L’étonnante productivité des Japonais

Habitudes de travail au Japon

Dans une société où tout est réglé comme une horloge, les Japonais sont conditionnés à respecter la force du groupe avant celle de l'individu, par l'éducation scolaire évidemment, mais aussi via l'environnement sociétal au quotidien. C'est ce qui explique beaucoup des comportements que certains gros malins en occident jugent comme "trop disciplinés" voire "mouton".

En entreprise, cela mène à des process totalement différents. Il vaut mieux rester au bureau des heures à ne rien faire, et pas seulement par solidarité. La planification de projet est plus longue et minutieuse avant de lancer la production. Chaque tâche doit être définie au millimètre et surtout chaque action doit correspondre à un individu. L'ensemble des intervenants doivent connaître précisément leurs tâches, durée et champ d'action. La place à l'initiative est souvent nulle, ce qui implique une hiérarchisation de l'information et du retour très forte et aussi beaucoup de micro-management.

Cela s'en ressent énormément sur, par exemple, la construction de bâtiments ou de maisons individuelles, dans un pays qui aime raser pour reconstruire. La phase d'élaboration des plans, très longue et très complète, demande la validation de tous les intervenants de l'une et l'autre des parties. Mais une fois que c'est fait, en quelques mois ce n'est pas seulement le bâtiment qui sort de terre, mais l'ensemble des meubles et des rideaux, jusqu'à la position du rouleau de PQ qui est placé exactement à l'endroit convenu.

Cela pose plus de problèmes dans le cadre de métiers comme celui de web-designer qui demande beaucoup plus de créativité. Les tâtonnements et le résultat de celle-ci, en l'occurrence, sont totalement inadaptés à la productivité japonaise qui requiert de toute façon que chaque action non prévue en amont soit acceptée par le manager qui en référera sans doute au shachô (le boss). Et inutile de vous dire qu'il y a de grandes chances pour que l'originalité ne passe pas. Ce qui explique le retard énorme que sont en train de prendre les Japonais en général en terme de design et développement sur Internet.

Sur ce point, les Japonais étant particulièrement réfractaires à l'achat sur Internet par carte bancaire (déjà peu répandue au Japon), à part pour quelques gros sites comme Amazon, le commerce de proximité n'a connu aucune secousse contrairement par exemple à la délocalisation des usines en Chine. Ces services du quotidien, toujours aussi organisés, et dont le conbini est le porte-étendard inébranlable d'une omnipotence de la minutie planifiée, sont le témoin d'une société qui vit sur des bases verticales et démontre son efficacité productive envers le consommateur direct.

Loin du calcul de la dette, loin des cours du Yen qui donnent tant de sueurs froides à l'étranger.

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Commentaires

Nicholas
02 Septembre 2011
12:13

C'est vrai que ça change de la France, où tout est chancun pour sa g***** au boulot comme à la ville...

Lén
02 Septembre 2011
12:52

Oui mais en France on à un taux de productivité énorme avec nos grandes gueules ...
Pour 35h par semaine fabrique autant de richesse que chaque pays européen qui en travail 40 voir 45h/semaine.

Voir: http://www.youtube.com/watch?v=rMVGyABZA-8

Damien
02 Septembre 2011
12:56

Je pense que son commentaire était plus pour le comportement général (genre un mec passe devant toi dans une file, les gens jettent n'importe quoi, vols, etc ...).

Par ailleurs même si la productivité est assez élevé en France, c'est de plus en plus difficile de faire bosser les gens ensemble étant donné qu'on est élevé dans un climat de concurrence constante avec les autres.

Fred
02 Septembre 2011
13:42

La productivité est la création de richesse par heure. Si tu travaille 1 heure par semaine, la productivité sera encore meilleure. Par contre, compare le PIB, ce qui est créé par habitant, et tu auras un tout autre résultat. La productivité est une donnée utile en management intra-entreprise ou en politique, mais sûrement pas pour comparer les économies d'un pays.

En plus de ça il faut prendre en compte qu'en France, beaucoup de gens travaillent plus de 40 heures et sont payées 35 sans avoir de temps supplémentaires rémunéré ou déclaré. Ça se passe comme ça dans à peu près toutes les entreprises non syndicalisées.

Le Japon a un PIB de 5,7 millions de dollars et la France 2,5 millions de dollats. Donc le japon est plus de 2 fois plus productif que la France.

al
04 Septembre 2011
07:25

fred, petite erreur dans vos comparaisons : si le PIB du Japon etait de 5.7 millions de dollars et la France de 2.5 millions on serait au niveau des iles Tongas. les chiffres sont 5,700 milliards pour le Japon et 2,500 milliards pour la France. Plus productif certes, mais PIB par habitant similaires.

Damien
02 Septembre 2011
12:49

Il y a quand même un gros contre exemple: Comment font les boites de jeux vidéos pour être autant innovante et créatrice au Japon si l'originalité ne passe pas la hiérarchie ?

Je vous laisse méditer.

Minostel
02 Septembre 2011
13:44

La créativité et l'innovation sont des concepts éminemment subjectifs. Dans le jeu vidéo en particulier, où l'on s'inspire presque toujours de quelque chose d'existant pour le faire évoluer.
Et justement, y a t-il toujours de l'innovation dans le JV japonais ?
J'ai plutôt l'impression que les défricheurs et inventeurs de concepts nouveaux sont désormais dans les petites productions, qui vendent des jeux dématérialisés (steam ou Iphone). Ces productions résident rarement au Japon, me semble t-il... Mais peut-être mon ressenti est-il le fruit d'un tropisme européen ?

Damien
02 Septembre 2011
14:02

Sauf que les japonais sont ceux qui ont apporté le jeu vidéo alors qu'il n'existait rien à copier vu que c'était les début.

Pout en citer qu'un petit nombre: Nintendo, Sega, Namco, SNK, Capcom, Square Soft, Bandai, Hudson Soft, etc ... C'est juste ceux qui ont posé les bases du jeux vidéos et qui ont créer de nombreux univers divers et varié (Mario, bomberman, megaman, street fighter, métal slug, etc...).

J'ai surtout le sentiment qu'aujourd'hui, les sociétés ne font que pomper ces concepts, à part comme tu le dis les indépendants qui innovent encore. Mais des japonais sont aussi de la partie. tu peux jeter un oeil à Kairo soft sur iPhone par exemple (c'est des portages, mais très bon jeux de gestion).

Sinon pour la création d'univers je vois Ghibli qui est quand même un monstre dans le genre.

A mon avis tout est culture d'entreprise.

Alex
02 Septembre 2011
19:04

C'est super intéressant de pouvoir comparer ainsi nos différentes cultures, on apprend beaucoup de choses ! Chaque culture a sa façon de voir les choses : prise d'initiative parfois risquée, parfois très fructuante chez nous, planification précise forte production pour eux ^^
Sinon pour revenir sur le secteur des jeux vidéo qui a été abordé, j'ai toujours trouvé Nintendo très novateur, on voit bien qu'à chaque console sortie, il y a un gros effort de recherche pour une nouvelle façon de jouer, même chose pour les jeux, où personnellement j'ai toujours mon petit lot de surprises ^^
Ensuite j'approuve complètement pour Ghibli, véritable usine à la créativité !

Fred
02 Septembre 2011
13:46

Les boss au Japon sont souvent des génies ! :-)

Thomas
03 Septembre 2011
09:06

Damien ton commentaire m'a fait sursauté. L'industrie de jeu-vidéo japonaise est en crise depuis des années maintenant, la créativité est morte et pour l'originalité on repassera. Avant moi et les journalistes; ce sont des gens comme Hideo Kojima et Shinji Mikami qui le disent. L'industrie du jeu vidéo japonaise est morte. Les hits aujourd'hui sont principalement fait par des boites américaines ou européennes. Le temps où les Japonais étaient premiers en matière de JV est révolu et ce depuis longtemps !

Si les japonais restent les pionniers en matière de jeu-vidéo, aujourd'hui ils sont très en retard et peine énormément pour créer ou renouveler efficacement leur licences. Et c'est certainement dû aux freins mis à l'originalité et la créativité par une hiérarchie souvent soit has been, ou qui se refuse à prendre des risques, comme le sous-entends Gael dans son article.

benco
02 Septembre 2011
13:44

Entreprise de jeux vidéo japonaise innovante? Je me demande si ce n'est pas justement cette lourdeur au sein de l'administration qui restreint la créativité des développeurs... Car à la vue de l'état du JV actuel au Japon, on se demande si le problème ne vient pas de là finalement. Pourriez vous me citer 5 grands jeux en provenance du japon courant 2011? Pas Xenoblade bein sûr il est sorti en 2010 au japon. La question semble être de mauvaise fois mais où sont passer les grands jeux jap?

Fred
02 Septembre 2011
13:50

Peut-être tous les jeux Wii ? Ils sont quand même très créatifs chez nintendo à mon goût.

Maitre Banane
02 Septembre 2011
14:59

La créativité des développer peut-être mais la créativité des designers, typographes, éditeurs et graphistes japonais est extrême dans la presse et l'édition, ils sont dans le world top 3 IMO. Sinon je trouve le reste assez juste ! :)

Lén
02 Septembre 2011
15:33

Waou on a lancé un gros débat ^^ !

Lambda
03 Septembre 2011
16:40

"Peut-être tous les jeux Wii ? Ils sont quand même très créatifs chez nintendo à mon goût."

C'est un troll ?

miki85
03 Septembre 2011
20:34

je suis nouveau sur ce site
j'aimerais donner mon opinion j'ai l'impression dans cette société ou le groupe prend le pas sur l'individu une partie des créatif sont un peu en marge de la société , il sont un peu "space" comme le type qui a fait wietiful joe il en ai de même des mangaka ils vivent enfermé chez eux et certains ont même vécu un moment en marge de la société dans des cyber cafés .
concernant l'originalité il y a cette article qui pointe du doigt d'autre problème
http://asiafilm.fr/2010/07/28/les-problemes-de-lanimation-japonaise/

Lén
04 Septembre 2011
10:54

Tu as raison je pense car oui les mangaka sont très mal vu, comme des otaku (terme plutôt péjoratif qu'en français ont devrait traduire par "TROP fan de" plutôt que "geek" qui lui se limite seulement au monde informatique).

Zali L. Falcam
05 Septembre 2011
10:19

Merci pour cet article qui explique une grosse partie du décrochage de l'économie japonaise et qui, en effet, montre les limites du Japon dans un domaine tel que le Jeu Vidéo, ou la rapidité et l'adaptabilité est devenu beaucoup plus important qu'il y a 10-15 ans.

Et, oui, en terme de productivité horraire, le Japon est un des pires pays développé, la France étant dans les tout-meilleurs. Et le Japon en souffre énormément. Les salariés y sont extrêmement improductifs, coûtent cher par rapport aux richesses créées (sans parler des services publics, particulièrement inopérants et incapables de s'asapter à l'évolution des besoins)... Les entreprises ont souvent eu (et certaines ont encore) une grosse productivité grace à cette organisation minitieuse décrite dans l'article : pour tout ce qui est du gros oeuvre, des plans ne demandant pas d'inovation particulière, du BTP... le Japon peut produire à la perfection un plan minutieux. Pour réagir à une catastrophe nucléaire, c'est autre chose. D'où, hélas, la valse de dirigeants complètement infoutus de prendre la moindre décision difficile ou originale.

Enfin bref, merci.

Costa
04 Mars 2013
00:01

Bonjour,
Votre titre ! " L'étonnante productivité des Japonais " Où avez-vous vu jouer que la productivité japonaise était étonnante ? Elle est notoirement très inférieure à celle de tous les pays occidentaux, notamment à celle de la France : deux fois moindre !
Il ne viendrait à l'idée de personne de comparer la production ou la valeur des exportations américaines avec celles du Liechtenstein ou de la Principauté d'Andorre. C'est pourtant ce que l'on fait la plupart du temps lorsqu'on s'en tient à l'énoncé brut des chiffres. Ainsi nous pouvons constater par exemple que la France, avec ses 54 millions d'habitants d’alors, a exporté en 1987 pour une valeur de 148 milliards de dollars ; alors que le Japon, lui, avec ses 121 millions d'habitants, a exporté la même année pour 231 milliards de dollars. Ceci revient à dire que la capacité exportatrice de la France, cette année-là au moins, a été très nettement supérieure celle du Japon eu égard au nombre d'habitants. En effet, en comptant ainsi, nous nous apercevons que chaque Français a alors exporté une valeur de 2 740 dollars ; alors que le Japonais, lui, dans le même temps, n'a exporté qu’une valeur de 1 409 dollars, soit exactement 50% de moins. Ceci alors que 1’économie japonaise est très largement réputée de par le monde comme fortement exportatrice et alors que celle de la France est tout aussi notoirement connue, elle, pour le solde déficitaire quasi permanent de sa balance commerciale, ce qui fait croire à la faiblesse de ses ventes à l’étranger, alors qu'il faut prendre en compte également l'ouverture du pays aux produits étrangers. Mais il est vrai également que de 1986 à 1989 la valeur du dollar avait été entamée de 50% par rapport au yen, alors que les monnaies européennes, elles, à la même époque, gardaient une parité relativement stable par rapport au dollar et ne s'étaient pas autant dépréciées que la monnaie américaine par rapport au yen. Revenons-en alors aux temps où le billet vert n'avait pas encore amorcé sa chute spectaculaire par rapport au yen, et comparons les chiffres de 1980. Cette année-là, la France avait exporté pour une valeur de 11É milliards de dollars (18,8% de son PNB) alors que sa population était de 53,9 millions d'habitants. La même année, la valeur des exportations japonaises était de 130.4 milliards de dollars (12,8% de son PNB) pour une population qui s'élevait à 116,8 millions d'habitants. Chaque citoyen japonais produisait alors pour une valeur de 1 113 dollars à 1’exportation alors que le chiffre correspondant pour chaque Français était de 2 152 dollars, soit... 93% de plus, près du double. Continuons d’effectuer le même type de comparaison entre le Japon et 1’Allemagne pour 1984, c'est-à-dire juste avant plongée du dollar. Alors, selon les chiffres publiés par la Chambre de commerce ouest-allemande au Japon, la valeur totale des exportations allemandes exprimée en dollars était légèrement supérieure à celle des exportations japonaises : 171,7 milliards de dollars pour 1’Allemagne contre 170,4 milliards de dollars pour le Japon. Mais ceci alors que la population de ce qui était à cette époque l'Allemagne de 1’Ouest était exactement deux fois moins élevée que celle du Japon. C’est dire que chaque Allemand de l'Ouest produisait également, à ce moment-là, deux fois plus que chaque Japonais pour l'exportation. La capacité exportatrice de chaque européen par rapport à celle de chaque Japonais, ce sera bien évidemment le constat que feront également, en juillet 1991, les auteurs du rapport du Conseil économique et social sur le Japon.

saturne58
10 Août 2015
07:01

Bonjour

le Japon est-il encore innovant, comparé aux années 80?

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