Môjû

La Bête Aveugle

Parce que la culture populaire japonaise, ce n'est pas seulement Amaenaideyo ou Sailor Moon, Kanpai! vous propose une fois de temps en temps un papier sur quelque chose d'un peu plus « sérieux ». En l'occurence, Môjû, film noir et blanc du prolifique Yasuzo Masumura sorti en 1969, est l'adaptation cinématographique d'un roman de 1931 d'Edogawa Rampo. Sous le titre La Bête Aveugle, il a été importé en salles françaises dans une version colorisée il y a deux ans, profitant alors d'un gain d'intérêt croissant pour le cinéma japonais.

Le film n'a apparemment pas fait que des émules, et de loin. On peut lire sur les forums, à droite à gauche sur le net, que des spectateurs dans les salles ont été pris de fous-rires devant certaines séquences. A l'inverse certains critiques, « téléramistes » en herbe, ont crié au chef-d'oeuvre ou tout au moins à l'oeuvre majeure. Je n'irai pas jusque là, mais Môjû ne manque pas de qualités et sait généralement les mettre en valeur.

L'histoire met en scène un syndrome de Stockholm poussé à l'extrême, dans un huis clos angoissant : une jeune modèle est retenue prisonnière par un artiste, aveugle et pervers, et sa chère maman. Le film se révèle vite assez bavard et très explicite, parfois même théâtral : il n'y a que 3 acteurs en tout et pour tout, et un seul vrai décor... mais quel décor ! L'atelier est tout à fait surprenant et superbe, il faut le voir pour le croire, c'est du Nobuyoshi Araki en puissance. C'est typiquement le genre de films où la production a mis plus longtemps à concevoir le décor qu'a tourner toutes les scènes.

Le scénario et les sentiments des protagonistes passent par différentes phases et, malheureusement, parfois quelques longueurs. En effet, dans Môjû, l'acte passe par le verbe : il faut exprimer ses actions pour les appuyer et les valider, ce qui crée quelques redondances pour des spectateurs plus habitués au non-dit. Heureusement, la plastique de l'actrice Midori Mako, irréprochable et au charme fou, compense ces quelques difficultés, jusqu'à l'inévitable scène de bondage à la fin. Celle-ci vire finalement au SM voire au franchement gore pour une allégorie de la jouissance très intéressante.

La Bête Aveugle est une sérieuse alternative à L'Empire des Sens. Sensuel, intelligent et cruel, il constitue un film à voir pour sa culture cinématographique japonaise.

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