Escapade à Nara

Il faut bien en être convaincus, passer une (ou mieux plusieurs ) journée(s) à Nara est une décision incontournable si vous passez un peu de temps à Kyôto. Lorsque nous étions logés à Tenri pour nos entraînements de kendô lors de nos quatre précédents voyages dans le Kansaï, nous étions à 15 minutes au sud de l'ancienne capitale impériale par notre fidèle ligne JR ou par la Kintetsu. Nous nous y rendions environ 5 fois par semaine, les week-ends étant consacrés à Kyôto. Depuis Kyôto, il faut compter environ 50 minutes de train avec un Limited Express.

Nara est une ville de petite taille, comparativement à Kyôto, et peut aisément se découvrir à pied et en bus. En sortant de la gare JR, dirigez vous vers le Nara park en remontant sanjô dori, une des principales rues commerçantes bordées de restaurants, boutiques de souvenirs, et boutiques de calligraphies. Passé le second carrefour, vous trouverez l'office de tourisme sur votre gauche, et en remontant une centaine de mètres, l'entrée d'une galerie commerciale couverte dont le Japon a le secret, débouchant à proximité de la gare Kintetsu Nara, plus centrale.

Nara est une ville à dimension très humaine, bien éloignée des mégalopoles commes Tôkyô ou Ôsaka. Il est très agréable d'y flaner dans le parc, renommé pour ses daims malicieux qui ne manqueront pas de venir vérifier si vous avez bien acheté le petit sac de gâteaux à 150 yens qui leur est destiné. Les japonais s'amusent toujours à observer des touristes les acheter pour leur propre consommation ..

Les cerfs Sika qui parcourent librement le parc et les rues de Nara sont considérés dans la religion shinto comme les messagers des dieux. On en retrouve également beaucoup sur l'île de Miyajima dans la baie d'Hiroshima, et nous en avons croisé sur les hauteurs du Pavillon d'argent à Kyôto.

Au VIII ème siècle, Nara fut un centre prestigieux de la religion et de l'art bouddhique. Jusqu'au VII ème siècle, les capitales de l'empire du Yamato (Japon) étaient éphémères car on les déplaçait lors de la mort de l'empereur. L'une des raisons de ce nomadisme de la Cour est d'ordre religieux. En effet, selon le shintoïsme, la souillure est l'une des pires offenses que l'homme puisse faire aux Dieux. Et la mort, a fortiori celle du souverain, est la plus grave impureté qui soit. Il fallait donc, à chaque nouveau règne, établir le siège du gouvernement en un lieu vierge de toute salissure, d'autant plus que le palais impérial était un espace sacré. Telle était la coutume, depuis au moins le IV ème siècle.

Mais une femme, l'impératrice Gemmei, osa briser le tabou séculaire. En 708, elle ordonna l'édification d'une capitale permanente, d'une étendue encore jamais vue au Japon. Ainsi naquit Heijôkyô, la "Cité de la paix", communément appelée Nara, qui était la réplique, réduite au quart, de Chang'an, la métropole de la brillante dynastie des Tang (618-907).

Le choix de l'emplacement fut dicté par les exigences de la géomancie chinoise. Située au pied des collines qui barrent l'horizon au nord, la ville était protégée des forces maléfiques qui émanent de cette direction. En revanche, elle s'ouvrait largement sur la plaine au sud, orientation faste entre toutes. Autre condition topographique requise, la ville devait être arrosée par une rivière prenant sa source à l'est, point cardinal où se tient le Dragon vert qui règne sur les eaux. La Saogawa, qui coule du nord-est au sud-ouest, convenait à peu près. Sur ce terrain idéal, ou presque, fut bâtie, de 708 à 710, une cité s'étendant sur 4,3 km d'est en ouest et 4,9 km du nord au sud, soit une superficie de quelque 1800 hectares. De plan quadrangulaire, Nara était traversée par l'avenue du Phénix rouge ( dieu gardien du sud), un axe sud-nord long de 3,7 km et large de 85 m, qui la partageait en deux districts: la "capitale de gauche" (sakyô) à l'est; la "capitale de droite" (ukyô) à l'ouest.

À ce quadrilatère s'ajoutait, au nord-est, un quartier dit "capitale extérieure" (gaikyô); dans ce faubourg se trouvait le Kôfukuji. (François Berthier, in "Nara, belle en vert et rouge" Connaissance des arts).

Les principaux sites touristiques à visiter sont le Tôdai-Ji (Grand temple de l'est), dans l'enceinte duquel le hall du grand Bouddha (Daibutsu-Den) constituait la plus grande construction en bois au monde, le Kôfuku-Ji et la pagode à 5 étages qui se reflète dans les eaux de l'étang Sarusawa, le musée national de Nara, sans oublier le grand sanctuaire Kasuga Taisha, érigé en 768, situé au nord du parc, que l'on atteint en suivant un chemin bordé de 1800 lanternes de pierre, et dont les bâtiments laqués de rouge vermillon hébergent 1300 lanternes de métal.

Les amateurs de jardins devront absolument (re)visiter les jardins d'Isui-en et Yoshiki-en. Nous ne manquons pas de nous y ressourcer à chaque séjour.

La température et la fatigue d'une certaine catégorie de nos voyageuses nous contraignirent cependant à restreindre quelque peu le programme de nos visites de cette fin d'après- midi. Je me résolus donc à accompagner ma Shibuyette au Tôdai-Ji dont c'était ma 5ème visite depuis 2004.

Le Daibutsu Den a été reconstruit deux fois après des incendies. Le bâtiment actuel a été achevé en 1709 et, bien qu'immense - 57 m de longueur sur 50 m de largeur -, il reste plus petit d'environ 30% par rapport à la construction initiale. Jusqu'en 1998, il est resté la plus grande structure en bois au monde. Il a été surpassé depuis par des constructions plus modernes comme le stade de baseball d'Ôsaka "Odate Jukai Dome" parmi d'autres.

Le Daibutsu Den abrite la statue colossale du grand Bouddha Vairocana, plus grande statue en bronze au monde, connue au Japon sous le nom de Daibutsu. Le temple donne les dimensions suivantes pour la statue :

Hauteur 14,98 m. Tête 5,33 m. Yeux 1,02 m. Narines 0,50 m. Oreilles 2,54 m La statue pèse 500 tonnes.

Un trou a été creusé à la base d'un des piliers du Daibutsuden, à la dimension d'une des narines de la statue. La légende dit que si le visiteur parvient à franchir le passage, il atteindra l'illumination dans sa prochaine vie. Cela amuse beaucoup les enfants qui y parviennent aisément. Pour ma part, Bouddha doit considérer que je suis assez illuminé comme ça.

À l'entrée du Daibutsu-Den, on trouve la statue en bois de Binzuru assise en position du lotus. Binzuru (Pindola Bharadvaja pour les indiens) était un des quatre Arhats chargés par Bouddha de demeurer sur terre pour propager la loi bouddhique (Dharma). Chacun des quatre est associé à un des points cardinaux. Binzuru est renommé pour exceller dans la pratique des pouvoirs occultes et psychiques. Il détient également le pouvoir de guérison et protège les enfants. Les fidèles pensent que s'ils ont des douleurs, le fait de frotter la zone correspondante de la statue les soulagera.

Le bonnet et le tablier rouges sont là encore retrouvés comme sur les statues représentant Jizô bosatsu, protecteur des enfants morts. Selon les préceptes bouddhiques, les hommes doivent cumuler les bonnes actions au cours de leur vie pour pouvoir franchir après leur mort le fleuve divin Sanzu. Les enfants n'ayant pas eu le temps de faire suffisamment de bonnes actions avant leur décès sont pris sous la protection de Jizô qui les cache dans les replis de sa robe et leur fait atteindre l'autre rive. Jizô bosatsu est donc vénéré au Japon comme le protecteur des enfants morts, et par extension des nourrissons mort-nés et des femmes mortes en couches.

Un dernier regard sur le Daibutsu-Den, et nous regagnons le centre de Nara pour une pause crêpes et café bien méritée au café Wakakusa.

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Galerie photos

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Commentaires

10 Septembre 2013
10:56

Bonjour,

C'est gentil de revenir nous faire rêver.

Rien à ajouter sur Nara, tu as tout dit. Je suis très contente de voir que tu as fait découvrir le merveilleux jardin Isuien à tes camarades.

Bonne journée,

Annie

11 Septembre 2013
21:02

J'aurais voulu passer beaucoup plus de temps à Nara, mais les journées étaient chargées et la résistance des voyageuses était mise à rude épreuve. Nous étions déjà passés à Fushimi Inari plus tôt dans la journée;
Il nous faudra donc un prochain voyage pour leur faire découvrir le sanctuaire Kasuga Taisha ..

Je bataille pour que ces dames acceptent de se mettre au clavier pour partager leurs impressions de voyage avec vous, mais je crains qu'il ne ne nous faille attendre encore un peu pour vaincre leur timidité.
Prochaine étape dans quelques jours, le compte-rendu de notre visite du Saiho-Ji, le temple des mousses à Kyôto. En espérant ne pas trop vous lasser.

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