Dans le genre, on avait déjà Abenobashi Mahô Shôtengai qui explosait nos rétines et nos neurones, grâce à ses clichés efficaces tout droit issus des codes de la japanimation. Inexplicablement, Puni Puni Poemi fait mieux, dix fois mieux, cent fois mieux et nous vomit dessus à un rythme effarant sa fanfare de bonnes idées.

PPP s'ouvre sur un générique hilarant, d'où sortiront des vérités telles que "le chemin qu'il me reste à parcourir est encore long ; en vélo j'en ai pour trente minutes, en bus quinze seulement". Le ton est donné : c'est parti pour une heure de parodies, s'inspirant en vrac et sans complexes de Sakura, Queen Emeraldas, Evangelion, Lupin III ou Dragon Ball, de Sailor Moon et tous les anime de "magical girls", puis copiant même l'Étoile Noire de Star Wars (dont la face invisible de la Terre, qui est encore en travaux, accueille des grues et tractopelles géants !).

Il y a une telle liberté dans le ton que l’anime reprend tous les codes de la japanimation, et va jusqu’à mettre en scène des conversations entre les personnages pour expliquer que comme il ne reste que cinq minutes d'anime, ils ne peuvent pas créer d'autre élément perturbateur, donc doivent soutenir l'héroïne dans son dernier combat. Le mise en abîme est si impressionnante que la protagoniste, Poemi, a comme patronyme "Watanabe", c’est à dire le même que le directeur qui est lui-même reproduit diégétiquement, et qu’elle se nomme elle-même "Kobayashi", c’est à dire le nom de sa doubleuse. Doubleuse qui est le but monomaniaque en devenir de Poemi, et qui sera même présentée en live à la fin comme alias du protagoniste, après qu‘un champ-contrechamp nous a montré la production en train de filmer l'anime, comme s'il s'agissait d'un véritable tournage. Tordu et géant.

Dans cette liberté des personnages, ils décident eux-mêmes de montrer du sexe à outrance, puisque de leur bouche même, c’est ce que demande le futur acheteur de l’OAV. On suggère donc beaucoup de choses, trop selon certains, et pourtant à y réfléchir, on ne voit rien de choquant tellement le tout est tourné à la dérision. Les seins, gémissements et autres couilles pendantes sont monnaie courante, à tel point que ça fornique au moins une fois par minute, en hétéro, en homo, en solo, en sado-maso et en scato. Parfois volontairement mosaïqué ou caché par un canard en plastique, et c'est hilarant de dévergondage. Le scénario va même jusqu’au cours magistral d’otaku-management dans lequel il explique que mettre dans un anime pour le vendre.

Tout fuse à cent à l’heure, il y a dix bonnes idées par images, les doubleuses et surtout Kobayashi nous hallucinent par tant de maîtrise dans la rapidité et la diction. La vitesse est tellement exubérante qu’on lutte pour suivre certains sous-titres, et qu’il faudra visionner à nouveau l’anime au ralenti pour tout saisir et tout apercevoir. Comme s'ils n’avaient pas assez à dire, les personnages commentent les actions, volent presque son rôle de critique au spectateur en lui coupant ses dires à la racine. C'est surprenant et fascinant. Le pire étant que l’anime fourmille de tellement de détails graphiques que la foule doit être représentée anonymement par des vagues silhouettes blanches. Que l’on ne se perde pas en route devant tant de débordements relève du génie.

Pour certains, Puni Puni Poemi se la joue à contre-courant et sert d'anti-anime, je dirais plutôt qu'il va parfaitement dans le même sens que le reste de la production, prenant tous ses pires clichés et les poussant à leur paroxysme. La seule petite critique que l'on pourrait lui porter, c'est justement de s’adresser uniquement aux vétérans de la japanimation, eux seuls pouvant suivre et comprendre la kyrielle de références. L’on ressort de cette heure d'animation usé, fatigué, exténué, mais ravi et impressionné par tant de maîtrise et de mise en abyme. Du grand art et, incontestablement, une référence de la parodie.

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