Nintendo DS : ah, ma déesse !

Vite annoncée, vite sortie, je n'aurai presque pas eu le temps d'attendre la dernière née des portables de Nintendô. En tout cas moins qu'un Julien impatient qui vous livre ses impressions sur cette même page. Je dois avouer n'avoir pas attendu grand chose de la DS avant sa sortie, non pas que les améliorations originales intégrées ne me fissent pas envie, loin de là. Il aurait plutôt fallu se pencher sur un lancement qui se caractérise par l'absence de réel titre phare, original et universel, comme le gère délicatement Nintendô depuis sa 64 (non incluse).

Reste que la bestiole est bien là sous mes yeux tout de même plus que ravis, et prête à être attrapée par mes mimines qui ont cédé à cette irrésistible envie de la caresser comme elle le sera vraisemblablement pendant de longues années. La DS offre l'énorme avantage de pouvoir être touchée, pour de vrai, et non pas simplement attrapée pour être tapotée de pouces et parfois d'index. Mais ces chérissements tactiles propres, nous y reviendrons plus loin.

Du coup, j'en ai rangé ma GBA au placard, non je l'avoue sans une larme au coin de l'œil, rien que pour avoir mis de côté les deux premiers signifiants du sigle, qui m'avaient entre autres éduqué au jeu vidéo depuis une quinzaine d'années. La Game Boy n'est plus, en tout cas pour l'instant, il va falloir s'y faire. Nintendô s'offre là une machine plus stricte dans ses formes et son fonctionnement, plus moderne dans son aspect dépoussiérant grâce aux fonctionnalités originales, et plus classe dans sa globalité sous l'ensemble de la communication DS.

Rien que les lignes de la bête suscitent l'excitation, tant le lifting post-E3 ne lui aura fait que-du-bien. Sérieuse, épurée, classieuse, elle a tout d'une grande, et même la taille diront les mauvaises langues. Si elle est en effet un poil large, la prise en main n'en est pas moins agréable, tout autant que celle de la SP dans un registre différent, en tout cas tant que vous n'avez pas des mains de bûcheron. Le placement et l'enfoncement des boutons ? Un plaisir qui rassure les frayeurs du premier essai machine éteinte. Ouf !

Vive le strap : j'en rêvais, il est là, il a de la gueule, et Nintendô nous gâte plus encore en y incorporant une fonctionnalité de jouabilité combinée à l'écran tactile. Il fallait le faire, et il faudra aussi s'y faire puisque la maniabilité variera selon les joueurs. Je préfère pour ma part jouer avec stylet, qui sort de son efficace rangement sous la console pour se dévoiler petit et fin, probablement même trop si l'on n'a pas des mains de femme. Pour le reste, la machine est proportionnellement lourde à sa relative largeur ; ce n'est, en tous les cas, globalement pas gênant en situation de jeu.

Finies les cartouches format GBA, émulées en faux plein écran sur celui du haut qui explose en couleurs et nous ravit. Et faisons place aux petites cartes propriétaires, format à peine plus imposant qu'une Secure Digital, pour une insertion en tout point identique à celle d'un appareil photo numérique. J'aime le "clic-clic" que fait la carte, le sérieux qui s'en dégage, et je jubile surtout de constater qu'en tirant leur essence, la bécane "dé-byte" 3D, 2D, effets spéciaux, et compatibilités tactile-microphone en sus. Bravo.

Les boîtes de jeu contenteront le plus grand nombre, de par leur classicisme et surtout la robustesse de leur emballage (comme une boîte de DVD, mais en plus petit), ce qui ne caractérisait pas les boîtes GBA. Pour en revenir à la machine, elle offre un système d'ouverture analogue à celui de la SP, avec une possibilité de béance à 180° ; la position intermédiaire étant assurée par un blocage efficace.

En allumant le bijou, deux constatations sont évidentes. La première provient du son. Alléluia, on a enfin un faux surround qui offre un semblant de profondeur, et remplace le mono/stéréo de la SP, qui lui même remplaçait le bof de la GBA classique. Deuxième choc : celui des écrans qui marquent le cap et se différencient nettement l'un de l'autre. Celui du bas, tactile, s'inscrit dès le départ comme le lieu de sélection et d'aide, de par son interactivité et malheureusement le petit flou qui le caractérise.

A travers un menu efficace, plusieurs configurations amusantes sont possibles, malgré l'absence d'indications précises (il manque les légendes pour mieux s'y retrouver) et la navigation pas forcément poussée au paroxysme : par exemple, la console s'éteindra après les configurations, puisqu'il n'y a pas de retour au menu possible. Reste qu'à travers PictoChat, la DS dévoile le charme de ses possibilités tactiles incroyablement sensibles qui amuseront, raviront, puis feront jubiler le simple joueur qui voit plus loin que le bout de son nez. A suivre !

A suivre, tel pourrait être le fil rouge de ces premiers pas. La DS nous enchante pour l'instant plutôt par ses possibilités que par ses réussites. Reste que le potentiel est énorme, que l'on a confiance en Nintendô, que l'entourage d'éditeurs tiers pousse au fantasme, et que nous saurons toujours féliciter ceux qui font réellement progresser le jeu vidéo. Rien que pour cela, je salue la belle "di-èsse" bien bas.

Console

L'avis de Julien

Je suis parfois du genre impatient. Surtout lorsque Nintendô lance une nouvelle console. Après tous les déboires liés à l'indisponibilité temporaire de Nintendô DS US, c'est donc une version japonaise qui aura fait son bout de chemin jusque chez moi. Le premier contact avec la boîte impressionne. On s'attend à un packaging plutôt imposant, compte tenu de la taille de la bête, et non, elle est à peine plus grande que la boîte d'une GBA de base. Au déballage, le minuscule adaptateur secteur japonais impressionne lui aussi toujours autant, tout comme le microscopique stylet. Enfin vient le moment de sortir la bête, et je dois dire que le premier contact est une expérience assez riche en émotions diverses et variées.

Le prototype de l'E3 était extrêmement laid, tout le monde se l'accorde. Cependant, ce lifting, si séduisant sur de belles photos bien retouchées, ne passe pas aussi bien en vrai. Ou plutôt si le design n'est pas vraiment raté, le choix des plastiques ne rend pas la machine très séduisante. Je ne sais pas si c'est le banal plastoc noir du bas, ou au contraire l'abus de gris clair sur le dessus (on distingue à peine le logo Nintendô, un peu de contraste aurait été le bienvenu), mais l'ensemble n'est pas autant sexy qu'une GBA SP, ou une PSP. De plus, la console fait fragile, pour ne pas dire un peu "cheap". Malgré tout, si elle manque de charme en apparence, elle n'en est pas dénuée en intérêt.

Car après tout, si l'on s'offre une DS, c'est avant tout pour ses fonctions. Deux écrans retro-éclairés dont un tactile, reconnaissance vocale, multi-joueur sans fil ou compatibilité Wi-Fi que l'on espère un jour voir être utilisée, voilà les principales fonctions incluses dans cette petite boîte dédiée au jeu, rien qu'au jeu. Des jeux en 2D façon GBA++ ou en 3D "bancale façon N64 texturée comme une PSone". Si elle permet un affichage de polygones similaires à la N64 et de nombreux effets qui lui sont propre, l'absence de "texture filtering" rappelle lui furieusement la PSone, avec ses textures "sale" proches de la bouillie de pixels. Rassurez-vous cependant, sur de si petits écrans, cela ne saute pas aux yeux. Et puis il n'y a pas cet atroce problème de textures instables présent sur PSone. Le retour en arrière en terme de 3D est cependant assez évident, bien qu'après quelques années de GBA, voir des jeux en 3D s'afficher de manière aussi fluide sur un écran de portable reste un enchantement.

Parlons un peu des écrans. Un poil plus grands que ceux des GBA, ils abandonnement toutefois l'effet "widescreen" au profit d'un 4/3 des plus traditionnels. Retro-éclairés, ils affichent enfin une image lisible, sans délaver les couleurs, en toutes conditions. Il était temps ! Cependant, avec une échéance de livraison aussi serrée et une demande d'écrans à cristaux liquides plus forte que la production ne le permet, il y a malheureusement un grand nombre de déçus, dont je fais partie, qui se retrouvent avec un nombre plus ou moins élevé de pixels morts. Si j'ai la chance de n'en avoir aucun sur l'écran du haut, deux sont toutefois présents sur l'écran tactile. Heureusement, ils sont situés dans les bords et ne se voient que lorsque les couleurs sont sombres, pour ne pas dire uniquement lorsque l'écran est noir. Ce n'est pas dramatique, je vais pas arrêter de jouer et jeter ma console à la poubelle pour ça, mais cela renforce un peu l'image un peu cheap déjà présente en voyant l'esthétique du produit. Dommage... Côté résolution et puissance de l'éclairage, on reste dans des proportions modestes, sans doute pour des raisons de coûts et de consommation d'énergie. Il y a donc mieux, mais c'est plus cher et ça dure moins longtemps (n'est-ce pas Monsieur Sony ?).

Toujours est-il que les sensations procurées par le très précis écran tactiles sont pour le moins intéressantes. Naviguer avec est un réel bonheur et les possibilités de jeux sont immenses. Pour chipoter, je dirais juste qu'il est dommage qu'il ne soit pas aussi net que l'écran du haut, mais c'est vraiment pour faire le difficile. Lors de son utilisation, on se rend compte de son potentiel et du confort qu'il peut apporter. Un confort qui rend ensuite l'utilisation des boutons presque ennuyeuse. Surtout que les microscopiques boutons A, B, X et Y de la DS peuvent laisser un peu perplexe. Souvenez-vous des boutons C sur N64. Et bien niveau taille, c'est un peu pareil. Ils sont heureusement assez espacés pour être utilisés indépendamment, mais si vous avez des mains de bûcheron, ils risquent de poser problèmes. Les boutons L et R sont similaires à ceux de la première GBA. Larges et dotés d'un bon niveau de pression, ils sont bien confortables. Dommage toutefois qu'ils soient placés un peu trop haut par rapport aux autres. Ils ne sont pas inaccessibles, mais peuvent être source de crampes, surtout lors de l'utilisation de l'écran tactile pour diriger le personnage. La croix directionnelle étonne aussi un peu. Comme sur la GBA SP, elle ne reprend plus le style traditionnel des croix Nintendô, avec le petit triangle incurvé sur chaque extrémités, mais propose des arrêtes assez nettes et une ligne en relief plutôt désagréable au toucher sur chaque direction. Un choix esthétique de fort peu bon goût que je n'explique tout simplement pas.

Le bilan de la DS n'est donc, vous l'aurez compris, pas 100% positif. Avec quelques fautes de goûts dans la finition, des défauts techniques que les fabricants d'écrans LCD excuseront en disant que leur technologie est à 99.99% fiable, des possibilités d'affichage assez dépassées, ou une line-up de lancement inversement proportionnelle en originalité par rapport à la console, elle déçoit quelque peu. Mais celui qui saura aller plus loin que ces petits défauts découvrira alors une vraie nouvelle façon de jouer. Et ce fait est assez rare pour être mentionné comme un événement en soi. En tout cas, le publique semble y adhérer, puisque après les ruptures de stock américaines, voilà que l'on nous annonce 513'000 machines vendues en 4 jours au Japon (soit tout de même plus de 2 fois et demie le stock total de PSP livrées le 12 décembre). Des chiffres encourageants, qui montrent que non, ce troisième pilier ne sera pas un nouveau flop façon Virtual Boy. Reste juste à voir comment Nintendô saura consolider ses bases, pour ne pas qu'il s'effondre. Mais quand on parle de jeu, et surtout de jeu de qualité, innovant, et intéressant, on peut faire confiance à Nintendô, ainsi qu'à la centaine d'éditeurs développant d'arrache pied pour nous offrir de nouveaux plaisirs sur un hardware, il faut le reconnaître, vraiment pas comme les autres.

La machine séduit : un premier bilan

Analyse de Gael le 02.06.2005

La Nintendô DS plaît, c’est une certitude. Et pas seulement aux core gamers. Alors que s’enchaînent les litanies concernant le manque d’utilisation réel de concepts accrocheurs, je suis frappé par l’attrait que la machine représente pour beaucoup de publics. Lorsque je sortais la portable pour la montrer à mon entourage, dès décembre dernier, j’avais droit à des « qu’est-ce que c’est encore que ce machin ? ». Puis avec un minimum de démonstration, la DS fait très vite l’unanimité.

Super Mario 64 DS impressionne dans un premier temps. « Wow ! Je ne pensais pas qu’ils arriveraient à mettre là-dedans des jeux du niveau de ce qu’on voit sur notre télé ». Le niveau de connaissances n’y est pas, et l’intérêt réel non plus, d’ailleurs. Car après la petite claque, pour le grand public, la DS est vite rangée dans l’amalgame « jeux vidéo – PlayStation ». C’est à dire pour les gamins, les autistes ou les fans de foot (sic).

Mais dès que sortent les mini-jeux, l’intérêt rappelle à l’ordre. Made in Wario, Kimi Shine, Catch! Touch! Yoshi! et les autres captent immédiatement l’attention. Le stylet, mine de rien, constitue un attrait particulier, beaucoup plus que le double écran. Très instinctif, il est directement adopté par tous types de joueurs, même très occasionnels. Tout le monde décroche des sourires, filles et garçons, femmes et hommes. Les couples s’amusent ensemble comme des gamins et se surprennent à ne pas lâcher la portable, alors que la console de salon les séparait.

Electroplankton, Meteos et autre Nintendogs vont également dans ce sens. Ils se posent en tant que titres à la durée de vie pas forcément exceptionnelle, mais qui plaisent à tous. Les gros joueurs sont ravis de se détendre sur des concepts novateurs et leurs parties courtes, entre deux longues sessions de RPG et autres titres plus complexes. Les filles se régalent sur les puzzle game et s’amusent à caresser les chiens virtuels. Les gamins redemandent des titres simples, et leurs parents sont ravis.

Nintendô aurait-il frappé un grand coup, face à une bombe de technologie froide et classe, mais vieille rombière dans son gameplay ? Dans tous les cas, leur département marketing a réalisé un boulot exceptionnel, en marge de la redondante et lassante course à la technique entre Sony et Microsoft.

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