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Ginkakuji, Daimonji, pieds nus sur le chemin de la philosophie ..

Bonjour les ami(es),

Je reprends le clavier en ces minutes de calme qui suivent nos ablutions vespérales et précèdent la recherche d'une bonne adresse où éveiller nos papilles.

Quelques photos apéritives si vous le voulez bien !

Il est sans doute difficile d'imaginer le climat du Japon au mois d'août sans y avoir été directement confronté. La température et l'humidité ambiantes se rappellent à nous dès que nous mettons un pas hors de la maison dont chaque pièce est climatisée, ou que nous sortons d'un bus ou d'un train. Nous nous promenons sous de grands parapluies pour nous protéger du soleil, et un tenugui (rectangle ou carré de tissu destiné à éponger la transpiration) dans la poche. Pour ma part, j'ai choisi une serviette en micro-fibres.

Une bonne image serait d'imaginer la sensation que l'on peut avoir en ouvrant brusquement la porte d'un four dans lequel aurait mijoté quelques heures une belle pièce de viande. Depuis notre séjour estival au Japon, je trouve des sens cachés à "L'éloge de l'ombre" de Junichirô Tanizaki ..

Bravant la météo, nous avons décidé aujourd'hui de nous diriger au nord-ouest de Kyôto pour aller nous promener en direction du Ginkakuji, le Pavillon d'argent, et d'emprunter ensuite Testsugaku no Michi, le chemin de la philosophie. Il s'agit d'un agréable sentier, situé dans la partie nord du quartier d'Higashiyama, suivant sur 2 km un canal bordé de centaines de cerisiers. Naturellement, on peut y croiser beaucoup d'amateurs de Hanami (la contemplation des fleurs) au mois d'avril dès le début de la floraison. Il débute à proximité du Pavillon d'argent, inscrit au Patrimoine mondial de l'Unesco, et on peut le suivre vers le sud jusqu'aux environs du Nanzen-Ji.

Son nom a pour origine Nishida Kitaro, un philosophe japonais renommé, dont on dit qu'il empruntait ce chemin lors de ses méditations qui le dirigeaient quotidiennement vers l'université de Kyôto.

C'est donc parti pour ma quatrième visite sur ces lieux, mais la première avec ma petite famille !

Le kôgetsudai est un monticule de sable blanc de 2 mëtres de hauteur, formant un cône tronqué évoquant le Fuji-San. On dit que s'y reflètent les rayons de la lune lorsqu'on l'observe depuis la plateforme de bois située devant la mer d'argent, Ginsadan, au pied du jardin de mousse, méticuleusement entretenu, qui serpente dans la colline.

"La différence entre les jardins du GinkakuJi, le Pavillon d'argent, et ceux du Paradis, c'est qu'à l'entrée du Ginkaku-Ji il y a un panneau qui indique qu'il faut se méfier des serpents." Elena Janvier, extrait de "Au Japon, ceux qui s'aiment ne disent pas je t'aime", Seuil 2011.

Mademoiselle a clairement identifié ces ongulés comme étant des élans du Japon. Hennig a du se tromper légèrement dans sa classification phylogénétique des êtres vivants.

En quittant le Pavillon d'Argent, nous descendons la petite rue commerçante avant de nous engager sur le chemin de la philosophie. Nous sommes alors le 16 août ( je sais, je suis en retard dans la rédaction de mes articles !), et ce soir a lieu le Gozan no Okuribi, le point d'orgue des fêtes d'O-Bon au Japon, la fête des morts ou le festival des âmes.

Cette fête est particulièrement célébrée à Kyôto où, le 16 août de chaque année, sont allumés à 20h précises de grands feux sur les montagnes entourant la ville. Le Pavillon d'Argent est situé au pied du Daimonji, montagne sur laquelle sera enflammé 大, prononcé Daï (grand, large), le premier des caractères kanji surmontant Kyôto.

À la sortie du Ginkakuji, on peut acheter ce jour de petites plaquettes de bois sur lesquelles chacun peut écrire des prières ou des messages pour ses ancêtres. Ces plaquettes sont ensuite acheminées vers les foyers en montagne et seront brûlées le soir lors de la cérémonie de O-Bon, envoyant ainsi un message aux âmes qui retournent vers le territoire des ombres (l'expression me rappelle beaucoup Rahan, que je dévorais chaque semaine dans Pif gadget, note à l'usage de mes lecteurs de plus de 30 ans).

Les habitants de Kyôto et de nombreux touristes viennent assister à l'allumage des feux en se postant sur les berges de la Kamogawa entre Sanjô dori et Imadegawa dori, en galante compagnie et avec quelques provisions pour se sustenter.

Un incident de taille vient malheureusement perturber la bonne progression de notre cordée dans ces contrées mal famées, et à l'écart de toute civilisation : Madame crève le pneu droit. Plus exactement, la boucle de sandale lâche sans crier gare, et contraint notre randonneuse à ralentir dangereusement l'allure, au risque d'attendre sur place le prochain Hanami.

Un chouchou fera malgré tout office de roue de secours et lui permettra de continuer à progresser sous le soleil avec philosophie .. jusqu'au refuge où nous attendent okonomiyaki, bière fraîche, et climatisation !

De retour en centre-ville, nous explorons méthodiquement les rayons de chaussures pour femmes dans l'espoir insensé de trouver rapidement une paire de sandales de rechange pour Madame. Nous ressortirons avec deux paires de chaussures après avoir successivement visité OiOi et Takashimaya (équivalents nippons de nos grands magasins parisiens) pendant 2h30 .. Madame se résoudra malgré tout à en acheter une 3ème paire le lendemain ..

Mais le soir commençait à tomber sur Kyôto, et l'heure du début du Gozan no Okuribi approchait.

Nous avons trouvé un restaurant au 4ème étage d'un immeuble surplombant la rivière pour assister au spectacle. Une condition préalable cependant : accepter de consommer pour dîner de la tortue, accompagnée de sa soupe, plat emblématique du restaurant. Madame et Mademoiselle ayant voté "non", le "oui" l'emporta de peu.

Nous nous mîmes à table en attendant l'heure fatidique où le restaurant devait éteindre ses lumières pour nous laisser admirer les feux dans la montagne.

Comme il se faisait tard, et nous prîmes à regret le chemin du retour le long de la Kamogawa en direction de Gion.

Le temps d'admirer un spectacle de rue, de surprendre une geiko à sa fenêtre, la magie continuait d'opérer ..

O yasumi nasai !

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Par ningengirai Dernière mise à jour le 12 février 2015