Taketomi-Jima, paradis des îles Yaeyama, sous le typhon

Lîle de Taketomi (竹富島) n'est pas facile à trouver sur une carte du Japon. Il faut déjà s'éloigner des îles principales, et mettre le cap sur une des moins peuplées des préfectures japonaises, Okinawa, qui était autrefois le royaume des Ryukyu. La préfecture d'Okinawa couvre un immense territoire, de plus de 600km de long, disséminé sur d'innombrables îles. Parmi celles-ci, à l'extrême ouest, plus proche de Taïwan que de l'île principale d'Okinawa, se situent les îles Yaeyama, où l'on trouve Taketomi et ses 6 km2, en plein milieu du pacifique.

J'eus la chance, ce mois de juillet 2014 d'y passer 3 jours. Vous vous souvenez du typhon Néoguri qui a occupé les médias en juillet 2014 ? Eh bien, j'étais sur Taketomi-jima lors de son passage. Récit :

A peine débarqué de l'avion après un vivifiant vol aux aurores depuis l'aéroport international du Kansaï (KIX), nous voilà dans le hall de l'aéroport d'Ishigaki. Il est flambant neuf, classe. Première déception, et malgré les mises en gardes, nous vérifions qu'il nous est impossible de retirer du liquide à l'ATM du hall d'arrivée. Nous avions pris nos précautions, heureusement et nous avions du liquide avec nous. Nous savons également qu'il n'y a pas de 7-Eleven dans toute la préfecture d'Okinawa. La poste sera donc notre seul salut pour tout notre séjour dans ces belles îles où tout se paye cash, peut être plus encore que dans le reste du Japon. Petite particularité supplémentaire d'Ishigaki (et de taketomi), quasiment aucun combini (on n'a vu que deux "Coco" dans la grande ville). Vous voilà donc prévenus, venez avec de l'argent liquide.

Il y a du vent à l'extérieur de l'aéroport, déjà l'avion tanguait un peu à l'atterrissage. Nous n'y prêtons guère attention, tout excités que nous sommes par l'endroit. L'humidité est étouffante, le vent fait du bien. Sur le moment on n'associe pas le vent au typhon. Sur le point d'embarque au port d'Ishigaki, on nous prévient enfin que le typhon arrive et que les bateaux du lendemain seront annulés. En ce qui concerne le bateau pour les jours suivants, un "je ne sais pas" est tout ce que nous aurons. Il faut alors décider : part-on au risque de se retrouver coincés sur l'île ? je me laisse convaincre, coincés pour coincés, autant que ce soit dans un joli endroit, et nous comptons sur l'organisation légendaire des japonais pour faire face aux éléments en toute sécurite. Nous prenons le bateau, peu rassurés tout de même. Le vent est loin de faiblir, mais rien de dramatique.

A l'arrivee a l'embarcadère de Taketomi, la gentille dame de la pension (Minshuku Kohamasô, je vous la recommande) nous dit que nous ne pourrons pas rentrer le lendemain et que nous allons devoir rester une journée de plus. Nous lui disons que cela nous convient. Elle nous embarque dans sa fourgonnette aux dimensions japonaises, un des seuls type de véhicule à se trouver dans l'île, et nous partons à la découverte de la petite (minuscule) île. Au passage, n'oubliez pas de demander à venir vous chercher. Il y a tout de même un bon kilomètre entre le port et le village, et cela me paraît difficile à faire à pied avec des valises, voire impossible dans les rues sableuses du village.

Notre hôte nous montre d'abord la pension, une magnifique maison traditionnelle, qui doit avoir un âge vénérable, tout en bois, avec tatamis et moustiquaires et nous pose l'ambiance : elle nous dit de bien regarder les bougainvilliers, omniprésents et superbes, ils ne devraient plus être là le lendemain. Elle nous indique également le passage à prendre pour sortir de la chambre lorsque le typhon sera là. Les volets de bois seront fermés et on ne pourra pas voir dehors ni sortir par le passage normal. Une sortie du côté du deuxième bâtiment, en dur, permettra de se déplacer, au sec et à l'abri. Ce n'est guère rassurant, mais au moins, ils prennent les choses sérieusement. Elle nous dit que nous pouvons nous promener, mais peut être pas nous baigner tout de suite, le typhon, c'est pour ce soir.

Taketomi, c'est une île formée par un récif coralien, au centre de laquelle se trouve le village du même nom. C'est à dire que le corail, à force de grandir, est sorti de la mer et s'est étendu. Point culminant de l'île, 15m, à la poste (où vous pouvez retirer de l'argent, à se rappeler). Il en résulte que les rues se composent de sable blanc de corail, avec çà et là des blocs de corail gris-blancs qui émergent. Les rues sont recouvertes de ce sable blanc et chaque maison s'abrite entre quatre murs de pierres sèches, toujours de corail. Le résultat est magnifique, très pittoresque pour les pauvres touristes que nous sommes.

Les maisons tradionnelles d'okinawa sont ici les plus nombreuses et les mieux conservées, l'île est d'ailleurs classée afin que son architecture reste typique, le tourisme étant la principale resource de l'île. La maison traditionnelle d'Okinawa est une maison de bois, sans étage avec une toiture de tuiles bétonnées pour ne pas s'envoler avec les vents violents lors des passages des typhons, qui sont nombreux et féroces. Sur chaque maison, on trouve un shisa, une figurine traditionnelle de terre cuite représentant une sorte de chien/dragon (d'origine chinoise) qui est censé éloigner les choses maléfiques. Allant parfois par paire (male et femelle), le shisa est un animal typique des îles ryukyu et on le rencontre fréquemment à Okinawa Hontô (l'île principale d'Okinawa) par exemple, mais également sur toutes les îles de l'archipel.

Le centre de Taketomi est ravissant, les balades dans les voitures tirées par les buffles (suigyûsha, 水牛車) et la visite de la tour d'observation au centre du village sont les attractions principales. Plus qu'un intérêt culturel, on se laisse surtout porter par l'ambiance, qui donne l'impression d'être hors du temps, au calme. Le fait d'être perdu au beau milieu du pacifique doit sûrement y être pour quelque chose. En dehors des moments de typhon (!), des dizaines de boutiques et de salons de thé vendent bibelots, souvenirs et permettent de prendre un repas sous les arbustes et les fleurs.

L'océan est à côté du village à cinq minutes de marche. L'eau est turquoise et bien chaude. Plusieurs plages s'offrent aux touristes, dont une, équipée pour se changer et se doucher : Kondoi beach, que je vous conseille. Le fond sablonneux est peu profond et l'eau superbe. Les enfants se régalent mais gare au soleil qui est impitoyable sous ces latitudes.

Mais le vent à forci, et il commence à pleuvoir, avec de fortes averses, entrecoupées de bourrasques furieuses. Nous nous réfugions dans la pension. On croise dans le village des gens pressés, mais pas stressés, qui attachent leurs plantes, enlèvent tout ce qui pourrait s'envoler du jardin, et calfeutrent leur maison. Cela ajoute à l'atmosphère de presque fin du monde. On a le temps d'acheter quelque chose à la seule épicerie du village, juste avant sa fermeture. Arrivés à la pension, les gens sont adorables et sereins. On nous sert le repas du soir à base de spécialités de la région, délicieux, devant la télévision qui fait ses gros titres sur le typhon. Le gouvernement d'Okinawa a demandé l'évacuation des habitants sur l'île de miyako, c'est à dire le regroupement des gens dans des lieux sûrs comme des gymnases. L'ordre ne concerne pas notre île et sera de toute façon peu suivi. Un haut parleur situé dans la salle à manger et visiblement relié à la capitainerie ou à la mairie donne des informations en japonais. Nos tenanciers l'écoutent tranquillement en sirotant leur thé. D'autres voyageurs sont comme nous coincés sur l'île. L'une d'entre eux nous dit que nous avons beaucoup de chance de vivre un typhon. Nous sourions poliment.

Mais l'Awamori me prend en traître et me rend maintenant légèrement ensommeillé. Le typhon est censé nous atteindre à trois heures du matin. nous prenons congés de nos hôtes et je me couche sur les futons avec une certaine appréhension. Mes compagnons de voyage sont plus détendus et s'endorment vite. La climatisation est payante (ce sera la même chose dans la pension sur l'île d'Ishigaki), mais nous préférons mettre la moustiquaire et le ventilateur, pour s'immerger dans l'ambiance. Durant le typhon, la température descend un peu mais en temps normal, l'humidité conjuguée à la chaleur rendent l'atmosphère difficilement respirable. Clim : 100¥/h.

Durant, la nuit, le typhon arrive bien à l'heure dite. De là où nous sommes dans le village, le typhon est comme une grosse tempête. Il pleut des seaux d'eau, le vent fouette les jambes et les arbres sont malmenés. Cela se calme un peu... et puis ça reprend et cela dure douze longues heures. Toute la maison tremble et les volets battent dans leurs gonds. La nuit est un peu stressante, mais les habitants sont tellement calmes que nous nous reposons sur leur appréciation de la situation. Ne dormant pas trop (pas encore calé avec le décalage horaire) je fais une promenade norcturne. Un chien visiblement un peu perdu et apeuré, arrive à la pension avec sa laisse encore autour du cou. Dans mon demi sommeil, je le confond avec le chien de la maison (Tenten, né le 10/10) je détache sa laisse pour qu'il ne s'étrangle pas. On ne le reverra pas.

Le lendemain matin, le typhon est toujours aussi furieux. Les propriétaires de la pension ont cette fois-ci fermé les volets de bois de la maison. Il fait sombre à l'intérieur. Ma fille joue avec les deux petites de la maison, à peu près du même âge. Un Iphone tente laborieusement de faire l'interprête de leurs discours enfantins, c'est très mignon. Nous errons dans la maison durant la matinée, et tentons de rassurer les proches français qui sont terrifiés par les informations disponibles en France. Les médias français en ont tellement rajoutés que nos proches n'en ont pas dormi de la nuit. L'internet ayant fonctionné sans interruption, nous rassurons tout le monde. Nous allons très bien. En milieu d'après-midi, le vent tombe, le typhon est parti. Il fait soleil, un arc en ciel (虹 Niji) nous salue tandis que le jour s'achève.

Nous visitons une nouvelle fois le village, by night. Sur la plage, le vent est très fort et nous prenons la mesure de la force du typhon en bord de mer. Le village est au centre de l'île pour de très bonnes raisons. Le lendemain, balade de buffles, baignade à la plage de Kondoi et nous voilà raccompagnés au bateau par les gens de la pension. Nous remercions chaleureusement nos hôtes et partons pour de nouvelles aventures.

Merci de votre lecture

Comment y accéder : depuis peu, Ishigaki, la grande île proche, s'est dotée d'un aéroport international, bien pratique pour le tourisme qui est en pleine explosion. Des vols directs de tout le Japon sont disponibles et des compagnies lowcost offrent des tarifs imbattables. (Peach, JetStar). De là, le port d'Ishigaki, à 20 mn de l'aéroport, permet d'accéder à l'île en 15 mn de bateau. Bien entendu, il faut ajouter le temps de transit et d'attente à toutes ces durées mais c'est pour vous faire une idée.

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