Saint Seiya Omega : l’omega sans l'alpha

Saint Seiya, ou plus communément Les Chevaliers Du Zodiaque, c’est pour ceux de la génération Club Dorothée une sorte d’effigie, un ancien rituel de l’enfance presque religieux. Qui, de ceux qui l’ont vécue, n’a pas vaillamment bravé la rudesse du matin afin de savoir enfin comment les chevaliers d’or allaient terminer et si la princesse Saori allait mourir de sa flèche plantée dans le cœur ? Le tout avec une fierté non feinte de voir le chevalier de son signe être si puissant qu’il en paraissait invincible (les débats passionnels durant les récrés en attestaient). Et idem pour le filler incestueux d’Asgard (exit pourtant la mythologie grecque) ou pour sa suite officielle, Poseidon. Bref, tout était magique et merveilleux dans un monde idyllique. Même les chansons de Bernard Minet ou les doublures approximatives semblaient géniales. C’est dire. Et l’hilarante version abrégée proposée par StateAlchemist (que je ne saurais que recommander aux néophytes) n’a en rien entaché mon plaisir enfantin de regarder ou de lire cette série, sertie d’autant de défauts que de charmes.

Au cas où vous auriez vécu dans une grotte depuis quelques années, Saint Seiya est bien sûr un manga de Masami Kurumada, créé en 1986 et qui est arrivé directement sous la forme d’une série animée en France à partir d’avril 1988 sur TF1. Du fait de son succès au Japon et dans certains autres pays (dont la France), la saga a été prolongée par son auteur, et ainsi plusieurs adaptations, films et autres O.A.V’s ont eu lieu au fil du temps. Malgré des aléas et des réussites plus ou moins diverses, ses suites animées sont globalement d’un niveau acceptable. À titre personnel, la saga Hadès et même Lost Canvas dont le chara-design m’a pourtant longtemps laissé mitigé, restent des variations appréciables car globalement fidèles à l’univers initial.

Toutefois, le 1er avril de cette année 2012 est paisiblement née la plus longue plaisanterie de mauvais goût jamais contée : Saint Seiya Omega. Car je pense qu’il n’y a à peu près rien à retenir d’intéressant de cette nouvelle adaptation, exception faite de quelques très maigres idées. On pourra sans doute arguer que c’est lié à un élan de nostalgie de ma part, étant fan inconditionnel de la première heure. Possiblement. Mon opinion n’est que mienne. Je vous en laisse seuls juges. En tous cas, vous voilà prévenus :

Attention, chronique méchante.

Histoire de commencer par tout dire concernant les éléments positifs…

D’abord pour les puristes : il est très agréable de retrouver les voix des héros originaux, qui continuent d’incarner Seiya et les autres. C’est un sympathique hommage, relativement appréciable. Ensuite, il est en effet très rafraichissant d’enfin voir un personnage féminin qui ne se contente pas d’attendre sagement que les héros viennent la sauver. Mieux, il est vrai que Yuna, demoiselle chevalier de l’aigle, fait même un choix relativement osé, puisqu’elle renie le masque que sont supposées porter les femmes guerrières et qui en font normalement des saintes. Cela dit misogynes de tous poils, rassurez-vous : une insupportable gamine prénommée Aria, qui passe son temps à larmoyer et à être plus fragile qu’un vase en porcelaine à portée de main dans une école maternelle, viendra largement doucher tout élan d’audace et d’intérêt qui aurait pu être suscité en vous. Ouf. Respirez, vous êtes sauvés.

Enfin (car oui, on a presque fait le tour), les armures, notamment au niveau du plastron, ressemblent un peu plus à de vraies armures et font moins décoratives. Mais encore une fois, histoire de palier ce point, ces protections n’ont plus la forme correspondant à l’animal de leur signe une fois désassemblées (et comme nous allons le voir, de toute façon, c’est inutile). A l’exception du casque, et souvent avec une belle dose de ridicule (Sōma remporte la palme en la matière).

…et de faire quelques petites remarques au sujet de tout le reste

Côté chara-design, on aurait pu en espérer beaucoup, car c’est Yoshihiko Umakoshi (Berserk, Cowboy Bebop, Death Note, Wolf’s Rain…) qui s’y est attelé. Il n’en est rien. Le but est ici simpl(ist)e : toucher un nouveau public fait de jeunes, voire de très jeunes. Le choix est une véritable catastrophe, qui ferait passer Yu-Gi-Oh ! (sur lequel il a également officié) pour une pure merveille faite de personnages ultra-virils, barbares et metaleux. Il est parfaitement exact que la masculinité n’a jamais été le point fort de l’œuvre Saint Seiya, mais à ce niveau-là, c’est un véritable record. L’animation quoique très fluide, est relativement pauvre et souffre d’une colorimétrie flashy qui, si elle est appliquée, ne colle absolument pas avec les presque 25 dernières années de mythologie Saint Seiya. Et les traits grossiers du dessin n’aident absolument pas :

Et enfin, histoire de souiller définitivement l’univers original, a été commise la pire atrocité possible :

Ils ont enlevé les Pandora box, les urnes des armures portées par les chevaliers, symboles du fardeau que tiennent les saints sur leurs épaules, pour les remplacer par des…

Et je ne m’aventurerais même pas à vous conter l’excuse scénaristique employée pour justifier ça, puisqu’elle n’a aucun sens. D’ailleurs, parlons un peu de l’histoire. Chaque épisode, calibré selon des standards en termes d’avancement de l’intrigue, est d’un ennui mortel. Entre autres par la platitude des personnages, et aussi surtout par le fait que chaque épisode propose invariablement un combat qui se termine quasi-systématiquement avant la fin de l’épisode. Les montées en tension et autres éléments qui tiennent en haleine sont aussi rares que les deus ex machinas sont eux présents, grossiers et prévisibles. En clair, c’est piètrement écrit et extrêmement scolaire. Regardez plutôt la trame : Saint Seiya Omega nous propose l’histoire d’un bébé nommé Kōga, sorti tout droit d’une météorite , et sur lequel sans raison explicite repose le destin de l’humanité. Après que Seiya et les autres ont sacrifié leur vie sans trop mourir afin de le sauver, on retrouve Kōga en rebelle de 13 ans. Ce dernier voit Saori se faire kidnapper et décide donc d’aller la sauver. Sur sa route, il va apprendre à devenir un vrai adulte/chevalier tandis qu’il en croisera d’autres. Petit à petit, Kōga, que personne ne croit quand il dit qu’on a kidnappé Athena (bah, c’est une déesse mineure… Et puis qu’est-ce qu’un chevalier, un saint, peut bien avoir à faire d’une femme kidnappée, je vous le demande ?), va quand même parvenir à convaincre certaines âmes pures de l’aider dans sa quête. Et ainsi s’en va donc, affublé de ses compagnons aussi fidèles que ridicules, comme le chevalier du lionceau Sōma, le chevalier du dragon asthmatique Ryūhō , ou encore le chevalier du loup Haruto, qui n’est rien de moins qu’un chevalier ninja qui lance des shurikens et se cache derrière des tissus de camouflage quand l’ennemi arrive . Ensemble, nos braves vont vaillamment affronter le nouveau méchant tiré de la mythologie grecque, le dieu… romain Mars . Non pas avec leur 7ème ou leur 8ème sens, mais avec leur pouvoir de l’air, du feu, etc… et de la lumière contre celui des ténèbres (sur un modèle qui calque largement celui proposé par Naruto Shippūden, au passage). Pendant que les héros initiaux de Saint Seiya (Seiya, Hyōga, Shun et les autres) préfèrent n’apparaitre que périodiquement pour sauver nos héros et leur fournir leur dose de foi (de morue), de courage et d’amitié. Voici donc comment nos héros s’en vont guerroyer contre Mars, qui à cause de son emploi du temps de businessman doit faire régulièrement des aller-retour entre les étoiles et la tour de Babel, ce bien beau symbole de la mythologie grecqu.. euh non romai… euh enfin plutôt de la bible . Oh et puis flûte. J’vous jure, c’est trop dur l’emploi du temps de méchante divinité mégalomane au rire sardonique. Enfin bref. Voilà voilà…

Et ainsi il me serait possible de continuer à tirer sur l’ambulance pendant un bon moment, tant les détails du genre foisonnent. Aussi afin d’abonder un peu dans le sens de la défense de Saint Seiya Omega, il est vrai que la série originale n’est pas exempte de reproches : Saint Seiya est parfois une saga répétitive, perfectible, à l’animation inégale, avec son lot de personnages androgynes et larmoyants (Shun et son armure rose en tête de gondole). On peut également percevoir l’histoire comme doucement misogyne et faite de discours quelquefois péniblement moralistes. C’est en effet juste. Néanmoins, le succès de la saga s’est construit autour d’une mythologie grecque revisitée avec un zeste de fraicheur nippone, ainsi qu’une multitude de personnages variés et souvent charismatiques. Chacun des anciens de l’époque Club Dorothée a son héros préféré, ainsi que son méchant. Parce que chaque personnage était soigneusement construit et que les intrigues, si elles étaient simples, ont toujours réservé des rebondissements efficaces et réguliers. Sans parler de la musique, culte pour tous les fans. Aussi, si bien sûr la saga Omega a intégré que l’univers des Chevaliers Du Zodiaque était un monde fait d’idéaux chevaleresques et de surpassement de soi, elle a en revanche négligé bien des éléments fondamentaux liés à sa mythologie, simplement pour renouveler son merchandising. Les personnalités des personnages se confondent et sont grossières, les éléments symboliques sont occultés, les situations sont quadrillées et déjà vues des millions de fois… En soi, c’est une série tout juste passable, proche du niveau d’un Digimon ou des dernières déclinaisons de Yu-Gi-Oh !. Dans le contexte de Saint Seiya, c’est à se demander si Hyōga ou Camus ne sont pas passés par là :

On frise carrément le zéro absolu.

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Commentaires

Amo
23 Octobre 2012
14:00

Donc c'est nul parce que y'a pas des boîtes dont le commun des mortels a, finalement, rien à branler ?

WOW.

Gab
23 Octobre 2012
15:08

Heu, Amo... Le commun des mortels en a pas rien à branler.
Comme le signale Sabrewulf, lis l'article en entier. Il en raconte un tout petit peu plus.

Sabrewulf
23 Octobre 2012
14:44

Tu devrais lire l'article en entier Amo...
Ayant fini la première saison, je rejoins l'avis de l'auteur, et je serais même plus critique sur les armure qui ne ressemble à rien - coincé quelque part entre une armure et une combinaison de sentai.
Après, et on en débat souvent entre amis, mais la série ne vise certainement pas les nostalgiques qui n'y trouveront pas leur compte mais j'ai du mal à croire qu'elle soit capable de plaire aux plus jeunes qui la trouveront ringarde.
Au final, que penser d'une série qui ne touche aucune cible ?

PS : Un grand bravo pour certaines métaphore très inspirées ;)

lizziecat
01 Novembre 2012
05:20

Pour les fans, nostalgique de la série originale, c'est clair qu'ils ne vont pas aimer.
Mais la plupart de ceux ne se sont pas contenter de la nostalgie du club Dorothée l'apprécie.
J'ai connu et adoré Saint Seiya avec le Club Dorothée mais doublage français raté avait fini par m'agacer et j'ai redécouvert Saint Seiya avec the lost canvas.
Je me suis mise alors à lire les mangas et là on a une meilleure approche de saint seiya.
Donc pour défendre cette série que j'adore d'abord ce n'est pas une reprise mais une suite. Pour le design, il détend du dessinateur du manga (chacun à son style et d'ailleurs je préfère les dessins de Shiori Teshirogi que ceux de Masami Kurumada) mais ça c'est une question de gout artistique qui n'a rien a voir avec le scénario (ceci au passage même Masami Kurumada n'écrit pas le scénario complet il en écrit la trame.
Effectivement le scenario de la première était simple et j'aime justement la complexité des autres séries de plus la série ne s'inspire pas seulement de la mythologie grecque. Quand au coté répétitif, je dirais qu'il est normal étant donné la façon dont l'histoire de base est écrite.
D'après tes commentaires j'ai l'impression que tu fais parti des fans qui n'aiment Saint Seiya que pour les combats et donc tu ne fais que survoler l'histoire pourtant passionnante.
Bien sur tu as le droit d'avoir ton opinion de ne pas aimer. Mais tu me donnes l'impression de ne pas connaitre vraiment Saint Seiya.
Mon conseil : lis les manga !!

MacGivre
01 Novembre 2012
07:38

Difficile de lire le manga quand on a découvert SS par l'anime, car c'est un tout : on aime l'anime pour son chara design, son OST, son histoire, les armures qui ont de la gueule (elle tienne dans une box, et prennent forme de statue quand elle ne sont pas portée : classe !), sa localisation (qui n'a jamais rêvé d'aller en Grèce voir les temples grâce à cette série ? Un peu comme les citées d'or et la culture Maya). Or le dessin du manga est très laid par rapport à l'anime, l'histoire est plus tordue (comment ça les 100 chevaliers sont tous frères ?), les armures sont moins "stylées"...
Malgré ses défauts, je préfère la série (et encore, pour moi la série s'arrête à la fin du sanctuaire, après ce n'est que du remake).
Pour Omega, les armures sont... Non ce ne sont pas des armures, des cloths-tenues de magicals girls, ça me rappelle Sailor Moon ou Sakura, question virilité... ; La musique, je n'y ai même pas fait attention, à part le générique qui a été repris (mais n'est plus sur la 2ème saison) ; Les dessins de plus en plus laid au fur et à mesure de l'anime : si on regarde les visages, les yeux sont souvent déséquilibrés en vue de 3/4, les décors de moins en moins beau... ; L'histoire : un remake de la 1ère série, au début c'est amusant puis ça devient lassant car c'est moins bien, moins compréhensible (pourquoi seiya est chevalier d'or et pas les autres ? Et kiki, chevalier d'or ? Spoiler : C'est quoi ces 12 maisons du zodiaque ? Je rêve ?)...
Pour moi, SS a perdu son identité, la magie qu'elle avait quand on l'a découverte. Si je suis encore la série, c'est peut être par espoir ou par politesse pour une série qui me fait encore rêver plus de 20 ans plus tard ; Omege sera oublié d'ici une poignée d'année.

lizziecat
01 Novembre 2012
10:35

moi ma partie préférée de la série originale c'est le chapitre Hadès : le sanctuaire, elle met encore plus l'accent sur le courage des chevaliers près à tout pour réussir leur mission.
Quand on la voit une 1ere fois soulève pas de questions, notanement sur la trahison de Sion. quand on la revoit en sachant la vérité, elle est encore émouvante. Je pleure à chaque fois au combat de Milo contre Kanon (si on peut appeler ça un combat vu que Kanon ne se défend pas) et à la mort de Shaka.

MacGivre
23 Octobre 2012
15:47

Les 1er épisodes étaient plutôt encourageant : un zeste de nostalgie avec des clins d'oeil au passé (le prof de la Grande Ourse, l'hydre, l'apparition des chevaliers de temps en temps...), de beaux paysages (au début en tout cas) puis... Rien de nouveau : une intrigue qui sent fortement le réchauffé, des sailors du zodiaque frêles mais terrassant leurs ennemis en 1 épisode, pas d'O.S.T. prenante, une armure en orbite, c'est plus pratique pour la ranger que sur le dos.
Etant un vieux fan de la 1ère série (jusqu'à la fin du sanctuaire, pour moi, le reste contre beaucoup moins), je suis très déçu par cette série.
Et le ninja Haruto, c'est pas fait exprès ça ? C'est une faute de frappe quand ils ont écrit le scénario ? (regardez sur le clavier le N et le H sont cote-à-cote).

Par contre, bons points : les protagonistes sont jeunes mais au moins ils font leur âge, ceux de la 1ère série sont sensé avoir 14 ans, mais ils font bien plus mûrs ; le générique qui modernise celui d'origine mais qu'ils ont changé pour la saison 2 :(

Bref, rien de magique dans cette série, elle ne restera pas dans les mémoires.

Mik
02 Novembre 2012
18:53

Merci pour cet excellent article, Paul !
J'aurais été encore plus cruelle que toi^^' ... Et, contrairement à ce que certaines et certains pensent, il ne faut pas y voir la fronde de nostalgiques fanatiques, élevée au sein Club Dorothée. Non non, la vérité est bien plus simple : Kurumada s'est fossilisé.

Dès le départ, il a eu de la chance qu'une bonne équipe prenne son manga. Car c'est bien l'anime qui a su sublimé un manga au chara design parfois grossier, au scénario souvent lourd *ne me tuez pas*
L'anime, son chara design (oui, tous les épisodes ne sont pas parfaits, loin de là^^'), ses musiques : il y avait une âme, un esprit, rendant crédible les discours pompeux sur l'amitié et l'humanité.

Tout ça est parti depuis bien longtemps. Cette nouvelle mouture le confirme.

Camille Addams
06 Février 2013
10:24

Omega n'est pas de Kurumada! SI vous voulez la vraie suite de Saint Seiya, il faut lire Next Dimension, en attendant son adaptation future en animé!

Setix
02 Mars 2013
22:19

Lire Next Dimension, c'est vite dit. Tout comme l'oeuvre originale dans sa version manga, Next Dimension est lourd, sans queue ni tête, un véritable massacre du créateur himself. Malgré une fin qui traine en longueur, Lost Canvas tient plus d'une pré quelle officielle que ce que Kurumada a fait, ce qui est assez fort.

Et pour en revenir à Omega, la comparaison avec Yu Gi Oh est bonne, surtout les séries dérivées, c'est vide, sans âme et sans intérêt.

e-cigarette
17 Juin 2014
06:41

Merci à l'auteur pour ce super article, enfin du contenu interessant sur le sujet ..
!Je vous remercie à tres vite !

Chris
15 Août 2016
22:32

J'ai vu la série Omega complète même si ce que vous écrivez n'est pas complétement faux,moi j'ai aimé cette série.

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