Little Big Planet, bobo geek ?

Version Beta

Dire que j’attends LittleBigPlanet avec impatience est un euphémisme. Il s’agit tout simplement du seul jeu de cette génération de consoles pour lequel une simple vidéo et un énoncé du concept auront suffit à déclencher en moi un véritable coup de foudre. Amoureux des jeux de plates-formes, il n’en fallait pas plus que la sympathique bouille d’un Sackboy et la promesse d’un gameplay riche et créatif pour me convaincre. C’est donc avec le sourire aux lèvres que je me suis lancé corps et âme dans cette Beta.

Et l’aperçu offert n’aura fait que renforcer mon sentiment sur ce jeu. D’apparence anodine, LittleBigPlanet se présente sous la forme d’un jeu de plates-formes en 2.5D comme on n’en fait quasiment plus. Un à quatre Sackboys, de sympathiques peluches en toile de jute hautement personnalisables, sont parachutés dans de magnifiques mondes colorés qu’il faudra parcourir d’un point A à un point B. Rien d’extraordinaire donc, si ce n’était que tous les éléments qui composent les niveaux sont également disponibles pour la création de nouveaux niveaux. Et parce que nos consoles sont aujourd’hui connectées, toute une plate-forme d’échange a été mise en place. Tout ceci nous plonge donc directement dans le concept de Game 3.0, cher à ce regretté Phil Harrison (aujourd’hui parti jouer à réveiller les morts chez Infogrames). Ce jeu vidéo collaboratif où l’échange et le contenu généré par l’utilisateur prédominent.

Play, Create et Share sont donc les trois axes du concept LittleBigPlanet. La partie Play s’est montrée des plus solides dans la Beta. Les quelques niveaux créés par Media Molecule étaient bien pensés et contenaient suffisamment d’objets cachés pour les parcourir à plusieurs reprises. Une cinquantaine sont prévus pour le mode histoire de la version finale. Voilà qui aura de quoi occuper les Sackboys autistes. La jouabilité n’a montré que peu de faiblesses. Avec des actions simples, mais efficaces et un comportement cohérent, Sackboy ne pose quasiment aucun problème de déplacement. A l’exception peut-être des passages entre les trois différents plans, qui s’avèrent parfois capricieux. Mais rien de bien grave. Ces niveaux pourront être parcourus seuls, bien que certains endroits nécessiteront de jouer à plusieurs. Il faudra donc soit amener ses potes devant la console, soit traverser ces niveaux avec d’autres joueurs du monde entier, merci le PlayStation Network.

La partie Create représente le point sur lequel LittleBigPlanet pouvait passer, ou casser. Et bien l’aperçu de cette Beta montre que ça passe et même largement. L’utilisation d’un petit menu appelé Pop-It permet d’avoir accès de manière très pratique à tous les éléments de création, en temps réel et sans interruption. Il jaillit du Sackboy sur une simple pression du bouton carré et apparaît en surbrillance sans trop gêner l’affichage. La navigation y est aisée, malgré la grande quantité d’objets offerts au joueur. La surface mise à disposition pour les niveaux est énorme et bien que l’on ait une limite d’objets à inclure (symbolisée par un thermomètre), celle-ci est suffisamment large pour ne pas restreindre les esprits les plus créatifs. Un moteur physique plutôt performant est également utilisé, ce qui donnera à vos créations un comportement assez réaliste et des résultats parfois presque inattendus. Le gros problème du mode Create, c’est juste finalement de trouver les idées. Noyé sous ce flot de possibilités, on ne saurait presque pas par quel bout commencer. Surtout quand, comme moi, vous avez trop joué au jeux vidéo au point d’avoir l’esprit complètement formaté et de n’avoir pour première pensée que l’idée de refaire le monde 1-1 de Super Mario Bros. avant de constater qu’il a déjà été fait. Heureusement, le soin apporté à ce mode permet de rapidement sortir de se cadre et se laisser aller aux créations les plus folles.

Une fois le niveau créé, il ne reste plus qu’à le partager. Une plate-forme a été mise en ligne pour que chacun puisse échanger ses niveaux, les juger et ce, une fois encore, seul ou à plusieurs. On y voit un peu de tout. Des inévitables reprises de monuments du jeu vidéo (Super Mario Bros., justement, ou Shadow of the Colossus) aux niveaux très “expérimentaux”, c’est un florilège de créativité qui déboule directement dans nos PS3. Détail sympathique, des objets créés par les utilisateurs peuvent également être collectés dans le niveau, pour être réutilisés dans ces propres niveaux. Pour sélectionner les niveaux des utilisateurs, de petites planètes sont utilisées. Cette représentation peut paraître assez confuse, mais le moteur de recherche associé et le système de favoris sont très performants et permettent de retrouver en quelques instants ses niveaux préférés.

En m’étendant sur le concept, j’en viens presque à oublier la tout simplement somptueuse réalisation. Certes, ce n’est pas un jeu qui vous fera décrocher votre mâchoire pour ses graphismes. Toujours est-il que l’ensemble est d’une propreté rarement atteinte, sans aucun défaut majeur ni problèmes de fluidité. On notera des saccades lors de l’arrivée ou le départ de joueurs en ligne d’un niveau, mais elles sont plus liées au code réseau qu’au moteur graphique. La bande-son est également très agréable et, couplée aux bruitages parfois bien débiles, contribue largement à l’ambiance drôle et rafraîchissante qui se dégage de ce titre.

J’attendrai encore bien sûr la version finale pour donner un verdict définitif sur ce LittleBigPlanet. Toutefois, ces quelques heures passées dessus m’ont diablement convaincu. Il s’agit clairement du jeu sur lequel je passerai le plus de temps en cette fin d’année. Les possibilités montrées dans la Beta sont déjà énormes et il semblerait bien que Media Molecule prévoit de gaver son blu-ray en objets divers et variés à collecter. Sans parler des possibles contenus téléchargeables qui pourraient voir le jour par la suite. Enfin, un jeu de plates-formes qui me propose, chaque jour, des niveaux inédits à parcourir grâce à la créativité de milliers de joueurs, franchement, je signe tout de suite. Ne reste plus qu’une seule véritable inconnue pour LittleBigPlanet. Va-t-il devenir un véritable phénomène ? On pourrait y penser quand on voit le nombre de niveaux et la forte qualité de certains d’entre eux après quelques jours de Beta. Mais en s’adressant pour l’instant principalement à une clientèle plutôt gamer, nul ne peut prévoir le réel impact qu’il aura sur une clientèle plus casual. A voir donc sur le long terme. Mais en attendant, je m’amuse comme un fou, j’attends la version finale avec encore plus d’impatience et espère vous revoir très nombreux dans le grand univers de LittleBigPlanet.

Test de la version finale

Ajouté par Gael le 15.12.2008

Drôle de jeu pour une drôle de console… À l’heure où les chiffres de vente de la PS3 affolent –dans le mauvais sens– la fin d’année, Little Big Planet peine lui aussi à s’imposer. Pourtant, comme l’expliquait avec justesse Julien dans sa chronique de la Beta, ce « jeu » est une petite merveille de créativité. De ceux que tous félicitent pour son inventivité, son originalité… pour un point de vue sur le jeu vidéo qui le sort des standards et pousse le marché à évoluer. En cela, on rangera volontiers LBP aux côtés de REZ, Passage, Second Life ou Façade. À la croisée du jeu de plate-formes, de l’espace de partage communautaire et de l’éditeur de niveaux aux possibilités énormes, aucun doute, LittleBigPlanet expose des qualités ludiques inébranlables.

Mais aussi bon soit-il sur le papier comme manette en main, le titre peine à trouver son public. Mondialement, LBP devrait finir sa carrière en touchant le million et demi d’exemplaires vendus. Un comble face à des blockbusters comme Gears of War 2 qui frise avec le double en quelques semaines à peine, et qui multipliera encore sans doute ce chiffre. Car LittleBigPlanet était censé être l’un des temps forts de cette fin d’année sur PlayStation 3 : le fer de lance d’une console au potentiel fou, qui pouvait la faire enfin décoller. Media Molecule travaille dessus depuis de longues années et le budget com’ sur ce titre est sans doute l’un des plus importants de l’année.

Alors, la faute à qui, à quoi ? Little Big Planet est-il trop abscons, à l’heure où le jeu vidéo semble se réduire au simulacre parfois abruti d’un Wii Music… Vraisemblablement. Mais il fait partie de ces races de jeu qui ne s’apprivoisent pas en quelques minutes, et dont on ne tire la véritable essence qu’après un investissement fort. Comme une attache, un lien qui s’installe entre le joueur, sa création et la communauté qui partage ces espaces. Un peu bobo, comme Facebook, certainement. Un peu geek aussi, puisqu’il faut une bonne culture du jeu vidéo pour apprivoiser ses possibilités. Mais des récompenses énormes, pour peu qu’elles ne soient pas bridées par la modération pour le moins efficace de ce LittleBigPlanet.

Les 2 questions que je me pose encore sont : quel éditeur va réussir à s’inspirer intelligemment de LBP ? et au vu de ses ventes en demi-teinte, Little Big Planet ne sera-t-il au final qu'un one-shot culte ?

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