Stupeur et Tremblements

Amélie Nothomb

Au détour d'une Métaphysique des Tubes intéressante, Nothomb s'est décidée à autobiographier un brin sa prose via l'expérience d'une petite belge au sein de l'entreprise japonaise.

Le bouquin se lit comme l'on boit du petit lait : d'une traite et sans accrocs. Nothomb, à défaut de maîtriser la langue jusqu'à rendre son texte difficile, distille légèrement ses pensées sur ces quelques dizaines de pages bien moins sociologiques qu'on a pu l'entendre à tort. Et c'est peut-être là le problème : Stupeur et Tremblements semble comme coincé entre deux feux, ballotté qu'il a été par une armée de passionnés du Japon là où il ne prétendait pas arrêter une étude de civilisation ou généraliser l'attitude d'un peuple. Du coup, certains piques amusants, renforcés pour amuser sous la plume de la miss débraillée, ont été pris comme des attaques à la frontière du racisme, là où je n'y ai vu qu'un rapport face à l'humain en général, et non au japonais en particulier. Certes, le roman se veut encore un peu trop flou dans les limites de l'ethnologique, d'où des généralisations facilitées, justement, par les lecteurs néophytes de la civilisation nipponne.

Le film, lui, m'aura laissé le goût beaucoup plus amer de la conversion mercantile, tronçonnant à coup de machettes la moitié du bouquin sans prendre la peine de suivre les pointillés du patron. Si le casting ne s'en sort pas trop mal et colle, dans l'ensemble, plutôt bien aux personnalités décrites dans la version papier, il souffre de graves longueurs là où le livre reste très fluide. Il diffuse en outre rapidement un lourd ennui à peine rythmé par l'accent japonais insupportable d'une Sylvie Testud pas vraiment crédible dans son rôle d'Amélie-san, non seulement par un jeu peu vraisemblable mais également par son atroce tête à claques. C'est probablement épidermique, venant de moi. L'ethnocentrisme précédemment lu perd de tout son charme dans ce méli-mélo imbuvable, cauchemar des adaptations et, espérons-le, dernier essai d'Alain Corneau. Seule bouée de sauvetage de cette adaptation plus que médiocre : la sublime et racée interprète de Mori Fubuki, Tsuji Kaori. Les touches "muet" et "avance rapide" seront nos alliées, évitant les mouvements de caméras et un traitement de l'image plus que passables.

A choisir donc, préférez largement les touches d'humour d'un livre qui, sans se dévorer, se parcourt plutôt agréablement, pour peu que l'on ne se braque pas sur l'ethnocentrisme avoué de la petite belge.

Màj - à lire, la suite de Stupeurs et Tremblements : Ni d'Eve ni d'Adam

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