Lost in Translation – Sofia Coppola
Japon » Scarlett Johansson & Bill Muray à Tokyo

Nota : il y a 4 ans, j’écrivais une critique assez incisive de Lost in Translation. Je vous propose aujourd’hui un deuxième avis sur ce film si particulier.

Sofia Coppola aime le Japon et Tokyo. C’est une évidence qui transparaît dès les premières minutes de son Lost in Translation. Mais la vision qu’ont ses deux protagonistes est biaisée, faussée, tronquée. Bob et Charlotte se cherchaient déjà avant de débarquer à Tokyo. Lui est un acteur quinqua sur le retour, obligé de se « prostituer » dans une pub à l’autre bout du monde. Elle, fraîchement diplômée, ne sait pas à quoi ça va lui servir et suit son jeune mari avec toujours plus d’ennui.
Tous deux ont ce point commun d’être lâchés dans un pays qu’ils ne connaissent pas, qu’ils n’ont pas envie de connaître et pour lequel ils n’ont pas envie de faire d’effort. Sous la couche de vernis bien polie par le Park Hyatt se cachent des merveilles dont ils n’ont que faire. Car, dès le départ et quel que fût le pays, il n’y a pas la volonté de comprendre quoi que ce soit ou même de chercher à s’intéresser au pays, à la culture, à la langue.

Cette lecture du film n’est pas forcément évidente au premier visionnage. Il faut déjà voir au-delà de deux acteurs phares : Scarlett Johansson totalement ensorcelante malgré un physique peu travaillé, et Bill Murray excellent dans son rôle d’acteur sur le retour, maugréant à la moindre contrariété. Les interprétations sont excellentes, mais c’est l’utilisation qui en est faite qu’il faut exploiter. Le tournage et le montage sont faits avec cynisme, recul et poésie. La portée du message dépendra non seulement de votre sensibilité, mais aussi de votre ouverture et de votre intérêt ou non au Japon. En quelque sorte, le spectateur est Bob ou Charlotte, il se regarde et juge son inadaptation à un univers loin de ses habitudes quotidiennes.
Mais le Japon n’est finalement pas un vrai personnage dans Lost in Translation. Il n’est qu’une toile de fond, un terrain de jeu pour l’idylle naissante entre les personnages de Bill Murray et Scarlett Johansson. Ses décors, présentés comme toujours comme un idéal « entre tradition et modernité », ne sont qu’un simulâcre. Il s’agit surtout de dénoncer à travers Tokyo et Kyoto la perte de communication entre les hommes, qu’ils soient de culture radicalement opposée ou extrêmement proche. Le Japon de Lost in Translation sert de théâtre grandeur nature, de temple voué à la dénonciation des décalages : horaire, culturel, linguistique, générationnel.

Tout n’est qu’anecdote, futilité, inintérêt. Tokyo et le Japon sont la scène, pour l’espace de quelques jours, d’une profonde dépression et d’un amour naissant a priori impossible. Lost in Translation est finalement bien ce « film nuage » qu’on veut bien y trouver. Si tant est que, contrairement aux deux protagonistes, on consente à faire un petit effort…
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Bonjour,
Je ne sais pas de quand date cet article mais après avoir lu le premier sur le sujet et celui la, j’aimerais juste apporté une petite précision basée sur mon interprétation du film. J’aimerais vraiment que tu lises tout ca même si c’est un peu long et que tu me donnes ton avis.
Ce qui est flagrant et la ou tu as tout a fait raison, c’est que comme tu le dis ; « Tous deux ont ce point commun d’être lâchés dans un pays qu’ils ne connaissent pas ». En effet, on comprend tout de suite que nous n’avons pas affaire a des mordus du Japon, ils sont venu ici par hasard et pas du tout par intérêt pour le pays.
Cependant c’est justement la qu’il faut faire la part des choses et ou je trouve que tu as peut-être été emporté par ta passion, car je pense qu’inconsciemment ces deux personnages font grincer des dents les passionnée et les connaisseurs. Quoi de plus agaçant! Ils sont la! La ou tout japonisant rêve d’être! Et ils ne font pas grand chose. Pire! Ils s’ennuient et nous narguent presque! (Je pense a ce fameux passage ignoble ou Bill Muray compare Tokyo a une prison de laquelle il prévoit de s’enfuir.)
Mais passé la frustration, je trouve que nous avons affaire a deux personnages très sensibles et j’en viens donc a mon point, je pense que tu te trompes sur le fait qu’ils soient désintéressés et que tout ne soit « qu’anecdote, futilité, inintérêt. »
Le personnage de Bill Muray est un cynique complètement blasé mais derrière tout cynique se cache en fait un grand romantique, un sensible et on en a la preuve durant le film. Elle, bien sur qu’elle est perdue, presque déprimée mais la encore cela ne fait que mettre en exergue sa sensibilité extrême, sans vouloir me répéter. Elle est pleine d’émotion, ce n’est pas une idiote, elle se pose des questions, Licence de philo etc.
Donc, quand tu dis qu’ils ne s’intéressent pas au pays, je pense que tu as tort, ils n’y connaissent tout simplement rien.
Revois la scène ou elle se promène dans les temples de Yoyogi, si je ne dis pas de bêtises. C’est sur, elle y va au hasard. Mais elle assiste a quelque chose qui l’a touche. Elle n’est pas du tout fermée. Elle observe et est autant fascinée par ce qu’elle voit que nous. Puis elle rentre, et craque au téléphone. Même si la scène du téléphone m’a paru un peu floue, on comprend que c’est du a sa promenade dans Tokyo, a ce qu’elle a vu. Car toi même tu le sais, quand on est sensible et qu’on a les yeux grand ouverts sur cette ville, elle pourrait presque nous faire pleurer. Finalement le personnage de Scarlett est comme nous. On pourrait même dire qu’elle est prédisposée a aimer le Japon. On ne peut pas lui en vouloir de ne pas l’avoir su avant. Pour Bill, je suis d’accord qu’il y a moins de preuves…Mais toute leur relation est basée sur la subtilité (et sur le fait que Coppola junior essaye de mettre le moins de dialogue possible dans ses films, je te l’accorde.) et il en crée évidement une partie.
Bref, ces deux personnages sont digne d’être au Japon. Ils en ont la poésie, la sensibilité, la subtilité. Ils ne savaient juste pas que ce pays pouvait refléter leur personnalité. Ou comme tu le dis, ils ne se connaissaient pas eux-même et ne savaient donc pas ce qu’ils voulaient. Grossièrement, Ils n’ont pas trouver le Japon, c’est le Japon qui les a trouvé. Ils en sont dignes et il le leur rend bien, car il est évident que les choses ne se seraient jamais passées comme cela entre eux sans l’esprit particulier limite mélancolique de cette ville, Tokyo « en toile de fond » comme tu dis. Pour eux ce moment restera figé dans le temps, une parenthèse magique de leur vie et quoi qu’il en auront pensé, ils rêveront de ces instants vécus la-bas. N’y a t-il pas un peu d’esprit japonais? Un soupçon délicieux d’infini encré dans la continuité d’une vie éphémère.
Finalement, Ça va sembler absurde et paradoxal, mais elle n’a beau qu’être en arrière plan, c’est Tokyo la véritable héroïne de l’histoire.
Sache tout de même que je ne suis pas un fan de Coppolla fille. Avant de voir ce film je n’avais vu que Marie-Antoinette que j’ai détesté et je partais avec de gros doute concernant Lost in Translation. J’ai été obligé d’admettre que c’est tout de même une belle réussite .
Bon j’arrête la, je ne sais pas trop ce qui m’a pris, je me rend compte que c’est un peu long…J’espère avoir ton avis très bientôt.
Un avis très intéressant (et très détaillé !).
Je pense en effet qu’il n’y a pas une seule interprétation, mais l’ouverture du film par Sofia Coppola permet de nombreuses lectures. Je dirais presque qu’on y voit ce qu’on a envie d’y voir.
D’où, peut-être, mes 2 articles presque antagonistes.