Wii et Wii Sports : le génial cheval de Troie

On m’aurait dit, il y a ne serait-ce que deux ans, que la prochaine console de Nintendo se jouerait avec un engin appelé Wiimote, j’aurais ri bien fort. Aujourd’hui, je lance ma Wii comme j’allume ma télé : en prenant sa télécommande d’une main et en appuyant sur un bouton. Pour sélectionner un jeu, je pointe vers l’écran pour cliquer sur ce qui m’intéresse. Et pour jouer au sport, comble de l’interactivité, je mime les mouvements.

Je ne vais pas vous ressortir l’article classique des hands-on de la machine. Ni spécifications techniques, ni déballage en live avec mes impressions détaillées sur la machine. Parce que la Wii, c’est tout sauf ça. Les « specs », on s’en fout. La machine serait deux à trois fois plus puissante qu’une GameCube, soit beaucoup moins que ses concurrentes directes. Et alors ? C’est avec les graphismes que je vais m’amuser ? Le déballage technique n’a aucun intérêt réel non plus. Vous l’avez déjà lu dix fois, et vu toutes les vidéos sur YouTube. Mais surtout, la machine se branche comme les autres, ajoute un capteur pour les télécommandes, et c’est tout. Le reste, c’est de l’interactivité, c’est à vous de la créer, avec vos amis et votre famille.

Wii est donc le prolongement de DS. Nintendo a voulu tout casser : la course à la puissance, la complexification des contrôles, bref, l’escalade du jeu vidéo vers un casse-gueule assuré. Et le pari semble fonctionner. Le 8 décembre, j’ai passé plus de temps dans la chaîne Mii que sur Zelda. Pourtant, ces petits avatars ressemblent à des Playmobil du pauvre, et Twilight Princess est l’un des meilleurs épisodes de la série. Mais ce sont deux concepts radicalement opposés. Zelda est autant un cadeau pour les fans, qu’un lien entre jeu vidéo classique et volonté assumée de la Wii. Les Mii, eux, sont un cheval de Troie idéal pour asseoir la console dans les foyers.

Amis et famille se marrent en voyant leurs petites bouilles croquées en Mii. Le daron veut faire du tennis et du golf. La maman veut travailler son strike au bowling. Et le frangin veut tabasser ses profs à la boxe. Sans les Mii, Wii Sports perd 50% de son intérêt. Car désormais, non seulement la Wiimote vous inclut dans le jeu, mais c’est votre propre avatar qui reproduit vos mouvements réels. La plus grosse réussite se lit sur le visage des gens qui n’aiment pas le jeu vidéo : Wiimote en main, ils ont la banane. Des vidéos qui l’attestent, j’en ai des tonnes dans mon téléphone.

Wii Sports est alors le moteur génial de cette réussite. Livré avec la console, il s’offre à tous et pas seulement aux joueurs. Il crée un pont d’argent entre les communautés et nous met tous sur un pied d’égalité. Ou presque. Plus complexe qu’il n’y paraît, il délivre en profondeur des qualités de précision inattendues. Mais, superficiellement, il ravira petits et grands, public ciblé comme monsieur tout le monde. Chapeau bas à une prise en main rapide et une bonne humeur communicative. C’est l’un des succès indéniables de Nintendo : susciter l’intérêt de tous, quel que soit l’âge ou la communauté d’appartenance.

Dans un jeu au gameplay un peu plus classique comme Zelda, qui nécessite Wiimote et Nunchaku, la Wii modifie la position des mains. Au début, je jouais mains à même hauteur, proches, comme si je tenais une manette habituelle. Mais très vite, je me suis surpris à adopter des positions beaucoup moins académiques. Ma main gauche se balade, de derrière la nuque (dans les moments de détente et de flânerie) à croisée sur mon flanc droit (lorsque je joue allongé sur le côté), en passant par la position du Penseur de Rodin en cas de réflexion et d’analyse de certains donjons. Une telle liberté m’a rappelé mon enfance où l’on se lançait des défis sur le Super Mario Bros. de la NES : jouer avec la manette derrière le dos.

La Wii fait du jeu vidéo comme aucune machine (DS mise à part) ne l’avait fait aussi bien : pour le joueur et pour l’amusement. Modèle de convivialité et de prise en main, elle risque de lancer un grand pavé dans la mare trop calme du jeu vidéo. Si ce n’était déjà fait, en témoigne la Six-Axis craintive de la PS3. En attendant la seconde génération de jeux Wii, beaucoup plus avancés, régalons-nous avec les nouveaux concepts et possibilités d’un jeu vidéo qui ne nous avait pas autant amusés depuis bien longtemps.

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Commentaires

Luc
11 Juillet 2010
02:09

Ca a quand même été la plus belle des révolutions..

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