Gaming, la fin de l'alternative

La presse vidéoludique, c’est une espèce de micro-société. Il y a les habitués, vieux de la vieille qui sont passés par tous les canards, et les petits nouveaux qui n’y connaissent rien à rien, ayant découvert le jeu vidéo avec la PlayStation. Tout cela forme une espèce de famille de grands drôles, rebuts ou enviés, qui se complaisent dans une sorte de copinage et de tir dans les pattes. Rien de bien méchant, si le pognon n’avait pas élu domicile dans ce microcosme, et avec lui son lot de faillites, de rachats, de sauvetages, d’au-revoir, etc. Bref, le quotidien banal, qui a évincé de nos cœurs l’utopie dans laquelle nous nous confinions étant mômes.

Ce quotidien a en quelque sorte séparé les joueurs il y a quelques années, avec l’arrivée sur cette presse d’un groupe plus qu’omniprésent, FJM, dirigé de main de fer par les frangins Chemla. Un groupe qui a césuré en deux partie la Francophonie des lecteurs de revues de jeux. Scandale, abominations et hontes vivantes, ou dieux du jeu et fins journalistes, au choix, chacun y va de sa petite tirade et impose ses idées comme le font d’ailleurs les difficilement dénombrables magazines forgés chez FJM : généralement sans appel. Globalement, l’on s’accorde à penser que leurs bouquins sont réservés aux jeunes et/ou bleus ; et puisque, je suppose, nous ne faisons plus partie de cette catégorie, la définition nous convient. N’est-ce pas ?

Alors, lorsque progressivement, les bons Tilt!, Micronews ou Player One disparaissent, seul Joypad (difficilement poursuivi par un Consoles+ de plus en plus lépreux) parvient à maintenir une publication de qualité. Exilés sur le net par volonté, par la force des choses voire par dépit, les lecteurs « politiquement corrects » ne suivent désormais plus que le magazine de Hachette. Et, comme un coup de théâtre à la Paris Match, dans un milieu qui ne demandait peut-être que cela, tout s’enchaîne à la fin de l’été 2003.

Le groupe Future France rachète le zine qui prend des allures de « Pad de Vichy », avec son lot de collaborateurs, mais aussi (et surtout ?) de résistants qui se lèvent et gueulent leur veto. Qu’importe, maintenant qu’ils sont grands et responsables, ils font ce qu’ils veulent, et tant pis si papa et maman ne veulent pas leur acheter de mobylette. « T’façon, Future c’est que des cons, même qu’on n’a pas besoin d’eux, quoi ». La bande de joyeux lurons, derrière Olivier « Iggy » Scamps, s’en va-t-en guerre contre les choix hégémoniaques des décideurs, et monte sur les bases de la petite Neo-Publishing un nouveau magazine, berceau de la résistance.

Ainsi naît Gaming fin octobre. Et son lot de lecteurs qui, bien que déboussolés par certains choix douteux, n’ont qu’une envie : celle d’y croire ferme, à cette dream team dont ils ont toujours rêvé. Seulement voilà, on ne bâtit pas un magazine national d’amour et d’eau fraîche. Et Gaming, c’est chaque mois un mag de près de deux-cents pages, avec papier de qualité, couverture en papier glacé, avec beaucoup moins de pubs qu‘ailleurs, qui traite de consoles et de PC, et qui offre un jeu complet gratuit avec chaque numéro ! Neo-Publishing est une petite boîte parmi les grandes, qui a tout sauf les reins solides, mais on vous vend le tout, ma bonne dame, pour 3,90€. Cherchez l’erreur…

Six mois plus tard, il faut se rendre à l’évidence : Gaming fait perdre de l’argent à tout le monde, et surtout à Neo-Publishing. Sans blague ? L’annonce de l’arrêt à peine six mois plus tard en surprend quand même deux ou trois, là-bas au fond, endormis dans les bras de Tilt!. Des idéalistes finalement, comme ceux qui ont monté le bon Gaming. Sauf que le magazine avait le cul entre dix chaises, tout comme ses responsables qui avaient oublié l’espace d’une utopie qu’un magazine national, ce ne sont pas que des pertes, mais aussi des rentrées d’argent.

De toute manière, on ne se fait pas de souci pour les braves bêtes de rédateurs made in Gaming, qui n’auront aucun mal à se faire embaucher chez les copains de la presse, sur le net ou à la télé, si ce n’est pas déjà fait pour certains. Ni d’ailleurs pour les lecteurs qui, le jour de l’arrêt de Gaming, retrouvent leur (cher ?) Playmag, qui redémarre mystérieusement du numéro 1. Et même qu’avec une pointe d’ironie, l’on prévoit leur mort prochaine. Hihi.

Parce qu’il y aura toujours FJM… alors, mangez de la merde !

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