Sur les sentiers battus mais méconnus du Yamanobe-no-michi de Sakurai à Tenri

Premier article sur Kanpai pour ma part pour vous raconter un de mes plus beaux souvenirs (récent au moment où j’écris ces lignes, il y a seulement quelques jours) : La visite de la ville de Sakurai, dans le Kansai (une région que j’adore), près de Nara.

Avant de décrire cette journée à Sakurai, un petit point de contexte est sans doute nécessaire pour savoir pourquoi j’ai choisi cette ville lors de mon second voyage au Japon, ville assez peu connue voir inconnue des guides touristiques en Occident. En effet, lors de mon premier voyage au Japon, en 2016, mon séjour était constitué du classique passage découverte de deux semaines d’un dyptique Tōkyō-Kyōto avec un petit passage par Nagoya et Inuyama. Et évidemment dans ce séjour, depuis Kyōto, une journée sur Nara était prévue.

Aussi, le 7 octobre 2016, lors de ma visite de Nara dans le parc, j’ai plusieurs fois été accosté par des enfants d’écoles primaires du coin (souvent d’Ōsaka d’ailleurs) qui vous posent des questions dans un anglais balbutiant vous demandant votre origine, vos goûts et autres petites questions basiques. Un classique qu’à mon avis beaucoup de visiteurs occidentaux connaissent. Et en retour ils vous offrent des petits cadeaux : dessins et/ou origami. J’ai été interrogé trois fois. Mais une fois m’a plus marqué que les autres car les enfants, en plus de m’offrir de magnifiques origami m’ont également donné une très belle brochure de leur ville, Sakurai. Brochure en anglais mais également en français ce qui est assez rare au Japon (on trouve un peu de français à Kyōto, Hiroshima ou Miyajima mais ça reste une surprise) d’autant que celle-ci était dans un français impeccable. J’ai découvert par la suite que Sakurai était jumelée avec Chartres, ce qui explique peut-être cela. La brochure décrivait plusieurs parcours de randonnées disponibles dans la ville, sur les flans du Mont Miwa. Mon planning de mon voyage de 2016 étant déjà chargé (au pas de course même), je ne pouvais visiter leur ville cette année-là. Mais j’ai promis de la visiter si je revenais au Japon pour une seconde fois. Seconde visite qui a eu lieu en 2017, à la même période. Et le 7 octobre 2017, soit un an jour pour jour après cette rencontre à Nara (la date est d’ailleurs une merveilleuse coïncidence, c’était involontaire de ma part), je suis à Sakurai pour une randonnée de 11 kilomètres le long du Mont Miwa et du chemin de randonnée (assez facile heureusement, je suis un débutant) Yamanobe-no-Michi.

Sakurai se trouve à une cinquantaine de kilomètres d’Ōsaka et à une vingtaine de Nara. On peut y acceder par deux lignes de trains depuis Ōsaka : En direct, via la ligne Ōsaka de Kintetsu en une quarantaine de minutes ou via la ligne Sakurai de JR West partant de Nara et qui nécessite donc une changement dans cette ville depuis la ligne Yamatoji en partant d’Ōsaka ou la ligne Nara en partant de Kyōto. Ayant un JR Pass actif à ce moment là, j’ai choisi la ligne JR West depuis Ōsaka. Le temps de trajet est d’environ 1h30/1h40, temps d’attente à Nara inclus.

Déjà ce moment a un petit côté dépaysant : les trains de la ligne JR Sakurai (aussi appelé Manyō-Mahoroba, ne parlant pas japonais le wikipedia anglais m’a fait comprendre que c’est une référence aux nombres de sites anciens visibles depuis la ligne) sont de petits tortillards verts, qui comportent sur leur chemin des gares sans portillon : Aussi, dans le train, dans ces gares, seules les portes proches de la cabine du conducteur s’ouvrent avec un contrôleur qui se placent devant pour ces gares spécifiquement. On y trouve également un système de paiement comme dans les bus (avec monnayeurs et indications des tarifs à chaque tronçon traversé), inutile évidemment avec le JR Pass (comme d'habitude, on le présente au contrôleur ou à la sortie à la gare de Sakurai qui est plus importante).

Arrivé à Sakurai (et seul touriste occidental à priori), sans savoir vraiment ce que j’allais y voir ou faire (à part que j’y allais dans l’idée de faire une petite randonnée), direction l’office du tourisme de la gare où candidement j’espérais un peu de français mais la dame au guichet, très aimable (comme toujours au Japon) ne parlait que japonais et me redonne un plan du chemin de randonnée que j’avais choisi (un peu plus précis que celui de la brochure pourtant déjà très détaillée). Le chemin de randonnée que j’avais choisi avait deux avantages et est extrêmement bien étudié :

  • Il remonte la ligne de train dans l’autre sens depuis Sakurai ce qui permet de finir sa randonnée sur une gare du trajet, entre Sakurai et Tenri (sa ville voisine au nord) plus près de Nara qu’au départ donc. Il est possible d’arrêter le chemin à plusieurs moments, selon son niveau de fatigue et d’envie de marcher. Sur le trajet principal de 16 km et, et sans compter la gare de Sakurai, 5 gares sont sur le trajet, la dernière étant la gare Tenri (commune aux lignes Kintetsu et JR West). Pour ma part, je me suis arrêté à la troisième gare Yanagimoto, à environ 10 km au nord du point de départ (mais m’étant un peu perdu sur la fin, un comble vu que le chemin est bien balisé, j’ai bien dû faire 13 ou 14 km). Une belle ballade d’environ 3h30/4h. Le sentier Yamanobe-no Michi est à la base une ancienne route connectant Miwa et Nara,
  • Il est relativement facile pour un randonneur peu chevronné comme moi,

Un point important : Il ne faut pas se fier au premier kilomètre du chemin qui sort de la ville de Sakurai et qui donc est en plein ville et longe la route un moment : Cela ne dure pas et sert uniquement à rejoindre le sentier Yamanobe-no-Michi en flanc du Mont Miwa. A partir de là, les points d’intérêts s’enchaînent à grande vitesse à partir du premier monument à voir : Le monument dédié à la création du bouddhisme au Japon. Tout le long du sentier (mais je me doute que ce n’est pas un cas particulier au Japon), on découvre des temples (cachés dans la montagne) ou des tombes d’empereurs magnifiques. Mentions particulières aux magnifiques Byodo-ji, Oomiwa-jinja, Hibara-jinja, Sumo-jinja et Hyozu-jinja. Je partais en terrain inconnu, un choix un peu lié au hasard d’une rencontre très furtive et à l’arrivée une belle surprise que cette journée donc :

  • Le Byodo-ji est un temple assez caché, à l’origine construit en 581 et qui a été détruit durant l’ère Meiji durant le mouvement anti-bouddhisme. Il n’a été restauré dans son état d’origine qu’en 1977. Sa pagode est superbe est entourée de petites statues de Bouddha magnifiques,
  • Le sanctuaire Oomiwa est un des plus vieux temples du Japon le long du Mont Miwa. Il est dédié à la vénération de la formation de la nation, de la médecine et à la fabrication du Sake,
  • Le sanctuaire Hibara est sur un plateau et vénère Amaterasu. Une sanctuaire très particulier, je n’en avais jamais vu de tel auparavant,
  • Le sanctuaire Sumo comme son nom l’indique est dédié aux sumo. Sa statue d’un sumo est très marquante et la légende (du coin, au moins) dit que le sumo est né ici avec son premier combat,
  • Le sanctuaire Hyozu. Caché derrière le temple Sumo, mon coup de cœur de la journée. Caché par des arbres, le soleil tapant dessus lui donnait un rayonnement particulier,

La balade le long du sentier est très relaxante (il y a peu de montées difficiles, on reste à flanc de montagne, ce qui n’empêche d’être fatigué au bout de quelques kilomètres évidemment) et très agréable. Des panneaux indicateurs sont régulièrement présents, ce qui évite de se perdre (du moins pas trop dans mon cas). On y rencontre peu de touristes, souvent des gens du coin (je n’ai croisé aucun touriste occidental de la journée) et d’ailleurs souvent d’un certain âge (et qui semblent très en forme). Il faut d’ailleurs noter que si dans les grandes villes, la présence d’occidentaux passe inaperçue, c’est moins le cas là-bas évidemment. Les gens viennent vers vous, essayent de discuter avec vous, vous indiquent la suite du sentier, apprécient que vous veniez de France pour voir leur ville. Évidemment, dans mon cas, cela reste très limité, ne parlant pas japonais, mais reste très sympathique. J’ai même rencontré à la gare au retour une personne de 74 ans parlant anglais qui a fait la même randonnée en partant du nord depuis Tenri et qui semblait plus en forme que moi !

Cette journée reste aujourd’hui un de mes moments préférés au Japon.

PS : Au moment de publier l’article, je m’aperçois que je ne suis pas le premier à avoir apprécier cette randonnée (https://www.kanpai.fr/kakikomi/kikilafee/randonnee-yamanobe-no-michi, du nord au sud cette fois-ci)

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Commentaires

18 Novembre 2017
17:03

Merci pour votre très bel article !
Ça me donne aussi très envie de faire cette paisible randonnée, et j'aime beaucoup les endroits hors des sentiers battus.

27 Novembre 2017
16:16

Bel article qui donne envie d'aller faire un tour du côté de Sakurai ! Merci

Chesneau Daniel
11 Décembre 2017
14:14

Bonjour !
J'ai trouvé votre article très intéressant. Merci pour ça ! Et pensez vous que ce chemin soit accessible depuis Tenri ? Merci, salutations.

28 Décembre 2017
20:50

Oui, sans souci. Faisable dans un sens comme dans l'autre :)

27 Mai 2018
17:16

Depuis Tenri, pour vous rendre au temple Isonokami et trouver "l'entrée" de la ballade: https://www.okujapan.com/uploads/downloads/SWN%20Yamanobe-no-michi%20Dir... ensuite tout est super bien balisé. J'avais imprimé une carte détaillé, pour rien ;)

Tout comme l'auteur de ce blog, j'ai passé une merveilleuse après midi (ensoleillée d'Avril) sur ce chemin. A noter que outre les fruits en "libre accès" (filet de 3 oranges pour 100y), il y a des tables pour pique-niquer à divers endroits du parcours pour ceux qui pensent à prendre quelque chose avant.

A Tenri, je suis entré dans l'imposant Tenri Kyo sans m'être renseigné et fus très surpris de voir (tout comme dans la ville elle même du reste) un nombre impressionnant de membres en uniforme poussant des chaises roulantes, faisant des jeux, et autres rituels (relais de gens transportant des échelles etc). On est venu de suite m'aborder pour me présenter l'endroit et m'expliquer les prières etc... sans insistance.

Merci à Esteban pour la Yamanobe no Michi et à Kanpai dans son intégralité pour m'avoir orienté sur les choses à faire. Première fois que je suis parti quelque part sans mon Lonely Planet. Merci!

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