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Un beau livre d'images pour la rentrée !

Je suis une inconditionnelle d'Hiroshige (1797-1858) Hi ro chi qui ??? HI RO SHI GE !

Le grand maître de l' ukiyo-e les "images du monde flottant". Moins connu chez nous que Hokusai et sa célèbre vague. Mais vénéré par les japonais. Et par moi !

Il a beaucoup publié. Entre autres le recueil d'estampes Cent vues célèbres d'Edo en 1856 -Edo qui allait s'appeler Tokyo- Son talent joint aux progrès de la technique des graveurs sur bois et des imprimeurs, rendent vite l'ouvrage très populaire. Il est le premier à représenter "les images d'une ville entre poésie visuelle et réalité idéale" c'est pas moi qui le dit. Les impressionnistes français sont enthousiasmés et il inspira particulièrement Monet et Van Gogh. Auxquels les japonais vouent un véritable culte. Y a pas de hasard !

Il cumule dans chaque planche des innovations visuelles liées à des lieux très populaires et un minutieux décryptage social. En synthèse les Cent vues célèbres d'Edo donnent une image prospère, mais mélancolique, de la plus grande ville du monde à l'époque. Hiroshige, qui sait très bien rendre les atmosphères et les phénomènes naturels voulait-il donner une vision"carte postale" de la ville après le terrible séisme de 1855 ?

Les planches ont été reliées dans l'ordre des quatre saisons : 42 estampes sont attribuées au printemps, 30 à l'été, 26 à l'automne, et seulement 20 à l'hiver. La végétation, surtout les arbres, définissent la saison. Et les dégradés de couleurs donnent (une idée de) l'heure. Mais un ciel rougeoyant peut aussi bien signifier un lever qu'un coucher de soleil, pas ? Y a du plaisir à ne pas se sentir enfermer dans une interprétation impérative ! Sachez aussi qu'il fait toujours beau chez Hiroshigue : il pleut sur 3 estampes et il ne neige que 7 fois. Mais ce sont mes préférées.

Ce qui me plaît c'est l'extrême modernité de son trait, incisif et pointu qui me parle plus que douze tomes d'histoire nipponne. Et le nuancier des couleurs qui dit aussi bien l'éphémère instant d'une intense communion avec la nature, que la nostalgie des saisons qui s'enfuient...

Sorry pour cette minute culturelle mais si j'explique pas un peu, ça perd de son intérêt...

C'est un grand coffret cartonné (44x35) dans la tradition de la belle papeterie au Japon. Sur la couverture une estampe d'Hiroshige sur un tissu soyeux "boutonné" sur la tranche. A l'intérieur l'ouvrage, sur du beau papier japonais très souple et épais, semble vivant entre les mains.

Chaque double page se présente ainsi : à droite l'estampe, à gauche le texte. Le commentaire est en allemand, anglais et français. En voici des exemples :

Un plan permet de repérer sur une carte d'Edo (Tokyo) le lieu représenté. Il m'est arrivé d'en rechercher certains....

Je vous montre ci dessous quelques exemples de ces doubles pages en focalisant sur le texte en français *un clic sur la photo pour l'agrandir et pouvoir lire le commentaire. C'est chaque fois une petite merveille de synthèse : une mise en scène historique du lieu, une lecture d'image au travers des intentions picturales de l'auteur, la technique utilisée, et pour terminer souvent une petite histoire....

Dans le sanctuaire D'Akiba à Ukeji.

Le temple Kiuryüsan à Asakusa

Averse soudaine sur le pont Shin-Ohashi

Le pont tambour de Meguro.

Il doit y avoir une foultitude d'éditions des Cent vues célèbres d'Edo, mais je vous recommande celle-ci car, au delà de la reproduction d'estampes, c'est un très bel objet particulièrement japonisant... Et pour tous ceux qui ont le Japan blues après leur voyage de cet été, de quoi se faire (ou faire) plaisir...

"Cent vues célèbres d'Edo"

Textes de Mélanie Trede et Lorenz Bichler

Editons Taschen 2008

Par beforetheboom Publié en septembre 2013 - mis à jour en novembre 2014