Silent Hill : le film

Jeux vidéo et cinéma n'ont jamais fait bon ménage. D'un côté, nous avons pléthore d'adaptations de films en jeu vidéo qui se révèlent satisfaisantes qu'en de trop rares occasions (et je ne parle même pas des adaptations excellentes type Goldeneye, qui font figure "d'exception qui confirme la règle"), et de l'autre, des films tous plus mauvais et mercantiles les uns que les autres, maladroitement adaptés par des réalisateurs de seconde zone. Dans le cas présent, c'est Christophe GANS qui se risque à l'exercice périlleux de porter un jeu vidéo sur le grand écran. Oui oui, un réalisateur avec un nom et une réputation (presque) honorables, bien que je me souviendrai tristement de l'adaptation en demi-teinte du manga Crying Freeman. Et il s'attaque à du lourd, la qualité de la franchise Silent Hill n'étant plus à démontrer. Fan avoué du jeu, il nous propose donc ainsi ce qui est, pour moi, l'adaptation la plus fidèle d'un jeu vidéo au cinéma.

Tellement fidèle qu'au final, le film est raté. Et oui, car s'il a su capturer l'ambiance particulière de la ville, il a aussi récupéré tous les éléments qui font l'intérêt d'un jeu, et défont celui d'un film. La construction du scénario au niveau de l'héroïne, Radha Mitchell, se fait de manière type "je trouve un indice qui me permet d'avancer vers un autre indice", propre au jeu, mais franchement lent et inconsistant pour un film. Pareil pour les longues scènes de déplacement, qui ressemblent à des séquences de jeu non jouables. Les dialogues sont pour leur part en majeure partie futiles, puisqu'ils n'éclairent que peu un scénario pourtant très bien pensé, mais complètement inaccessible à ceux qui n'ont pas connu le jeu vidéo. Et c'est là le principal reproche que je peux faire à ce film. J'ai un peu tâté tous les Silent Hill, sans pour autant les avoir faits jusqu'au bout, exception faite du 2. Dès lors, j'ai presque été par moment perdu. Et ce ne sont pas les pauvres scènes mettant en scène le mari de Rose qui rattraperont le tout, puisqu'elles ne font pas vraiment plus la lumière sur la trame et se permettent même de casser l'ambiance. Les mystères sur l'histoire se révèlent donc (pour ceux qui ont la chance de l'être) lentement, comme on le ferait au cours d'une partie, bien que là, l'absence d'interaction provoquera plus l'ennui que l'envie d'en savoir plus. Et comme presque toutes les révélations se font dans la dernière demi-heure (dans un final fort impressionnant au passage), il faut presque lutter pour rester accroché jusque là.

Complément de Gael :

J'ajouterai encore un bémol sur la musique. Si les compositions directement tirées des divers épisodes du jeu sont toujours excellentes, le fait d'avoir des thèmes pour moi très associés à l'histoire de James et Maria (Silent Hill 2 donc) dans cette histoire plutôt calquée sur le 1 avait quelque chose d'inapproprié. Le doublage français est également malheureusement médiocre, avec un manque flagrant de conviction dans les voix qui rend les personnages presque inexpressifs.

Reste qu'au niveau de la réalisation, GANS a fait un travail de folie. Silent Hill est parfaitement reproduite. Les angles de caméra choisis pour coller au jeu sont vraiment excellents et ainsi, l'ambiance est parfaitement retranscrite. Le design des monstres est quant à lui phénoménal. Repris du 2, plutôt que les monstres ridicules du premier volet, ils sont fidèles aux modèles d'origine, avec leur design autant humain qu'inhumain. Mention spéciale pour un Tête de Pyramide démentiel, que l'on aurait juste souhaité plus présent.

Au final donc, à trop vouloir coller au jeu, Christophe GANS semble avoir oublié que l'absence d'interactivité dans un film peut provoquer l'ennui quand on le construit trop comme un jeu vidéo. Si l'exercice de style est parfaitement réussi (on n'aurait pas pu retranscrire Silent Hill de manière plus fidèle), pour ce qui est de l'intérêt et du scénario, on se retournera plutôt gentiment vers les galettes PSone, PS2 et Xbox de la franchise de Konami. A moins bien sûr d'être un grand connaisseur de la saga. Dans ce cas-là, on peut difficilement ne pas prendre son pied. Pour les autres, on se retrouve face à un film à la réalisation impeccable, mais au scénario trop mystérieux, trop lent et qui s'offre de plus le luxe de ne pas faire peur. Un comble pour un film d'horreur.

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