Confessions (film)

Kokuhaku de Tetsuya Nakashima

Une fois qu'on y prête un peu attention, la délinquance juvénile est un sujet traité avec une fréquence presque surprenante par le cinéma japonais. On peut citer l'omnipotence de Battle Royale, rejointe par le diptyque Crow Zero de Takashi Miike, mais les exemples de films sur l'ultra-violence des adolescents japonais sont légion. Tetsuya Nakashima (Kamikaze Girls) s'attaque donc avec Confessions à une thématique difficile, s'appuyant sur un roman de Kanae Minato.

Il y a plusieurs originalités dans l'approche du film. J'ai été particulièrement marqué par cette séquence d'introduction d'une demi-heure, construite autour d'un monologue à l'intensité graduelle. Tout converge à immerger le spectateur dans cette perversité enveloppante qui donne le ton horrifique de Confessions : la recherche habile de vengeance de Moriguchi, une professeure dont la fillette de quatre ans a été tuée par deux de ses élèves.

Le reste du film dévoile un cruel et subtil effet domino planifié comme aurait pu l'initier le tueur de Seven. Toute la recherche de Moriguchi se construit en fonction des lois de protection juvénile qui rend irresponsables pénalement tous les enfants de moins de quatorze ans, leur crime fût-il d'avoir assassiné une enfant. En présentant les divers points de vue des protagonistes, Confessions offre une vision assez inédite jusqu'à l'acmé très cinématographique du final.

En résulte un long-métrage fascinant, spectaculaire et maîtrisé de part en part, non seulement de par son scénario taillé à la serpe, mais également par une approche visuelle extrêmement travaillée qui répond aux codes esthétiques du drame voire du gore japonais. La photo est construite en écho à la bande sonore, mélange de notes électriques lentement élevées en tonalités, et de morceaux rock lancinants signés notamment par Radiohead.

Comme quoi, contrairement à l'idée reçue tenace, les Japonais savent livrer des productions cinématographiques de grand soin, très éloignées de l'usine drama ou animé. Malheureusement, Confessions ne devrait pas sortir en France. Il est toutefois possible de l'obtenir en le commandant en import, en DVD ou en Blu-Ray.

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Commentaires

Uyto
22 Octobre 2012
12:05

Film pas mal, j'ai été comme toi prit par la montée du monologue et surtout le changement d'ambiance apporté par ce monologue, après y a quelques soucis dans le film mais il est au final quand même correct. Certains second roles sont pas à la hauteur de l'actrice principale qui rend bien tout au long du film.

Je conseil donc aussi

Baha
22 Octobre 2012
12:15

"Comme quoi, contrairement à l’idée reçue tenace, les Japonais savent livrer des productions cinématographiques de grand soin, très éloignées de l’usine drama ou animé. "

C'est quoi cette conclusion O.o Genre il a fallu attendre ce film pour découvrir ça ?!! o.o Un des cinémas les plus respectés au monde.

SETH
22 Octobre 2012
12:23

A l'époque de mon travail dans l'univers du film, je le faisais découvrir à tous mes clients.
Je ne suis pas attiré par les films sur la violence facile, mais celui là, est bien plus intéressant que ce simple genre. Représentant le Japon aux Oscars, il n'a pas eu la diffusion souhaitée en France et c'est bien dommage, en VOSTF, il n'est pas à la portée de tous, ça parle énormément et donc votre attention est monopolisée par les sous-titres au lieu de l'être par la magnifique photo! En plus le Blu-Ray n'est sous-titré qu'en anglais...
Bref, on a le choix d'une diffusion illicite de moindre qualité en VOSTF ou de la qualité du BR avec un sous-titrage dans une langue dont je me passerai bien pour le revoir...
Ajoutez le "Memories of Matsuko" du même réalisateur, et vous aurez deux films géniaux à découvrir!

Takako Matsu est fantastique, dans ce film comme dans ces drama, ou en tant que chanteuse (elle reprend d'ailleurs une très jolie version de "et j'entend siffler le train" 500 miles )

PS: Je l'ai vu, il y a longtemps mais il me semble que tu spoilies un peu en donnant les motivations de la prof...
On se prend une vraie claque quand on découvre l'histoire au fur et à mesure.!

22 Octobre 2012
13:30

Baha, je t'encourage à aller un peu plus en profondeur sur Kanpai pour t'apercevoir que je n'ai pas attendu Confessions.. L'idée reçue reste ce qu'elle est pour beaucoup de personnes, quoi qu'on en pense.

Seth, je me suis permis de placer cette info dans l'article car elle fait partie du pitch http://www.imdb.com/title/tt1590089/ , ce n'est donc pas vraiment un spoiler.

SETH
22 Octobre 2012
16:17

D'ailleurs si je me souviens, c'est en lisant ton article sur ce "« Memories of Matsuko » que j'ai décidé de le visionner ;).
Pour Confessions, je l'ai vu, il y a longtemps alors ça reste très subjectif comme remarque, peut-être qu'elle n'est pas fondée, faudrait que je le revois mais j'attendrai un an encore, d'une part pour améliorer mon japonais, et d'autre part pour oublier un peu, et presque me reprendre une seconde baffe.
Mais personnellement, je ne lis quasi jamais un seul pitch, et me méfie comme de la peste de celui écrit au dos de la boite, franchement entre des bandes annonces de 2 min30, qui montrent tout le déroulement du film, et des scripts qui n'hésite pas à vous en dire la moitié... sous forme de pub, du genre "sortez les mouchoirs!" (pourquoi ça meure à la fin?? ) "une fin digne de Titanic!" (genre là on sait que le bateau va couler...)Il m'est souvent arrivé d'en masquer certains, pour que mes clients n'en sachent pas trop. Alors oui, il y 'en a toujours pour vous demander si le film qui les intéressent finit bien !!!??? Mais à mon humble avis, on n'y perd la moitié du plaisir!
J'arrive à la séance avec une totale virginité, chose quasi impensable avec le matraquage médiatique, et IMDB en 4, 5 lignes, nous ferai presque un résumé du film, je préfère largement un simple teaser racontant les premières minutes du film au grand maximum.
Je reste donc sur ces premières images très léchées d'une professeur qui distribue du lait à ces élèves, dès les premières secondes on a comprit qu'on est face à du grand art, et on a envie de voir la suite, quelque soit ses goûts cinématographiques.

Après c'est dur de faire un article dessus sans en parler (même si il existe des "scripts WEB" qui permettent de cacher telle ou telle partie trop spoiliante ) et tu t'en ais fort bien tiré. :)

MacGivre
23 Octobre 2012
22:52

Superbe film ! Merci pour ce conseil Gaël !
Effectivement, pas de jeu d'acteur à la "drama", une histoire vraiment... Comment dire... Une histoire à tiroirs : on nous raconte un événement, puis on revient dessus en complétant l'histoire précédente mais du point de vue d'une autre personne, et ainsi de suite jusqu'aux conséquences de ce meurtre.
Pas sûr qu'on puisse comparer ce film à un autre (là aucun exemple ne me vient à l'esprit ou peut être "Memento" mais c'est pas le même genre du tout), ce n'est pas un film d'horreur (ou alors psychologique, ce qui peut être pire), ce n'est pas un film mélancolique, ni un film policier... Bref, difficile à classer mais franchement prenant : on se demande jusqu'au bout ce qu'il va se passer.
Sinon les enfants en Asie, ils prennent des cours de jeu d'acteur ? Car ils sont bien meilleurs que par chez nous, après "Dark water", "oppay volleyball" ou "Always San Chome No Yuhi", ce film continue de me le prouver. ^^

SETH
23 Octobre 2012
23:16

Une petite question qui me vient à l'esprit après avoir cherché l'édition japonaise du Blu-Ray :
Est-ce que les sous-titres disponibles sont uniquement en kanji ? En romanji ?
La question vaut pour d'autres films, qu'offre en général les éditions japonaises d'un Blu-ray comme sous-titrage?
( ceci dit, il faut un lecteur multi-zones pour les lire cependant )

MacGivre
25 Octobre 2012
08:58

Tu m'apprends un truc Seth : que nous ne faisons plus parti de la même zone que le japon !
Pour le DVD, on était dans la même, c'était bien pratique.
Encore un argument pour ne pas passer au BluRay. :(

Sinon j'ignorais que les sous titres pouvaient être en kanji.

SETH
25 Octobre 2012
10:11

Région A : Les pays des grands fabricants de disques Blu-ray (le Japon, la Malaisie, la Corée du Sud, etc) sont dans la même région que le continent américain
Région B : l’Europe, l’Afrique, l’Australie et une partie de l’Océanie
Région C : le bloc russe et eurasien, l’Inde et l’Asie.

Les disques peuvent également être produits sans la région de codage (près de 70 % de tous les disques ont été livrés « region free »), de sorte qu'ils peuvent être lus sur tous les lecteurs.
Malheureusement le BD de 告白 est un zoné: リージョンコード: リージョンA

Raitoryuuku
25 Octobre 2012
21:27

confession est le titre original de l'oeuvre?
En tout cas l'article donne drôlement envie de le voir.

Gerwin
12 Juin 2013
22:02

C'est après avoir lu la critique présente ici que je me suis jeté sur ce film (je salue au passage Gaël que je trouve très pertinent et modéré). Je dois dire qu'en fait je n'arrive pas à saisir si la culture japonaise (contemporaine et juvénile notamment) m'échappe et que je manque tout simplement de connaissances sur celle-ci, ou si le film oscille entre bon est très mauvais.
Je le trouve extrêmement grandiloquent (voire fumiste) pour le propos qu'il montre au final. Je pense entre autre à la mise en scène, le montage et la musique qui le font passer pour quelque chose de "grandiose", pour en fait un fond qui n'égale pas la forme.
Le film est très torturé, tout autant que quasiment TOUS les personnages, ce qui pour moi est légèrement trop, il n'y en a aucun pour rattraper l'autre. J'ai adoré la première demie heure puis j'ai commencé à décrocher quand j'ai vu qu'en fait tous les personnages ou presque étaient tordus (et non uniquement la prof), et bien trop tordus pour que ce soit crédible à mon goût, surtout étant donné l'âge de certains et la fonction de certains autres (les parents par exemple).
Peut-être devrais-je le voir plus comme une sorte de fable à la morale subtile (ou amorale ?) plutôt que de vouloir croire que le film veut réellement dépeindre le malêtre des ados et la perte de repères de cette "nouvelle" société. Dans le second cas, même si je ne suis pas un expert de la société nippone actuelle, je dirai que c'est raté.

Ce film est-il réellement un miroir de la société japonaise actuelle, et notamment de ses ados, même si je comprends que le film est volontairement exagéré ? Car c'est vrai que même il y a maintenant plus de 10ans, GTO (entre autre j'imagine) soulevait déjà cette mentalité chez les jeunes japonais (bizutages, suicides et ados machiavéliques). J'aimerai bien savoir à quel point c'est vrai. Si quelqu'un peut m'éclairer ?

Donc en résumé, et de mon point de vue je précise : beau film, très propre, taillé au scalpel esthétiquement, scénario solide (j'aime bien d'ailleurs la comparaison avec Seven) mais trop éparpillé (la vengeance de l'un, la folie de l'autre, le malêtre des uns, la maladresse des autres) et qui aborde trop de choses en même temps pour bien traiter tous les sujets. J'aurai préféré, sans condescendance, que le film ne traite que de la vengeance de la prof sur un fond certes d'ados japonais en manques de repères sur le bien et le mal (mais uniquement en toile de fond).

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