre le côté ecchi, hélas inévitable dans ce genre d’histoire) réside dans la volonté de s’orienter trop vers un côté divertissant pour les jeunes. Ce qui en fait perdre de sa mélancolie ou de la peur que l’histoire pourrait susciter. Mais l’univers, lui, reste particulièrement intéressant. Yūko est un personnage ambigu oscillant entre immaturité et un profond vécu, le cadre de l’école et son historique offre un arrière-goût pesant et l’amour que porte le héros invite à une jolie romance. Je me prends à espérer qu’un scénariste bien avisé ait vent de cette histoire, afin de nous offrir ENFIN quelque chose de nouveau dans le cinéma fantastique. Car le potentiel est bel et bien là… A l’état brut pour l’instant.

Par Paul Publié en août 2012 - mis à jour en novembre 2014