Sakamichi no Apollon

Île de Kyushu, début de l’été 1966. Kaoru Nishimi, jeune étudiant modèle, excellent pianiste mais névrosé et sujet à des angoisses récurrentes, vient de déménager par nécessité chez des membres éloignés de sa famille. Arrivé à son nouveau lycée, il rencontre par hasard Sentarō Kawabuchi. Ce dernier, perçu comme délinquant et donc paria de son lycée ne semble toutefois pas hostile à sa présence. Mieux, par l’intermédiaire de la belle Ritsuko Mukae, dont Kaoru tombe immédiatement amoureux, les 2 jeunes hommes vont se rapprocher. Et quand un jour Sentarō se met à jouer du jazz à la batterie, c’est la vie de Kaoru ainsi que toutes ses angoisses qui vont basculer…

Ok 3, 2, 1 let’s jam !

Quand l’auteur du cultissime Cowboy Bebop, de 2 des meilleurs Animatrix (A Detective Story, Kid's Story), ou du plus récent (mais non moins excellent) Samurai Champloo présente un nouveau travail, difficile de ne pas y porter une attention toute particulière. Sa nouvelle œuvre, que l’on pourrait traduire par quelque chose comme « Apollon sur la pente », a donc débuté le 12 avril 2012 sur les télévisions et en streaming légal par internet. S’inspirant d’un manga assez peu connu du même nom de Yuki Kodama, Shin'ichirō Watanabe nous livre ici une série de petit format, avec seulement 12 épisodes de 20 minutes. Et vient donc de s’achever au Japon le 28 juin.

Graphiquement parlant, la série est soignée. Certains n’adhèreront peut-être pas à ce chara-design à mi-chemin entre le manga typique et un style 50’s (plus que 60’s) très marqué, mais le dessin et l’animation sont indéniablement fluides et appliqués. Et la réalisation est bien sûr toujours très réussie.

Pour ce qui est du récit, Shin'ichirō Watanabe propose cette fois-ci une aventure sensiblement différente. Assez loin de ses travaux précédents, la trame se développe autour de petites tranches de vie très simples. Certains diront peut-être simplistes, ne voyant que méandres amoureux et autres péripéties adolescentes sur fond de jazz. Bien qu’à mon sens, c’est passer à côté du plus important, et qui passe notamment par la musique. L’histoire est en effet d’apparence très « académique ». Faite de quotidien, de moments d’amours ou d’amitiés très courants... Néanmoins, si l’on y regarde de plus près, tout n’y est pas si évident : le réalisateur glisse une génération en rupture totale avec celle de ses parents. Les relations parents-enfants sont systématiquement violemment brisées, à vif. Cette jeunesse se cherche seule, maladroitement, et éprouve une incapacité chronique à communiquer avec les autres. L’éclosion de la musique au Japon, comme le jazz ou encore le rock, devient donc un besoin vital d’exprimer quelque chose, qu’il s’agisse indifféremment d’un style (avec le personnage androgyne de Seiji Matsuoka, fan des Beatles) ou de quelque chose de plus profond. Le héros, Kaoru, est à l’image de cette société : parfait manuel du petit étudiant modèle aux yeux de tous, il n’en reste pas moins un personnage blessé, solitaire et névrosé. Sa relation avec Sentarō et Ritsuko est donc logiquement autant faite de moments chaleureux que de colères ou d’incompréhensions. Tant que ces 3 personnalités très différentes deviennent complémentaires, s’équilibrent et leur permettent ainsi de trouver une place.

Enfin, côté musique, la question ne se pose pas. Shin'ichirō Watanabe a toujours employé sa compositrice fétiche, l’inépuisable Yōko Kanno. Même sur Samurai Champloo, puisqu’elle a produit la bande originale en compagnie des dj’s Fat Jon et Nujabees. Et encore une fois sur Sakamichi No Apollon, ce petit bout de femme est en forme olympique (c’est le bon moment, vous me direz). Son travail d’excellente qualité propose une très agréable introduction au jazz, intégrant parfaitement ses titres au milieu de classiques habilement revisités. Mais plus important, la musique offre une seconde lecture à la série. Cela n’est certes pas nouveau chez le réalisateur, qui donne toujours la part belle à sa compositrice. Mais la différence réside dans le fait que ses précédentes œuvres utilisaient la musique comme un soutient, une ambiance, un style pour donner de l’envergure à l’univers. Alors qu’ici elle exprime à elle seule le vocabulaire sensible. En somme, la musique a pour rôle fondamental celui de l’expression des sentiments. Comme souvent dans les œuvres nippones, le langage émotionnel est intériorisé. Toutefois ici, par le caractère très fermé des 2 héros, cela se justifie assez aisément. Chacun d’entre eux éprouve des difficultés dès lors qu’il s’agit d’extérioriser son ressenti. Leur relation passant beaucoup par le jazz, cela devient donc leur moyen de se parler. En voici un exemple fort :

Dans cette scène, Kaoru (au piano) s'est violemment disputé avec le batteur, Sentarō. Mais aussi avec Ritsuko depuis qu’elle a refusé ses avances et ses sentiments. Pour se réconcilier avec eux, il se met donc à improviser lors d'un problème technique, durant le concert du groupe de Seiji Matsuoka (le fan des Beatles). Il commence par revisiter My favorite Things de John Coltrane, afin de s’adresser à un personnage féminin, Yurika Fukahori (la 1ère fille qui applaudit à la fin de l’extrait), et qui vient juste avant de confier à Kaoru ses sentiments amoureux torturés. Après que Sentarō l’ait rejoint, il enchaine avec le Someday My Prince Will Come version Bill Evans qu'il avait jadis joué à Ritsuko de façon très romantique (elle dit dans l'extrait que le thème a beaucoup évolué et ainsi comprend la complexité dans l'évolution de ses sentiments envers elle). Et enfin termine avec Moanin' de Art Blakey pour exprimer sa réconciliation avec Sentarō, car c'est le seul morceau que ce dernier sait jouer au piano. Ainsi il appelle à des sentiments profonds chez chacun, et pacifie en quelques minutes une situation délicate et tendue...

See you, 60’s jazzmen…

Shin'ichirō Watanabe, avec Sakamichi No Apollon, propose ainsi je le crois une intrigue plus personnelle que dans tous ses autres travaux. Son amour pour la musique n’est plus à démontrer (chacun de ses titres d’épisodes est toujours un titre de chanson). Aussi il y a fort à parier que les aventures de cette jeunesse amoureuse de la musique qui se débat pour trouver sa raison d’être n’est pas le fruit du hasard. « Quand j’ai lu le manga, j’ai pensé immédiatement, « Je dois le faire. », dit-il. J’ajouterais que c’est la 2nde fois que le réalisateur centre des personnages autour de la religion catholique. Sans parler de la bataille entre Spike et Vicious dans Cowboy Bebop, qui se déroule dans une église. Ce qui est relativement étonnant, vu la très faible place de celle-ci au Japon. Sans aller jusqu’à en conclure que Shin'ichirō Watanabe est lui-même croyant, il est néanmoins très probable qu’il soit notoirement intrigué par cette religion.

Toujours est-il que cette romance plaira à certains et sans doute moins à d’autres. Ceux qui s’attendent à une surenchère d’action ou à tout savoir sur tous les personnages seront probablement déçus, voir frustrés. Car cela ne tient pas à savoir qui va finir avec qui. Mais l’enjeu est bien cette jeunesse qui, péniblement mais sûrement, grandit et trouve sa voie. Tout en rendant un hommage vibrant à la musique. Une histoire simple, donc. Forcément moins marquée que Cowboy Bebop. Mais pas moins belle pour autant.

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Commentaires

charles fournier
24 Juillet 2012
17:49

Cet anime a d'ailleurs été diffusé sur la chaine Nolife !

YattaMigeru
25 Juillet 2012
09:24

J'avais il y a quelques jours posté ma critique sur Animeka.
Donc je vais la mettre ici, étant donné que je l'ai terminé il y a pas très longtemps.

"

Re: [Mappa - Tezuka Productions] Sakamichi no Apollon

Messagede Yatta le 18 Juil 2012 14:21
Je l'ai terminé hier.
Kids on the Slope était l'un des animes que j'attendais le plus, surtout lors de sa toute première présentation sur la chaine Dybex Dailymotion.

J'étais impressionné par cette univers ainsi que sur la réalisation et le Chara.
De plus ça traitais de la musique, un thème que j'adore.

Des le premier épisode on est plongée dans cette l'atmosphère Old School, la réalisation était à l'hauteur de mes attentes.

J'ai été aussi séduit par le Chara design qui se mélangeait à merveille sur ce contexte des années 60, même si je ne connais pas cette époque l'anime m'a transportée dans son univers.

Le duo Kaoru & Sentarô était bien, j'ai beaucoup aimer voir cette relation et son approche.
Dans son ensemble les personnages sont attachants a leur façon.

L'histoire quand à elle était originale, le Jazz.
J'étais curieux de voir comment ils allaient transcrire tout ça dans l'anime et c'est ce point qui m'a attiré mon intention vers cette anime dans un premier temps.

Lors des premiers épisodes j'étais bluffé, puis bizarrement plus sa avancé moins j'étais surpris?!
L'intrigue principal et qui pousse l'histoire à avancer est cette admiration que Kaoru à envers Ritsuko et l'amour qu'il porte a son égard.

Seulement voila comme beaucoup l'ont déjà dit l'histoire tourne en rond et on entre dans le cliché le plus classique de l'anime et ce coté gnagna de l'amour.

Finalement la musique n'est qu'un lien comme dans la plupart des animes traitent le même genre, un déclencheur pour les personnages qui permet leur rencontre, sur ce point je reste un peu sur ma faim car j'espérais en avoir un peu plus de ce coté là, même si au final c'est pas si mal que ça !

La fin nous laisse beaucoup sur notre faim, et on commence a penser a ses incohérences?!

la musique collais parfaitement a l'anime, au même temps le thème abordée était le Jazz, mais je ne m'y connais pas, donc je ne vais pas juger, il m'a plût mais parfois j'ai eu le sentiment que sa ce répétais.

Au final pour être sincère cette série m'a un peu déçu j'en attendais tellement,c'est peut être normal.

Et là je rejoins la plupart des avis, ce format 12 épisodes est trop court !!
Je ne connais pas la version papier mais d'après vos avis, certains passages on eté zappés et donne une impression de Rush général et c'est le cas, la fin en est la preuve.
Elle était pourtant très bien partie mais la magie s'est peu à peu estompé mais ne l'empêche pas d'être un bon anime même si elle aurais pu l'être d'avantage.

Sakamichi no Apollon se démarque plus par sa réalisation et son chara, l'intrigue en elle même n'est pas une révolution, certains passages restent prévisibles sans réelle surprise, elle est bien mais sans plus, on aurais sans doute aimer voir plus de sujets divers plutôt que cette amour qui tourne en rond
Un point que j'ai beaucoup aimer: l'amitié. Ce plus, apporte vraiment quelque chose aux personnages, j'ai beaucoup appréciée, ce petit côté drame également sans surenchérir.

Bref un bon anime, mais qui passe un peu a côté c'est dommage."

Mais bon après il se peux que j'aille mal juger le contexte de l'époque et sur certains points je te rejoins, comme la relation parents enfants par exemple.

Je pense que le point le plus important c'est le lien d'amitié qui les fait unir, plutot que cette sois disante histoire d'amour.

Mchiou
25 Juillet 2012
14:56

Merci Kanpai pour cette fantastique découverte !
Passionnée de musique, cet Anime m'a fait redécouvrir le Jazz !
Les dessins, le scénario, la profondeur des personnages, tout est beau.
Je vous le conseil vivement.

leviacarmina
25 Juillet 2012
22:26

Je suis impressionnée : l'extrait musical dans ton article présente de l'excellent jazz et je me lance de ce pas dans le visionnage de cet anime.

harry-gato
26 Juillet 2012
20:52

j'ai vu pour la première fois cet anime sur no life et la whaou la claque!! le dessin est sublime,les personnages sont attachant mais c'est vraiment trop court!!! vive le jazz!!

AUDREY
01 Juin 2013
20:29

Merci Gael pour cette découverte ! Je viens tout juste de finir Sakamichi no Apollon : c'est une vraie pépite.
Bien que l'ayant grandement apprécié, ce Kids on the Slope me laisse un sentiment doux-amer (je ne peux donner trop de détails sur ce sentiment sous peine d'en dévoiler beaucoup trop sur l'histoire). Qu'importe, je vous conseille réellement ce bijou d'animation. (Cela dit, peut être que les initiés à la musique y seront plus sensibles : je pense aux joueurs de piano, batterie, violoncelle, saxophone ..)

Cet animé m'a re-fait découvrir le Jazz. Je suis d'ailleurs en train de travailler sur des impros (au piano, j'essaie de passer d'un style classique à un style plus .. jazzy) !

J'ai un peu honte de dire que je n'ai jamais visionné d'épisodes de Cowboy Bebop (mais j'ai déjà eu l'occasion de voir les 1ers épisodes de Samurai Champloo) : je vais de ce pas compenser mes lacunes !

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