Le pouvoir d'achat des Japonais : impôt et épargne

Budget et argent des ménages au Japon

Depuis 2002, le Ministère de l’Intérieur et de la Communication japonais publie les chiffres du capital épargné par ses ménages, considérés à partir de deux personnes au minimum.

En 2013, ce montant s’élevait ainsi à 17,39 millions de Yens en moyenne, soit ~153 490,40€. Le chiffre est en augmentation de 4,9% par rapport à l’année précédente, ce que l’on peut attribuer notamment à la dévaluation du Yen ainsi qu’à la flambée des actions au Nikkei sous le régime des Abenomics (la stratégie économique du premier ministre Shinzo Abe).

Cette statistique traduit par ailleurs que la tendance mondiale s’applique vraisemblablement aussi au Japon : les plus (très) riches s’enrichissent encore, creusant l’écart avec le reste de la population. Ainsi, le chiffre médian n’est malheureusement pas fourni, mais l’on peut raisonnablement penser qu’il s’avère plus bas et que la classe moyenne reste, en majorité, loin de posséder ces 17,4M¥ sur son compte en banque.

Pouvoir d’achat : le culte de la dépense

Au-delà du contexte économique actuel, la population japonaise dépense de manière sensiblement différente et parfois singulière. Par exemple, là où s’est développée une culture du low-cost dans bon nombre de pays occidentaux, l’archipel continue de prioriser la conservation d'un service haut de gamme avant de baisser ses tarifs.

Le train et en particulier le Shinkansen restent, à ce titre, sans doute l’un des exemples les plus frappants : alors qu’il s’avère un poste de dépense important pour quiconque souhaite se déplacer, les Japonais ne semblent certainement pas prêts à rogner sur la qualité de la prestation "juste" pour quelques pour-cents de moins sur la facture. Cela n’exclut pas l'arrivée récente de compagnies aériennes internes à bas prix, certes, mais le reste du marché semble comme réduit aux 100¥-Shops, à la franchise DonQuihote et consorts.

Au royaume du marketing, la population nipponne aime aussi qu’on lui mâche le choix dans ses dépenses personnelles ou de loisir. Ainsi, en particulier dans les grandes villes, il n’est pas rare de se retrouver nez à nez avec le syndrome des clones : une armée de jeunes adultes habillés de la même manière, juste parce qu’un magazine de mode a pointé *ce* look complet comme la tendance à suivre. Aux abords des nouveaux restaurants qui font le buzz, même folie passagère : les files d’attentes hébergent des hordes de couples qui patientent parfois des heures.

Que penser également des équipements de golf complets achetés par palettes, par des hordes de jeunes salarymen qui rêvent de coller à un modèle renvoyé par l’iconographie quotidienne parfois inconsciente ? Plus insolite encore : la ruée sur le papier-toilette peu avant le passage de la TVA de 5 à 8% il y a quelques mois, encouragée par des médias catastrophistes suivis naïvement par des hordes de femmes au foyer ayant laissé leur esprit critique au placard sur la route vers Aeon ou Jusco.

Et naturellement, on paiera au maximum en espèces, rarement par carte bleue et encore moins en chèque.

Impôts progressifs

Certes, le Japon tutoie le plein-emploi avec une insolence qui continue d’agacer beaucoup de pays occidentaux en temps de crise mondiale. Mais les revenus n’y sont plus ce qu’ils étaient pour les jeunes pousses à peine débarquées sur le marché du travail. En cause notamment : les bonus auparavant colossaux, qui représentaient allègrement plusieurs mois de salaire, désormais souvent réduits à peau de chagrin. Sans héritage, donc, difficile de pouvoir prétendre à ces millions de Yens épargnés avant un âge bien avancé.

Mais un salaire s’exprime net puisque les impôts sur le revenu sont prélevés à la source. On y distingue six tranches, sensiblement plus basses que l’IR français :

  • 5% pour les salaires situés au-dessous de 1,95M de Yens (~17 211,40€ annuels)
  • 10% entre 1,95 et 3,3M¥ (entre ~17 211,40€ et ~29 127,00€)
  • 20% entre 3,3 et 6,95M¥ (entre ~29 127,00€ et ~61 343,20€)
  • 23% entre 6,95 et 9M¥ (entre ~61 343,20€ et ~79 437,20€)
  • 33% entre 9 et 18M¥ (entre ~79 437,20€ et ~158 874,50€)
  • 40% au-delà de 18M¥ (~158 874,50€)

Les impôts locaux sont de 10% des revenus (4% en préfectoral et 6% en municipal) auxquels s’ajoute une taxe spéciale de 2,1% pour aider à la reconstruction suite au tremblement de terre du 11 mars 2011.

À la chute prophétisée des Abenomics et avec l’horizon 2020 de Jeux Olympiques coûteux à Tokyo, ceux-ci vont-ils pouvoir rester longtemps à ce niveau ?

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