Guitar Hero World Tour

Après une période faste, notamment en arcade à la fin des années ’90 (Dance Dance Revolution, Pop’n Music, Beatmania, Parappa…), les jeux musicaux ont repris un rythme de sortie hallucinant sur consoles ces dernières années. La faute à Guitar Hero premier du nom, qui a su reprendre le concept du Guitar Freaks de Konami en lui greffant une playlist occidentale équilibrée entre rock et mainstream. Et depuis, c’est l’inondation de jeux du genre. Petit rappel des forces en présence : l’équipe d’Harmonix a claqué la porte d’Activision pour se tourner vers MTV et Electronic Arts. Issu de cette union, Rock Band est sorti il y a déjà un an. C’est Neversoft qui a, depuis, repris la barre avec un Guitar Hero 3 en demi-teinte.

Guitar Hero World Tour, alias GH4 bien qu’il soit le 7ème épisode de la série, emprunte donc à Rock Band son concept de groupe. En substance, la batterie et le chant viennent s’ajouter à la guitare et la basse. Un retour de bâton presque de bonne guerre puisque RB améliorait finalement assez peu le concept originel de GH. La track-list de GHWT compte environ 80 morceaux, complétés par des titres payants disponibles au fur et à mesure en ligne. C’est juste dommage qu’on ne puisse pas importer dans cet épisode les morceaux des précédents Guitar Hero, alors que Rock Band 2 le fait très bien (moyennant finances, certes). Cette nouvelle play-list est toujours aussi axée grand public. Je ne reviendrai pas sur sa qualité dans l’absolu, puisqu’elle dépend par définition des goûts de chacun. Pour ma part, j’y suis moins réceptif qu’à celles des Rock Band, mais elle propose tout de même quelques morceaux d’anthologie. Beaucoup devraient y trouver leur compte.

Je passerai rapidement sur les instruments de ce Guitar Hero World Tour, ayant acheté le jeu seul. Investir dans de nouveaux jouets en plastique alors que j’ai déjà craqué 200€ pour la panoplie Rock Band il y a quelques mois me paraissait un poil outrancier. À ce sujet, je bénis la fin de la guéguerre entre les deux éditeurs qui ont su rendre les instruments et les jeux compatibles les uns les autres (moyennant une ligne de moins sur le chart de la batterie). Grâce à cela, on peut utiliser n’importe lequel des micros, batteries ou guitares pour taper un bœuf sur ce GHWT. « Bonne nouvelle ! », entendez-vous crier votre banquier. Au niveau des instruments donc, je signalerai simplement un nouveau type de notes à la basse (sans toucher aux frets), des passages de tapping en solo à la guitare, ainsi que des doubles ou multiples notes longues (LA vraie bonne idée) et un lancement du star-power au chant par le bouton A de la manette (dommage pour l’immersion). À part ça, c’est tout pareil que d’habitude, donc personne ne sera perdu en route.

J’insisterai surtout sur le mini-studio qui offre la possibilité de créer ses propres compositions. Une idée richissime, malgré l’évidente complexité du programme et le rendu un peu MIDI des sons proposés. Pour ma part, n’ayant pas l’âme d’un musicien (comprenez : pas plus que gratter les petites bulles colorées qui tombent à l’écran), je me suis cantonné à télécharger les créations des autres joueurs. Et là, c’est potentiellement un très gros coup, à l’image des concepts « jeux vidéo 2.0 » à la Little Big Planet. On est sur un mix intéressant entre MySpace et le Guitar Hero, malgré son interface pauvre. Les nouveaux morceaux gratuits laissent la porte ouverte à des possibilités infinies (qui a dit les thèmes de Mario, Zelda, de tous les films… ?). Si tant est, bien entendu, qu’une modération à la Media Molecule ne passe pas par là.

Malgré tout, il faudra tout de même recaler ce Guitar Hero World Tour sur son design général très passable. L’ensemble s'avère peu harmonieux, pas intuitif, presque pas fini. Par exemple, les séquences animées en 2D sont d’une qualité graphique douteuse (les détails, bon sang, et ces aplats…), et le mode carrière est confusant et lourd à jouer, bien qu’intéressant sur le papier. Certes, le jeu se rattrape comme il peut sur sa difficulté : outre le mode beginner (à l’intérêt tout relatif), le fait de pouvoir régler le niveau au moindre échec est intelligent. Tout comme l’absence de césure entre les difficultés, qui en découle. Malheureusement, ça n’enlève pas certains passages un peu idiots qui rappellent les plus mauvaises heures de GH3 : je crois ne pas être le seul à me balader sur le mode expert pour buter sur un dernier set infranchissable…

Globalement, on retrouve moins cette « patte musicale » chez Neversoft, à laquelle nous avait habitués Harmonix. Certaines fins de morceaux sont interminables, l’ergonomie en jeu est déplorable (multiplicateur, star power et autres sont très mal positionnés) et l’absence des étoiles qui progressent en direct, ainsi que l'impossibilité de sauver ses partenaires sont franchement impardonnables. Dois-je vraiment en rajouter avec le « sur-charting » (l’ajout de notes inexistantes dans la compo) et la présence d’un pain pas fun du tout, dès qu’on rate une note ?

Tout cela ne fait pas de Guitar Hero World Tour un mauvais jeu ; juste un produit très fort, terni par quelques détails mal calibrés. Pour les puristes, face à la précision et la touche Harmonix sur Rock Band 2, la partie logicielle de Neversoft a du mal à faire face. Mais pour le grand public, elle reste simplement un alter-ego tout aussi excellent.

Une info en passant : sur Play-Asia, Guitar Hero est à 50€ au lieu de 70€ listés en magasin.

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