J'avais quelques appréhensions avant que la pellicule de Steamboy ne commence à tourner, car il s'est dit un peu tout et son contraire à propos d'un film qui aura nécessité au total près de huit ans de production. Il est en effet toujours très angoissant, à mon goût, de voir se terminer la préparation d'un projet aussi ambitieux, aussi coûteux, et qui a demandé un temps de conception aussi long.

Toutefois, les premières minutes du film auront suffi à ancrer sur mon visage un sourire seulement délébile pour laisser place à la béatitude : Steamboy est proprement ahurissant de maîtrise technique, il représente l'archétype même du film d'animation réussissant à la quasi perfection l'intégration d'éléments calculés par ordinateur sur du dessin traditionnel.

A tel point que la production en use, presque sans en abuser, en particulier lors de fréquentes rotations combinées 2D/3D qui, il faut bien l'avouer, clouent sur place à chaque fois. La mise en scène se révèle encore plus hallucinante lors des longues et haletantes scènes d'action, distillées efficacement et intelligemment tout au long du film. A féliciter également, l'efficacité de l'incrustation sonore, notamment dans les scènes pulsées.

Bref, Steamboy s'avère une exceptionnelle réussite technique, et démontre l'impressionnante maestria d'une combinaison ébouriffante des talents infographique et sur papier, mis en scène impeccablement. Ce sont de réelles explosions pour les yeux qui surgissent régulièrement, durant les cent trente minutes du film, autant dans la beauté séraphique des décors que de l'esthétisme industriel.

Là où le film ne frappe pas aussi fort, toutefois, c'est sur le plan scénaristique qui révèle quelques faiblesses au fur et à mesure de la progression. S'il démarre plutôt fort, on ne peut s'empêcher de penser que ce fut peut-être même trop, tant jusqu'au dernier quart d'heure, le rythme reste soutenu sans être sublimé. Car le film semble comme construit sur une immense scène d'action qui mangerait la grande seconde moitié du film, et ne laisse peut-être pas suffisamment respirer.

Il se murmure qu'Ôtomo a dû simplifier son scénario afin de se rapprocher des plus larges ambitions de public visé par Production IG, compte tenu des investissements réalisés pour financer le film. Ainsi, certains courts passages donnent l'impression de patauger, là où plusieurs points auraient mérité d'être creusés un peu plus, en particulier dans la psychologie des protagonistes.

Je ne pense pas à la controversée car prétendument faiblarde morale du long-métrage, qui m'apparaît plutôt comme dans la longue tradition japonaise : présente mais quelque peu effacée, elle se contente de donner des pistes de lecture et de réflexion sans jamais imposer l'un ou l'autre des côtés pour faire pencher la balance.

Steamboy est au final un grand film d'animation, exceptionnel sur le plan technique et ravissant à regarder en dépit d'un scénario un peu trop érodé pour satisfaire pleinement. A travers une bonne installation hi-fi / vidéo, il n'y paraîtra que moins, et vous pourrez goûter à la superbe d'une production comme on n'en verra pas tous les jours. A savourer !

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