La pop culture contemporaine aura livré au fil des années, pêle-mêle, tout un tas d’idées nouvelles… mais également se sera répété comme jamais, en reproduisant tout concept un tant soit peu original ad nauseam. Par exemple le zombie et le vampire, qui à titre personnel constituent désormais un effet urticant et répulsif des plus efficaces, aura été utilisé au cinéma pas moins de 187 fois (oui, j’ai compté) ces seules 10 dernières années ! Et bien entendu de son côté la société nippone est logée à la même enseigne. Elle aura exploité, surexploité et aura massivement abusé, entre autres, de deux concepts cinématographiques : celui de l’objet qui tue (la cassette vidéo, le téléphone portable, le livre, etc…) et celui qui nous concerne aujourd’hui. À savoir : le Battle Royale.

C’est donc avec moult précautions, doutes et défiance que j’ai fini par jeter un œil à BTOOOM !. Mais préalablement, pour faire les choses de belle manière, c’était également l’occasion de jeter un regard plus distancié sur l’ouvrage original.

Petit retour sur le phénomène Battle Royale

Avant d’être un film, Battle Royale était un roman de Kōshun Takami, édité en 1999. On en retrouvera d’ailleurs essentiellement les ressorts et le contexte politique dans la saga Hunger Games (bien que l’auteur nie connaitre l’œuvre originale), ou encore dans le manga Blitz Royale, la suite officielle du roman de Takami. Bien qu’en soi l’idée n’était pas vraiment nouvelle, puisqu’elle existait sous d’autres formes avec notamment l’excellent Prix Du Danger de Robert Sheckley (volé plus tard par le Running Man de Stephen King), ou encore Marche Ou Crève du même Stephen King. À sa sortie en 2000, l’œuvre cinématographique Battle Royale de Kinji Fukasaku m’avait paru, à contrario du sentiment collectif, comme étant assez largement surestimé. En effet, si l’idée de départ était fort séduisante et particulièrement intéressante, le long-métrage se reposait à mon sens essentiellement sur son atout choc initial, sans jamais prendre la peine de se construire et d’évoluer. Tout le reste n’étant qu’un banal doom-like, où la seule question était de savoir qui va tuer qui et surtout de quelle manière. Maintenant, à la revoyure, le film me parait surtout vieillot dans sa réalisation très stéréotypée et scolaire, un peu grand-guignol avec toutes ses morts sur fond de musique classique et de grandes phrases explicatives. Et pour cause : le réalisateur était alors âgé de 69 ans. C’est d’ailleurs durant la production de la suite, Battle Royale 2 : Requiem, que l’auteur est décédé, remplacé par son fils. Depuis, tous les ouvrages sur le sujet se seront contentés, avec plus ou moins d’originalité, de reproduire ce schéma initial, ne modifiant accessoirement que les modalités de combat et/ou de mise à mort.

BTOOOM !

Le manga BTOOOM ! est l’œuvre de Junya Inoue, ancien employé du milieu du jeu vidéo. C’est donc tout naturellement que l’histoire se positionne de ce point de vue-là.

L’auteur nous conte en effet l’histoire de Ryota Sakamoto, jeune adulte de 22 ans, chômeur asocial et égoïste, dont le talent principal est d’exceller au jeu de tir en vue objective BTOOOM !, jeu vidéo qui consiste à éradiquer ses adversaires à l’aide de seules grenades. Mais seulement voilà que quelqu’un, quelque part, a décidé de rendre ce jeu réel. Ainsi, pour déterminer qui va « jouer », les gens qui détestent un individu peuvent dénoncer celui ou celle qu’ils haïssent sur internet. Si un individu est suffisamment abhorré, il sera donc possiblement choisi pour aller affronter d’autres personnes, probablement autant méprisées que lui. Et c’est alors que commence l’histoire de BTOOOM !. Sur une île sauvage, chacun des participants a avec lui un peu de nourriture et des grenades qui ont chacune leurs propriétés spécifiques (atouts et inconvénients confondus)… ainsi qu’une sorte de cristal sur le dos de leur main. Ce dispositif est relié à leur système nerveux et leur permet de s’en servir comme d’un sonar. Le but du jeu est simple : acquérir par n’importe quel moyen 8 de ces dispositifs pour pouvoir s’enfuir de l’île. Sachant que sont larguées par avion des caisses de nourriture, il faudra également se battre pour se nourrir…

Concernant le manga, le dessin est correctement travaillé, quoi qu’alternant entre plans très construits, détaillés et un minimalisme un peu fainéant. Toutefois, il souffre d’un défaut constant : le chara-design un peu rondouillard des personnages manque de caractère, ce qui peut nuire à l’identification. Aussi l’adaptation en série animée des studios Madhouse, bien que très soignée graphiquement, perpétue ceci. Tout en offrant une réalisation d’excellente facture cela dit.

Pour ce qui est de l’histoire, BTOOOM ! est en revanche redoutablement efficace. Si la recette aurait pu être éprouvée mille fois, son auteur a eu l’intelligence de repenser entièrement le concept du Battle Royale, en le transformant en bataille stratégique (les grenades incitant à développer des ruses, les cristaux ayant des emplois subtils), assortie d’une lutte territoriale pour boire, manger, … On ne cherche pas ici à obliger qui que ce soit à tuer dans un temps imparti. Puisque le contexte y pousse implicitement. Si bien que les personnages, comprenant déjà à quel point ils ne sont pas aimés par le monde extérieur, culpabilisent de nouveau de se comporter de la façon la plus primaire et bestiale qui soit. Certains refusant le combat pendant que d’autres sombrent dans la folie meurtrière. C’est en ce sens l’atout principal de cette série. Son héroïne féminine, Himiko, est l’objet de la réflexion centrale de l’œuvre. Sa féminité est sans cesse source de danger pour elle, ce qui en fait un personnage scarifié et violemment sur la défensive. Certaines scènes sont par ailleurs particulièrement intenses et crues (c’est un Seinen) et questionnent le désir d’un homme se croyant en position de pouvoir dès lors que la société ne l’encadre plus. Le but de l’œuvre étant de questionner ce qui fait de nous des humains et si nos héros méritent bel et bien leur sort, ou au contraire sont finalement plus bienveillants que ceux qui les condamnent. Attention donc : le manga en particulier contient quelques scènes très dures, non seulement violentes mais également d’un érotisme sombre. Si vous craignez ce côté-là, je vous encourage plutôt à rester du côté de l’animé, qui lui conserve davantage de retenue même s’il s’adresse avant tout au plus de 16 ans (Madhouse a diffusé à l’heure actuelle la 1ère saison, soit 12 épisodes).
Un point noir toutefois : il est fort dommage qu’un humour potache mal inspiré vienne parfois brièvement s’inscrire, tentant maladroitement de dédramatiser certaines scènes. Heureusement, il ne s’agit que d’un épiphénomène qui ne nuira que sporadiquement au déroulement des évènements.

En somme, BTOOOM ! n’est pas révolutionnaire dans son sujet, mais contient suffisamment d’éléments accrocheurs pour mériter qu’on s’y intéresse. Sa mécanique est remarquablement efficace. Si l’idée des grenades peut sembler saugrenue de prime abord, cela implique rapidement de la fourberie et de la trahison, ce qui renforce le côté individualiste dans lequel sont constamment poussés les personnages. Les rebondissements sont réguliers, les flashbacks utiles et bien placés et les combats sont prenants. La rencontre entre les deux héros, Ryota et Himiko, est l’occasion de varier le ton de l’intrigue. Pas seulement vers le sentimental, mais vers un côté plus altruiste, humanisé. Si bien que l’histoire alterne judicieusement entre une facette cruelle, primaire et une autre plus sensible, distanciée. Enfin, le mystère qui entoure les raisons de ce « jeu » est épais, et on y répond par petites touches. Si bien que l’ensemble conserve constamment son intérêt, à contrario de Battle Royale. Et on nous épargne le discours sur l’effet néfaste du jeu vidéo chez les jeunes, ce qui n’est pas un mal…

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Commentaires

Tristan
06 Août 2013
14:54

J'approuve totalement cet article dans sa volonté de dire que c'est du scénario vu et revu, mais bien réalisé pour une fois.
On attend patiemment la saison 2 pour ceux qui suivent non pas le Manga mais l'animation.
Ceci dit j'ai trouvé un peu dommage le développement de l'intrigue sentimentale qui était un peu niaise à côté du reste de la série pourtant réaliste et violente. Mais c'est un problème vraiment mineur ;-)
(au passage les génériques sont superbes et parfaitement adapté au scénario et à l'ambiance)

06 Août 2013
17:18

Je lisais le manga et j'ai été surpris de trouver l'anime beaucoup plus rapide pour seulement douze épisodes.

Il faudra que je me remette à jour sur le manga à l'occasion, car une saison 2 en anime on peut l'attendre très longtemps...

Noy
06 Août 2013
19:04

"ancien employé du jeu milieu du vidéo"...ça ne serait pas "ancien employé du milieu du jeu vidéo" ?

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