Mariage japonais : comment ça marche ?
Photos d'une cérémonie traditionnelle shinto / mariage chrétien à l'occidentale
Le Japon a cette attirance sans fin pour le romantique. Alors que les Japonais vivent presque plus la Saint-Valentin comme une obligation sociale, c’est le réveillon de Noël qui joue le rôle de soirée des amoureux. Dans cette quête du romantisme, le mariage (結婚 / kekkon) à l’occidentale est de plus en plus prisé. Les Japonais semblent progressivement troquer le kimono du mariage pour la robe blanche et le costume des civilisations de l’ouest. On va même jusqu’à construire de fausses chapelles ou églises pour accueillir les mariages de Japonais qui ne connaissent absolument rien à la chrétienté. Peu importe que cela fasse toc : on veut jusqu’au faux prêtre, et pourvu que tout soit le plus blanc possible. Car même si moins de 2% des Japonais se revendiquent chrétiens, pour les autres, pas de conversion qui tienne. De plus en plus de mariages au Japon se font à l’occidentale, et même directement à l’étranger pendant le voyage de noce (ce que proposent beaucoup d’agences de voyage). Cela permet d’alléger le poids des traditions et surtout le coût souvent très important lié aux cérémonies.
Car les coutumes du mariage au Japon ont beaucoup évolué. Les Japonais se marient de plus en plus tard : en moyenne, près de 30 ans pour les hommes et un peu moins pour les femmes. Le nombre de mariages est en baisse depuis un bon moment ; on l’estime à environ 700.000 par an contre plus d’un million il y a une quarantaine d’années. Aussi, on divorce (離婚 / rikon) plus qu’auparavant au Japon : plus de 250.000 divorces prononcés par an, soit une statistique près de trois fois plus importante que celle des années 1970. Le mariage arrangé (見合い / miai) s’est effacé au profit du mariage d’amour (恋愛 / ren’ai). Un quart des couples de Japonais candidats au mariage se seraient formés en milieu professionnel. Depuis les années 2000, Internet rafle petit à petit la mise avec les sites de rencontre ou, tout simplement, les réseaux sociaux : Gree, Mixi mais aussi Facebook qui perce fortement au Japon depuis l’année dernière.
La cérémonie religieuse du mariage traditionnel vient de plusieurs semaines à plusieurs mois après le mariage civil. Celui-ci n’est qu’une simple formalité : un document à déposer à la mairie sans même que la présence des deux époux ne soit requise. En revanche, les traditions shinto ont la vie dure et l’on continue à se marier au sanctuaire selon le rite shintoïste (神前結婚 / shinzen kekkon). Pour cela, la mariée (嫁 / yome) se fait aider pour sa préparation physique. On l’habille d’un kimono blanc à manches longues (白無垢 / shiro-muku) et de sandales appelées zori. On lui applique ensuite un maquillage blanc sur le visage, le cou et la nuque pour avoir le teint pâle, mais pas aussi marqué que celui des geisha. Elle utilise les fameux 油取り紙 / aburatorikami, petits papiers matifiants qui permettent les retouches sur le visage en absorbent la brillance (et pas seulement le jour du mariage !). Le marié, lui, est plus traditionnellement habillé en noir et sombre.
Il est possible d’assister à une (partie de la) cérémonie de mariage shinto pendant votre voyage au Japon. Je vous conseille de vous rendre au sanctuaire Meiji Jingu dans le parc Yoyogi à côté de Harajuku, pour voir la procession dans l’enceinte. Vous pourrez voir les époux, précédés du prêtre shintoïste et de ses assistantes les 巫女 / miko, habillées de rouge et blanc. La cérémonie qui suit, plus privée, est très codifiée. Attention, les Japonais sont superstitieux et en-dehors du 10 octobre, jour où aucun dieu/esprit (神 / kami) n’est disponible, ils choisissent avec attention le jour de la cérémonie. Référez-vous donc à ce calendrier et, en étant présent(e) les bons jours, vous pourrez certainement assister à plusieurs mariages d’affilée !
Voici quelques photos de mariages traditionnels shinto prises par mes soins, à Tokyo et Kyoto :













Merci encore pour cet article Gaël.
Lors de nos voyages, nous avons souvent vu des mariés dans les parc pour la phot, ce qui nous a frappé, c’est qu’ils sont souvent seuls avec le photographe et une aide, la famille n’assiste pas a ces poses trés longues avec arrangement de la robe, les placemants, etc…
Mais les robes sont parfois plus somptueuses que celles blanches de l’article.
quel dommage de vouloir occidentaliser le mariage ! leurs kimonos et autres habits traditionnels sont superbes … ! ils ne sont plus conscient de la beauté de leur culture ! ….
Je confirme…
Que de souvenirs!!!
A Kyoto, c’est le 下鴨神社(Shimogamo jinja) qui en célèbre beaucoup.
bellissimo!!! tres beau!! <3
Marié à une japonaise depuis 10 ans, ( cérémonie en France ET au Japon dans un temple shinto ) il est bon de préciser également qu’un mariage au Japon coute extrêmement cher. En moyenne dans les 30.000 euros…. mais le prix varie énormément en fonction de la date du jour de votre mariage. Suivant le calendrier bouddhiste, il y a des jours de chance, des jours neutres et des jours » moins chanceux ». Si vous vous mariez un jour soi-disant » moins chanceux », le prix peut être tout à fait raisonnable ( mais votre union ne se fera pas sous les meilleures auspices ! ). Par contre, si vous choisissez un jour » chanceux », voire » très chanceux », là, le tarif explose… et ce n’est pas tant les frais du repas ou la location des costumes qui changent, mais le salaire du prêtre shinto. En effet, contrairement à nos curés ou autres pasteurs, un prêtre shinto, tout comme un bonze dans un temple bouddhiste, est un businessman à son compte qui gagne ( très bien ) sa vie en fonction des services et autres bénédictions qu’il prodigue ! A la fin de la cérémonie, le prêtre vous donne d’ailleurs sa » business card » !
étonnant ça et super intéressant.
J’espère que votre mariage s’est fait un jour très chanceux.
Merci
Oui. Notre mariage a eu lieu un jour » chanceux » et je remercie mes beaux-parents de l’avoir en large partie financé !