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Idéalisation et perfection: le faux-semblant japonais

Japon.

C'est pour beaucoup de gens un amour inconditionnel, un émerveillement perpétuel, pour beaucoup de jeunes un projet d'avenir bercé de représentation idéalisées par le manga, les stéréotypes et les clichés culturels. Nombreux sont ceux à vouloir préserver ces aspects fabuleux, parfaits, de peur qu'en cessant d'y croire on brise le mythe, on perde la magie de sakura, du bushido et du zen. J'ai longtemps moi même fantasmé ce pays, et c'est les yeux pleins d'émerveillement que j'ai débuté mon premier voyage. Mais une fois sur place certains aspects, certains détails on commencé a faire changer mon regard.

La vie quotidienne, même dans le temps du voyage, vous dévoile des images qui ne correspondent pas a celle que vous vous imaginiez. Cela prend beaucoup de temps avant de se rendre compte qu'il y a quelques chose "qui cloche", comme si cette vision parfaite avait quelques chose de factice.Et pourtant au début rien ne vous déçoit, le Ryokan à l'arrivée a Kyoto est superbe, en plein Gion, et le premier soir on voit des geishas monter dans des grosse voitures genre Yakusa. Le décor est planté, sans défauts.

Kyoto : Jardin du Ryoan-Ji.

J'aime beaucoup faire de la photo. C'est un excellent prétexte pour se balader, observer et assouvir sa curiosité. Une belle lumière matinale éclaire le jardin minéral dont la signification a disparue avec son créateur. Je m'assois dans un coin et trouve un joli cadrage pour immortaliser ce moment. Clic. Le jardin est dans la boite, serein, beau, désert... Puis je me recule de quelques pas et prend une photo à nouveau : Le décor idéal, masqué par des T-shirt roses, des perches à selfie et une foule de touristes (dont je fait parti, j'en convient). Même chose au Ginkaku-ji, je fait la photo carte postale puis me retourne a 180°...Parfait, nous avons tous fait la meme photo... Tout les grands sites touristiques sont bondés me direz vous. C'est vrai, néammoins l'image "carte postale" avait subitement disparu. Je me trouvais dans un pays réel, avec ses bons et ses mauvais cotés et non ce Disneyland nippon que l'on fantasme trop souvent avant le départ, moi le premier. Et ce sentiment n'a cessé de grandir au cours des voyages suivants, je sacralisais beaucoup trop ce pays, il possédait également des aspects sombres et des défauts. Et il fallait les voir aussi, sans cela l'expérience n'aurait pas été complète.

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Osaka : Namba.

Je loge depuis quelques jours au coeur de Namba, dans une sorte d'appartement reconverti en auberge de jeunesse, entassé à 25 dans des couchettes en bois un peu partout. C'est pas cher, je suis pas sur que se soit un "vraie" auberge de jeunesse, mais ça me permet de passer me nuit a trotter au milieu du joyeux chaos des nuits de Namba, dont les trois principales activités sont la bouffe, le jeux et le porno. Là ou je crèche on trouve plein de profils de voyageurs: un jeune australien qui bosse un peu pour le proprio à défaut de trouver un boulot à Osaka, Un bande de philippins qui profitent allègrement des trois activités décrites précédemment et qui ronflent comme des sonneurs, (je les soupçonne d'échapper à leur épouses ici), deux coréennes timides planqués derrière leur masques blancs, et du va et vient permanent. Certains bossent de nuits, d'autres sont bloqués ici en attendant l'avion du retour... J'ai vu d'autres exemples de voyageurs,d'Osaka a Tokyo, souvent jeunes, en panne de fric, coincé dans une auberge de jeunesse à se nourrir de noodle cupà 60 Yens, en essayant de garder assez de sous pour le trajet final vers Narita...C'est mon second voyage et on est loin du joli Ryokan de Gion des premiers jours.

Tokyo: Asakusa

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Si je devait vivre a Tokyo j'aimerai vivre ici, autour du Senso-Ji. Je rentre de nuit d'une des petite Izakaya rempli de salary men bien émechés planqué derrière le temple, et je doit traverser la Sumida pour regagner mon lit. Dans les galeries couvertes, des boites en cartons s'agitent. On est fin Novembre et les gens qui dorment là dedans vont passer une mauvaise nuit. la misère est partout la même en fait. Même au pays du Soleil Levant. Je traverse l'esplanade du temple déserte et passe devant le grand encensoir éteint. Demain matin à nouveau elle sera prise d'assaut par les cars de touristes qui remonterons du Kaminarimon le long des boutiques de souvenir. Alors je m'échapperai vite, j'irai traîner vers Ueno, traîner les boutiques d'objets d'occasion un peu miteuse, un cornet de squid balls caoutchouteuse au coin d'une rue, et les échoppe de Ueno le long de la voie du train, de bric et de broc. En rentrant dans le métro un petit vieux m'a demandé la charité. C'était la premiere fois au Japon.Malaise passager... En échange il m'a donné un paquet de biscuit sec hyper salé et franchement pas bon. Je met une piece dans un distributeur et appuie au hasard sur un bouton (ca m'amuse beaucoup). Café au lait froid Boss. J'aurai préferé chaud. Un tour au sento un peu crasseux mais pas cher au fond de la petite impasse.Ce sont les derniers jours du voyage. Ce soir direction Golden Gai, sous une petite pluie fine... Retour en taxi (on négocie avec le chauffeurs pour faire baisser le prix de la course), moi je suis derrière et je regarde défiler Tokyo sous la pluie. Je suis très loin de la vision idéale des débuts, mais finalement je préfère celle-ci, plus sombre, plus concrète que le simple circuit organisé, de Jardins classés en temple bondés de touristes.

Ami voyageurs, ce pays est extraordinaire, n'en doutez pas. Mais appréhendez-le dans toute sa complexité, et n'hésitez pas à sortir de la carte postale et de toute vision fantasmé, et à regarder ailleurs, qui sait, ce que vous verrez pourrait aussi vous plaire... :)

"pétales de ceriser

un note de shamisen

sans trouver sa place"

Benoit

PS: Je vous engage à lire ou relire les écrits de Nicolas Bouvier, écrivain-voyageur dont le regard sur le Japon a beaucoup influencé ma perception de ce pays.

;)

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Par Beno Dernière mise à jour le 03 Mai 2015