Alerte tsunami : pour vendre, il faut angoisser !

Séismes au Japon et journalisme sensationnaliste

Au cours de notre récent voyage au Japon de trois semaines, deux séismes plus importants que la moyenne ont eu lieu :

  • le samedi 24 novembre à 17:59, magnitude 4,9 sur l'échelle de Richter avec épicentre à Chiba, la préfecture voisine de Tokyo habituée aux secousses ;
  • le vendredi 7 décembre à 17:21, magnitude 7,4 avec épicentre au large du Tohoku (proche de celui du 11 mars 2011) suivi d’une alerte au tsunami de 50 à 80cm, levée au bout d’une heure.

Nous n’avons ressenti aucun des deux. Pas même une petite secousse ou un léger décalage de l’oreille interne, comme on le sent généralement. Lors du premier, nous étions en train de faire du shopping dans un des quartiers jeunes de la capitale, Harajuku. Pendant le second, nous nous baladions avec Daniel et sa femme dans le centre-ville de Kyoto, puis dans le Hanamachi de Miyagawachô (un des cinq quartiers historiques des geiko de la ville).

Et quand bien même les aurions-nous ressentis, cela n’aurait, à notre sens, pas justifié les quelques messages plus ou moins inquiets reçus de la part de nos proches. Et encore moins l’inflammation idiote de Twitter qui monte en épingle, s’autoalimentant dans une course à qui aura le tweet le plus potentiel à buzz. Le réseau social a ainsi encore prouvé qu’il tenait la dragée haute à tous ces médias anxiogènes qui, depuis le 11 mars 2011, arborent fièrement leurs banderoles spectaculaires dès que la terre tremble au Japon, ou presque.

Sauf que la terre tremble constamment au Japon, a fortiori dans la région de Tokyo et du Tohoku, au nord. Les japanophiles n’ont pas attendu le 11 mars pour le découvrir et ne devraient pas faire ce jeu néfaste qui conforte tout le monde dans un climat d’anxiété inutile. Sur Twitter, on en lisait même qui en profitaient pour se raccrocher à la crise de la centrale de Fukushima, avec toute l’absence de demi-mesure qui les caractérise. Nous ne voulons pas les citer pour ne pas les conforter. Leur cause est peut-être louable dans leur esprit, mais le message qu’ils délivrent alors nous dessert tous.

Et les « journalistes » de s’empresser de demander à ces expatriés inquiet(ant)s de témoigner… Mais, pour raconter quoi au juste ? « Ça a tremblé un peu plus fort que d’habitude, mais comme toutes les quelques semaines, puisque d’autres répliques du 11 mars sont encore attendues. Aucun Japonais n’a montré de signe de stress, pas parce qu’ils sont résignés, mais parce que c’est dans leur nature anthropologique » ? Alimenter les Jean-Marc Morandini de l’information quand on est de ce côté-ci de la barrière est, à notre avis, presque aussi honteux.

Pierre et le loup de Fukushima

Il est certes facile d’élever sa voix après cette bataille de vide, mais celle-ci recommencera comme si de rien n’était dès la prochaine secousse un peu plus forte que la moyenne. Et pendant ce temps, on imprime dans l’esprit du grand public que le Japon tout entier est uniquement une terre dangereuse voire ravagée, occultant tous ses bienfaits et le faible risque réel qu’on y court, même à Tokyo. Comme si l’archipel avait attendu l’ère de la communication pour subir les séismes…

Nous déplorons le traitement de BFM TV et consorts dans une crise des médias tellement forte que la course n’est, depuis longtemps, plus à l’actu de fond et au qualitatif, mais au sensationnalisme de comptoir sans vérification ni traitement honnête. Et de relancer le couplet « Fukushima et le nucléaire » dès qu’on en a l’opportunité... Pendant ce temps, les proches des touristes et expatriés au Japon s’inquiètent pour rien, et d’autres hésitent à venir visiter l’archipel japonais alors qu’ils ne le devraient pas.

Twitter, réseau social si efficace et pur dans son traitement de l’information, comme il l’a déjà prouvé à de nombreuses reprises, bascule désormais doucement vers ce sensationnalisme de buzz qui caractérise beaucoup d’autres médias pervertis. Dommage.

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