Mindgame a, avant même quelconque visionnage, de sacrés arguments pour convaincre. Dirigé par YUASA Masaaki, un « key animator » récurrent et talentueux, il bénéficie également du travail de MORIMOTO Koji (en tant que directeur de l'animation), WATANABE Shinichirô (directeur musical), des studios 4°C et Madhouse (comme animateurs / producteurs). Que du beau monde, salué avec tout le mérite auquel ils peuvent prétendre par des critiques bien au fait des qualités finales du produit. Bizarrement, Mindgame n'a pas cartonné au box-office. Car le film est long, brut de décoffrage et délicieusement psychédélique. Il emprunte à beaucoup de genres, s'échappant souvent des frontières de la japanimation pour voler, ici un grain de folie à Tex Avery, là un romantisme désespéré à Fantasia.

Car Mindgame est définitivement protéiforme. Débutant comme un film d'animation classique, il pose et impose rapidement ses bases. Le héros, qui n'en est pas un, se prend dans le premier quart d'heure une balle qui lui rentre dans le cul et lui sort par le front. Devant son dieu, il fait le choix de revivre la scène pour la corriger et se débarrasser de son costume de looser. Commence alors pour lui, à vingt et quelques années, sa véritable naissance et l'allégorie du pouvoir libertaire. Nishi est enfin libre de ses choix, de ses actions et découvre enfin la vie avec un grand « V ». Pour nous la présenter, YUASA et MORIMOTO se font un plaisir sans fin en usant de techniques multiples.

Le film a ce rythme effréné qu'il singe sur Abenobashi et Puni Puni Poemi, en lui ajoutant une maîtrise technique issue de Kill Bill ou Innocence. Totalement délirant, il permet à la palette de couleurs de suivre l'émotion imposée par les scènes. En dégradés de gris voire N&B lorsque Nishi est au purgatoire (marquant le clivage avec un dieu en constant rafraîchissement graphique), les tons forceront fréquemment le contraste jusqu'à saturation pour marquer le delirium tremens. Les sentiments sont maîtres des coloris, jusqu'à l'éclatement majestueux et fusionnel de la scène d'amour physique entre Nishi et Myon. De la très grande animation.

Mindgame est audacieux jusqu'à appuyer les sentiments des protagonistes en remplaçant les traits de leurs visages par des photographies animées (cf. photo plus haut). La technique utilisée ne semble montrer aucune limite à l'imagination des réalisateurs. Ainsi, lorsque la caméra tourne plusieurs fois autour d'une voiture lancée à pleine vitesse par un Nishi pilote, sans dévoiler de problèmes d'incrustation ou de ralentissements, le spectateur est tout simplement abasourdi. Et le film enchaîne les petits bijoux du genre, lorsqu'il propose des perspectives intransigeantes et des horizons sans fin malgré l'environnement sombre imposé. Pour les yeux, Mindgame est un bonheur infini.

L'on pourra toujours regretter certaines saynètes un peu longuettes, après la course-poursuite en voiture (préfèrons éviter les spoilers et ne pas vous dire où). Pourtant Mindgame dévoile brutalement ses prérogatives en dérogeant, par bonheur, à de nombreuses règles imposées de la japanimation. Et ce jusqu'à un final moralisateur de dix minutes, dans lequel le réalisateur dévoile sa vision du positivisme éhonté et du pouvoir de la volonté. NIETZSCHE n'aurait pas peut-être pas renié que l'on anagramme son Wille Zur Macht pour concevoir une telle perle.

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