Comment Tokyo peut inspirer Paris pour améliorer son attractivité touristique

Le titre de cet article peut paraître présomptueux tant l'inconscient collectif pense traditionnellement Paris comme la capitale mondiale du tourisme. Pourtant, la suprématie de la France dans ce domaine n'est plus si sûre en réalité et 2013 l'a bien montré : dépassée d'une courte tête par sa voisine Londres sur le nombre de visiteurs étrangers (un demi-million supplémentaire tout de même) malgré une progression de 8,2% par rapport à 2012, Paris reste la ville la plus touristique au monde avec 32,3 millions de visiteurs en 2013... mais pour combien de temps ?

Car en y regardant de plus près, les chiffres bruts ne donnent pas un si large avantage à la capitale française par rapport à son homologue japonaise : 15,5 millions de touristes étrangers accueillis à Paris en 2013, là le Japon atteignait presque pour la première fois les 10,36 millions (en 2015, c'était déjà presque le double !). Tokyo ne semble pas avoir communiqué de chiffres pour elle seule, mais on peut raisonnablement convenir qu'une majorité de touristes étrangers sont passés par la capitale lors de leur voyage au Japon, même si le Kansai truste une bonne partie des monuments japonais les plus visités.

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Fréquentation touristique au Japon

Au-delà des statistiques sèches, il y a bien sûr la satisfaction du public. Sur ce plan, la mégapole japonaise vient une nouvelle fois asseoir sa domination ; une vaste enquête récente de TripAdvisor la place première devant 36 autres grandes villes du monde, suivie par New York, Barcelone, Istanbul et Prague. Ce sujet est donc l'occasion de comparer les politiques volontaristes menées à destination de l'attractivité touristique à Paris et à Tokyo en particulier, et plus largement dans leurs pays respectifs.

Cet article n'a aucune couleur politique ni syndicale, il se place simplement du point de vue du touriste qui visite Paris et Tokyo et en particulier leurs aspects pratiques.

Ironie du sort, les touristes japonais ne sont plus les premiers Asiatiques à visiter Paris depuis l'année dernière : ils se sont logiquement fait dépasser par les Chinois, au nombre de 881.000 (+52,6%), qui disposent désormais de formalités de visa largement facilitées pour sortir de leur territoire. Plus inquiétant : toujours selon son Comité de Tourisme, Paris peine à capitaliser sur cet afflux de touristes. Ainsi, la dépense moyenne par visiteur n'est que de 650€ en France là où elle est de 1.000€ en Espagne, permettant à cette dernière d'afficher une recette globale de 59 milliards d'Euros contre à peine 40 dans l'hexagone.

Aux États-Unis, elle atteint même 2.000€, ce qui entre autres a conduit Barack Obama à lancer une campagne d'accueil des touristes étrangers. Portés par une belle progression, de 55 millions de visiteurs en 2009 à 70 en 2013, les USA souhaitent atteindre les 100 millions à l'horizon 2021 pour devenir la première destination mondiale. En première ligne de mire : les files d'attente aux aéroports, au moment du contrôle des passeports. Outre Parafe, la France serait bien inspirée d'en faire de même.

Les efforts récompensés de Tokyo

Ce genre de campagnes, Tokyo les mène depuis déjà une dizaine d'années à différents niveaux, notamment avec "Yokoso Japan" ou le "Cool Japan".

La croissance touristique de la mégapole japonaise est fulgurante en 2014 (+41% en janvier et +33% en avril) et vient corroborer et récompenser plusieurs raisons logiques :

  • l'attrait pour le Japon et ses nombreuses portes d'entrée ne semble pas prêt de s'essouffler ;
  • le cours du Yen très faible augmente largement le pouvoir d'achat des visiteurs étrangers ;
  • un accueil des touristes globalement chaleureux et qui cherche à dépasser la barrière de la langue ;
  • deux rendez-vous mondiaux majeurs qui la mettront sous le feu des projecteurs dans les années qui viennent : la Coupe du Monde de rugby en 2019 et les Jeux Olympiques en 2020.

Et c'est d'autant plus vrai qu'avec une superficie près de 21 fois supérieure à celle de Paris, c'est un euphémisme de dire que Tokyo a une marge de progression importante. Certes, la capitale japonaise n'est pas exempte de petits défauts qui lui restent encore à corriger, en particulier sur la complexité (toute relative) de son réseau de transport intra-urbain lié notamment au fonctionnement parallèle de plusieurs compagnies ferroviaires.

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Mais les efforts fournis en particulier depuis le début des années 2000 sont colossaux. Rien que la transcription / traduction en anglais des affichages publics a changé très fondamentalement entre notre premier voyage en 2003 et le dernier en date, il y a quelques semaines à peine. Puisque la plupart des voyageurs au Japon ne semblent pas parler japonais, la nécessité était là et les efforts réalisés permettent à chacun de se débrouiller seul dans la grande majorité des lieux les plus touristiques de la ville.

D'autres points forts confèrent à la capitale japonaise une avance quasi insensée par rapport à ses concurrentes, et ceux-là ne peuvent pas être changés en quelques années. Citons notamment à l'absence presque hallucinante d'insécurité, la propreté et le respect de l'espace public ou encore l'accueil, la gentillesse et la bienveillance de la plupart des Japonais à l'égard des touristes.

Sur le plan économique, en 2014 Tokyo n'est plus la ville la plus chère du monde. Selon le très sérieux classement EIU qui analyse le coût de la vie dans 131 villes du monde, la capitale japonaise dégringole directement en sixième position. Elle se fait désormais dépasser par un duo de tête composé de sa voisine Singapour et de... Paris ! New York, elle, n'est que 26è du classement.

Les 12 travaux de Paris

Pendant ce temps, alors que ses consœurs du monde entier se bougent pour accueillir de plus en plus de touristes et de meilleure manière, Paris semble les regarder passer derrière la vitre, se reposant sur le charme de ses vieux lauriers et comptant les recettes d'aujourd'hui sans vraiment penser à sa compétitivité de demain. Mais l'avenir ne risque pas d'être optimiste pour la capitale française si des changements ne sont pas initiés rapidement, alors même qu'elle vient d'officialiser le travail sur sa candidature aux JO 2024 avec un dossier à déposer pour l'été 2015 et une décision finale rendue par le CIO en 2017.

Notre Dame, Montmartre, le Louvre, la Tour Eiffel, Versailles ou encore les Champs-Élysées ont beau jouir d'une aura incontestable dans le monde entier, leur réputation, elle, n'est pas si reluisante. Appelons ça l'effet Scarlett Johansson. Sans aller jusqu'à l'expatriation, beaucoup de touristes étrangers ayant déjà visité la ville se plaignent ainsi de nombreux points noirs que l'on n'a aucun mal à soulever.

Transports

Personne n'ose défendre le réseau de transport catastrophique de la région parisienne, pas même ses élus. Nous avions longuement comparé SNCF et JR à leur échelle nationale respective, mais nous n'osons pas faire de même entre les réseaux urbains des deux capitales, à des années-lumière en terme de récence, propreté, sécurité, ergonomie, respect des horaires et qualité de service au sens général. Le projet de refonte des transports en commun du grand Paris est, pour l'heure, prévu d'ici 2030 (!). En attendant, selon les chiffres officiels disponibles, trois lignes de RER sur cinq ont eu plus de 12% de retard (cinq minutes au moins) sur les douze derniers mois et le RER A plafonne à près de 17% !

Quant aux taxis, leur fronde récente envers les VTC cristallise bien les blocages habituels. En attendant que la concurrence se rationalise, il n'est pas rare que les taxis s'avèrent désagréables et refusent même de vous prendre pour des petites distances. Impensable à Tokyo où les chauffeurs ont les mains gantées et leurs portes s'ouvrent automatiquement sur des sièges à napperons.

Hébergement

À budget égal, un hébergement courte durée entre Paris et Tokyo a souvent de quoi faire taire les idées reçues les plus persistantes. La multiplicité de choix de logements au Japon permet d'offrir une large gamme pour passer quelques nuits à pas cher. L'arrivée récente d'Airbnb ne va faire qu'amplifier cet état de fait, alors que la législation et la fiscalité françaises compliquent la location.

Propreté

Les monuments de Paris sont souvent entourés d'une épaisse couche de saleté. Les rues en particulier n'ont généralement rien de très reluisant : crottes de chien et flaques d'urine, chewing-gums au sol, odeurs nauséabondes, tags et graffitis pas toujours élégants... Son homologue japonaise, sans être irréprochable notamment lorsqu'on sort des quartiers touristiques, reste à des années-lumières en terme de propreté.

Alors quand la première vision des Japonais à Paris est le RER B depuis Charles de Gaulle, imaginez la désillusion...

Attente et grèves

On patiente peut-être tout autant à Tokyo qu'à Paris, mais les files d'attente au Japon sont systématiquement complétées par des panneaux indiquant le temps restant.

En revanche, le rouleau de grèves et manifestations qui peuvent subvenir à tout moment et paralyser des rues voire des quartiers entiers (et bien sûr les transports en commun) reste l'apanage de la société française. Les touristes étrangers, eux, en sont souvent les malheureux tributaires sans n'y rien comprendre.

Amabilité

Les taxis n'étaient qu'un exemple : le manque d'amabilité des professionnels parisiens reste souvent flagrant : les sourires et même de simples "bonjour" sont parfois encore une denrée rare. Et cela commence dès l'immigration après l'atterrissage sur le territoire français, alors que la police aux frontières n'est pas réputée pour sa jovialité.

En parallèle, la qualité de service et la politesse japonaise sont souvent sans égal.

Pollution

Peu avant le printemps, on comparait Paris à Pékin à cause de sa pollution liée en particulier à la sur-utilisation des voitures, générant des embouteillages de plus en plus monstrueux en Île-de-France.

Pendant ce temps, Tokyo a banni le diesel depuis la fin des années 1990. Pour info, les véhicules qui roulent au gasoil seraient responsables de 42.000 morts prématurées par an en France.

Insécurité

Il ne fait pas bon traîner dans certains coins de la capitale française en toute saison. Même dans les lieux touristiques, des campagnes officielles encouragent les visiteurs à se méfier des pick-pockets et des vols à l'arraché (souvenez-vous du syndrome de Paris).

Et puis, allez expliquer aux étrangers pourquoi la fête du réveillon du nouvel an est souvent saccagée par les rixes de bandes rivales qui conduisent à des charges de CRS ou encore à l'extinction de la Tour Eiffel... alors que les fillettes japonaises se baladent seules en jupette à Tokyo, à toute heure du jour et de la nuit.

À la suite des attentats du 13 novembre 2015, le désamour a été marqué :

  • la compagnie JAL a annoncé suspendre sa liaison quotidienne Paris-Narita (tout en conservant Haneda) pendant quelques semaines en janvier-février 2016, pour refléter la désaffection des Japonais que l'on estime à 40% de baisse.
  • Atout-France précisait également que les Japonais étaient 19% de moins à visiter la France de janvier à octobre 2015. Avec 205€ par jour et par personne (hors hébergement), ils sont pourtant les touristes étrangers qui dépensent le plus lors de leur passage à Paris.
  • LCI précisait fin mai 2016 que les touristes Japonais à Paris avaient été 56% de moins au premier trimestre ; l'AFP parlait de -46,2% au premier semestre.

Disponibilité

La plupart des magasins à Paris ne restent pas ouverts après 19 ou 20h le soir et sont fermés le dimanche ! L'exception française a de plus en plus de mal à se justifier sur ce point, alors que dans le centre de Tokyo, les commerces ouverts tard le soir ne sont pas rares. Ne parlons même pas des konbini, ouverts 24/7/365.

Les toilettes publiques sont très nombreuses, gratuites et souvent propres. En tout cas, on n'y trouve pas de seringues usagées.

Gastronomie

Il en va de même pour la gastronomie française, qui se fait petit à petit grignoter les feuilles de lauriers sur lesquelles elle s'était confortablement installée. Tokyo a plus de trois étoiles Michelin que Paris depuis plusieurs années déjà. Les restaurants prolifèrent ; on y mange varié, divinement bien et pour pas cher. Le tarif prohibitif du café parisien n'a qu'à bien se tenir.

L' "indice Big Mac" rappelle que même le McDonald's est moins cher au Japon qu'en France, mais il ne dit pas qu'on y est servi plus proprement et plus rapidement.

Fiscalité

Enfin, au risque de sortir un peu du cadre initial de cet article, le sujet de la fiscalité pèse forcément sur l'attractivité d'un pays par rapport aux autres.

Et l'on ne pense pas seulement à la TVA, récemment rehaussée de 5 à 8% au Japon pour atteindre 10% à l'horizon de fin 2015, soit toujours deux fois moins qu'en France. L'investissement entrepreneurial est lui aussi dans la panade : alors que la pression fiscale semble toujours plus forte dans l'hexagone, le Japon chouchoute ses programmes d'investissements pour les étrangers.

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Sera-t-il trop tard lorsque les autorités françaises, constatant la distance subie par Paris sur le plan touristique à l'échelle mondiale, se décideront à réagir ? Au-delà de la visite sèche, il serait intéressant de connaître le souhait ou non des touristes de revenir dans la capitale française, ou encore de la conseiller autour d'eux.

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