GameFAN : Interview de Stéphan Cahn / H.Falcon

Gérant de Japan Culture Press et éditeur de GF

ENTRETIEN AVEC STEPHAN CAHN, ALIAS H.FALCON, GERANT DE JAPAN CULTURE PRESS ET EDITEUR DE GAMEFAN

Kanpai! : Présente-toi aux lecteurs de Kanpai! (nom, âge, parcours, rôle au sein de GameFAN).

Stéphan CAHN : Je suis Stéphan, j'ai presque la trentaine. Mon rôle dans GameFAN : gérant de la boîte. En gros, je suis le mec qui morfle financièrement si tout se passe mal. Donc j'ai un regard privilégié sur le mag et je prends les décisions sur les tirages, le papier, et même certaines rubriques. Bref, tout ce qui influence le côté financier. Mais c'est pas toujours évident de se faire entendre car les attitudes sont très enflammées chez GameFAN.

Pour en revenir à mon chemin, j'ai été fasciné très jeune par la culture japonaise. Sur un coup de tête, j'ai quitté le lycée en Première en passant par la case "petit boulot", avant de revenir sur les bancs de l'école, dans une voie dite "de garage" mais au final fort utile, le fameux bac G. Je me suis inscrit en fac d'archéologie, d'Anglais et langues orientales, mais j'ai bien vite été contraint d'arrêter pour pouvoir payer mon loyer et manger. Partant du principe que je voulais bosser dans ce que j'aimais, en septembre 1994 j'ai frappé à la porte du magasin Shoot Again, à côté de chez moi, temple de l’import fin 90. Je devais rester deux jours au départ, en finalement je me suis vite retrouvé à l'achat et aux contacts. J'ai voulu relancer l'importation de titres, mais cela n'a pas plu à mes responsables, j'ai donc quitté la boutique pour monter ma première boîte : Katana. Chef d'entreprise à 19 ans, mais je vendais les jeux dans ma chambre, aménagé en boutique. C'aura duré deux ans au total. Ayant développé une certaine affectivité avec mes clients, l’un d’entre eux est venu me proposer un apport d’argent pour que mon "chemin" continue et monter un plus gros projet. La SARL Sunrise Import. Parti d’une somme dérisoire, au final, on a décuplé notre trésorerie en moins de deux ans et sommes devenus un des plus gros leaders, avec plus de dix millions de Francs de chiffre d'affaire par an, etc.

Suite à quelques problèmes personnels, je me suis écarté quelque temps de l'aventure Sunrise, avant de découvrir en revenant que la boîte avait des dettes. J'ai failli me retrouver à la rue, mais j'ai pu m'en sortir et ainsi monter quelque temps plus tard Akiba. Je me suis rapproché de Guillaume (NDGael : Asenka, le rédacteur en chef actuel de GameFAN) que j'avais connu dans des tournois de jeux de combat, et ai monté avec des associés Japan Culture Press (JCP), dans laquelle je me suis investi jour et nuit avec Guillaume. Suite à une mésentente sur la politique interne avec mes associés, on m’a poussé à quitter Akiba et on m'a nommé gérant de JCP. Dans la foulée, j'ai relancé l'aventure du magasin d'import avec J-Type.

Le magazine Arkadia est né sous JCP. J'ai vécu cela comme un gros foutage de gueule sur certains plans, car je rêvais d'un Famits' à la française, malgré quelques bonnes idées. De Arkadia est né l'idée de faire un mensuel, beaucoup plus ambitieux. GameFAN 1 a été désastreux sur la forme. J'en ai enragé, mais la venue de Fabien de Sugoi a changé pas mal de choses, et j'ai personnellement insisté pour qu'on se prenne en main et qu'on fasse enfin du bon. Le bon, on en est encore loin... Mais entre Arkadia et GameFAN, c'est presque le jour et la nuit.

Concernant ce dernier essai en date, quel est le bilan que tu peux tirer des débuts de GameFAN ?

La presse jeux vidéo, aujourd'hui, quand on a envie de faire ce qu'on veut sur un ton différent, c'est se préparer à une guerre de tranchée de longue haleine avec un couteau suisse pour seule arme ! En gros GameFAN s'est voulu ambitieux... un chouilla trop. La vertu de GameFAN est d'essayer d'apporter une vision un peu plus en profondeur du jeu vidéo au moyen public. Le ton doit s'adapter au joueur lambda qui découvre, donc doit rester simple, mais aussi satisfaire les joueurs passionnés et de culture très élevée, comme la plupart de tes visiteurs. Donc en cinq numéros pour le moment, difficile de réussir parfaitement cette double tangente. On a choisi la voie la plus risquée parce qu'on ne sait faire que ça. Mais le bilan est plutôt positif au niveau créativité. Economiquement, on équilibre. Humainement, nos rangs sont faits de gens qui n'ont pas la notion de l'argent, mais de la passion avant tout. Donc on avance doucement, patiemment et on essaye d'améliorer le mag au fur et a mesure. Ca va de coups de gueule à coups de pression et de divergence souvent discutés des heures... Mais le plus souvent, ça passe ou ça casse. GameFAN n'a pas eu la promo nécessaire pour se lancer et c'est ce qui lui fait largement défaut.

Quelles ont été les modifications majeures que le magazine a connu depuis le premier numéro ?

Entre le premier et le deuxième numéro, la maquette sans hésiter. Fabien est venu nous porter secours et il y a mis sa patte à la fois cartésienne et pleine de bon sens en corrélation avec l'esprit du jeu vidéo japonais. Mais la maquette est un casse-tête parce que nos articles sont encore beaucoup trop longs... Ensuite, les modifications majeures ne sont pas énormes sur le contenu. Les rubriques récurrentes sont en place depuis le début : arcade, rétro, rpg, tests et news. Après interviennent les dossiers de différents styles.

La couverture aussi a changé, elle est de meilleure qualité techniquement parlant. Les couvertures sont faites par Recio, qui est le graphiste de J-type, sauf pour le numéro 3, car Gallou s'est imposée dans le style en l'occurrence. Au fur et à mesure des numéros on a renforcé le sérieux du contenu. GameFAN se veut être moins un délire qu'Arkadia. On est pas là pour faire un mag qui va s'adresser à nos potes où pour se faire mousser dans le monde très petit du pro-gaming. Parfois les fameux pin points techniques me semblent n'avoir que ce but... faire de l'étalage de science pas toujours utile. Mais le mag, au niveau rédactionnel, garde une certaine continuité. Les changements majeurs ne sont que purement techniques pour le moment.

C'est justement l'un des points centraux de mes critiques ! D'ailleurs, comment se passe le travail au sein de la rédaction ?

A l'arrache. Nan j'rigole !

C'est une très bonne question, parce qu'on a la rédaction la plus anticonformiste du PPV (NDGael : Paysage de la Presse Vidéoludique), ça c'est sûr... Déjà, ça se passe dans un espace réservé à la rédac, au "paquebot" J-type. Je dis paquebot parce qu'en tant que tenancier de J-type et JCP, l'ambiance ressemble plus à un mauvais épisode de La Croisière s'amuse qu'autre chose.

Alors, plus précisément... Asenka, le "rédac chef" décide d'un chemin de fer qui va être fortement critiqué par moi-même en premier lieu. Mais au final, je vais fermer ma gueule parce que c'est son rôle de rédac chef de prendre les risques de ses choix. Ensuite, ce chemin de fer va être discuté en présence de divers rédacteurs "habitués". Les rédacteurs vont ensuite se voir attribuer leurs sujets en fonction de leur spécialités. Et les sujets vont tomber quelques jours après et commencer à être maquettés.

Heu, cette question est vachement généraliste... il me faudrait des heures Gael !

C'est juste. Mais nous avons déjà un petit aperçu de votre fonctionnement. Allons-y pour une question plus directe, dans ce cas : sur quels critères se basent les embauches, et plus particulièrement les mises à l'écart et licenciements ?

Haha, très bonne question. Les critères d'embauche : savoir de quoi on parle, avoir une certaine maturité, et savoir faire passer ce qu'on veut faire ressentir. Grosse culture obligatoire bien sûr... et rigueur. La rigueur est ce qu'on trouve de moins.

Les rédacteurs sont remerciés quand ils sont avant tout pas rigoureux, nous nous sommes passés de rédacteurs excellents qui ne rendaient pas leurs articles à l'heure. Ce qui m'est arrivé : j'avais une page, maintenant je suis par-ci par-là dans un free talk de fin de mission. La discrétion aussi est de rigueur. Nos rédacteurs ne sont pas discrets...

Justement ! As-tu une remarque ou une opinion à formuler sur ce qui s'est passé sur Editotaku (cf. lien plus haut), notamment dans les comportements de Frédéric B, Link et IK Rugal ?

Les rédacteurs qui s'exposent de trop et versent leurs opinions font pour nous preuve d'une grande immaturité, surtout quand ils parlent au nom de tout le monde et peuvent mettre en péril l'image d'un mag... Donc ils ont été sévèrement sanctionnés.

Sévèrement sanctionnés... c'est à dire ?

Eh bien, on ne cède plus à leur bon vouloir, qui peut être par exemple le choix d'un thème d'article. Parfois même, comme dans le cas de Fred, sa place a presque failli être remise en cause. Personnellement, je ne rigole pas avec ce genre de comportement puéril, et on n'est pas là pour se la jouer sur tel ou tel site... Link a aussi débordé.

Quelles sont, selon toi, les modifications principales qu'il faudrait apporter à GameFAN ?

Laisse-moi le temps de la réflexion. (silence) Pour moi, le mag n'est pas encore mature au niveau de la maquette, des textes, et de sa réelle réflexion sur le concept et le contenu. C'est pas assez réfléchi tout ça... Et je ne suis pas satisfait... Le jeu n'est pas joué et assumé a 100%. De l'audace, oui... mais de l'audace mal maîtrisée du bout des lèvres... Pas de réelles bonnes idées...

Pour finir, as-tu un petit mot pour Kanpai! et ses lecteurs ?

Oui. Nous vous remercions pour vos diverses critiques. Les plus constructives nous aident beaucoup. Nous ne demandons aucune indulgence de votre part. Car effectivement, le projet GameFAN est ambitieux et la couleur annoncée demande la maîtrise de professionnels du jeu vidéo, sinon il est inutile de faire ce mag qui ne serait que du flan... Seulement, Rome ne s'est pas faite en un jour, pour reprendre une célèbre phrase à l'envolée de mon ami Fred, et ses effets stylistiques à deux balles... et il le sait. Nous remercions aussi les lecteurs qui croient encore qu'internet est un bel outil mais que le net ne fait pas tout. Un support papier a son charme... un PC beaucoup moins. Et tous ceux qui ont la faith dans le jeu vidéo et qui savent encore apprécier ce qui se faisait avant.

Je voudrais qu'on sache que GameFAN est un essai d'aboutissement de rêve... comme en ont certains lecteurs. Perso, quand j'étais petit (c'est con de dire ça), je rêvais d'être à la place du gars qui me vendait des jeux à Shoot Again. Ensuite, je me suis dit : "un jour, je voudrais avoir mon Famitsu à la française". Et c'est aussi pour ça que je suis très critique envers GameFAN parce que ce mag représente mes rêves à demi réalisés... et que s'il est mal fait, mon rêve vire au cauchemar.

Merci pour le temps que tu as accordé, et bonne continuation avec les prochains GameFAN.

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