GameFAN : interview de Guillaume Dorison / Asenka

Rédacteur en chef

Texte lu, vérifié et validé par l’interviewé

Profil

Né en 1979, diplômé d’école de commerce, président de la CTPL (www.console-league.com), a commencé à travailler dans le milieu des jeux vidéo il y a 7 ans avec de l’événementiel, collectionneur d’arcade et fan de jeux de combats. A créé Japan Culture Press qui édite Game Fan, avec des associés liés au monde des jeux vidéo ou de la japanimation.

L’entretient débute en toute bonne foi par la lecture de mon article critiquant Game Fan #2, disponible sur ce site. Guillaume écoute posément et ne coupe pas mon monologue malgré la dureté de mes propos. Toutefois, le début de notre échange, une fois la lecture achevée, apparaît froid et tendu du côté du représentant de GF : pas facile de se faire entendre des critiques aussi véhémentes et directes, qu’il juge « pour certaines justes, compte tenu de la piètre qualité notamment du premier numéro, et pour d’autres absolument subjectives et en total désaccord avec [son] propre avis ». C’est pourquoi le discours autour de « ce qui appartient au passé » est malheureusement stoppé net, même si le bonhomme a eu le mérite non imputable de rester calme, d’accepter de répondre à toutes mes questions, et d’alimenter la discussion avec peu de condescendance malgré cette diatribe de départ.

L’actualité de Game Fan

A propos de la sortie du magazine, Guillaume précise que la sortie bancale du numéro 2 n’a pour but qu’ « un rééquilibrage, car Game Fan sortira à présent les 28 du mois ou alentour ». Il tient à préciser que « la qualité du papier est présente pour le numéro 3 avec une couverture de 250g contre 80g au premier essai, 80g qui correspondent au poids des pages intérieures de ce prochain numéro ». La reliure sera également présente. En regardant le Game Fan #1 aujourd’hui, l’équipe « se tape une barre », alors qu’à l’époque ils ont tous été déçus par la qualité de finition du magazine, car ils s’attendaient à bien mieux. Aujourd’hui, « il ne s’agit plus que de nostalgie ».

C’est vers une ligne éditoriale libre que veut se tourner l’équipe de Game Fan, en « ne s’adaptant pas au marché grand public bouché par JeuxVidéo Magazine, et dans une moindre mesure Joypad et Consoles+, mais en ouvrant des domaines pointus du jeu vidéo à des joueurs déjà un peu connaisseurs. Nous n’avons rien à apprendre aux pros de tel domaine ou de tel type de jeu ». Le positionnement de GF est « différent des autres gros magazines de la presse jeux vidéo : les sujets traités sont plus ou moins les mêmes, mais de manière différente, d’ailleurs les lecteurs de Consoles+ n’achètent pas Game Fan ». Guillaume et ses rédacteurs écrivent dans Game Fan « pour se faire plaisir, pour écrire ce qu’ils voudraient lire dans la presse JV ; GF est en quelque sorte la continuité d’Arkadia mais étendue à tous les genres de jeux vidéo là où Arkadia se limitait à la baston ».

De plus, mon interlocuteur insiste longuement sur les thèmes Retro qu’il souhaite développer dans son magazine : « on aime ça et c’est ce dont on a envie de parler ; le positionnement marketing s’arrête à la couverture, dans le mag’ on écrit ce que l’on veut ». Il m’assure également que le « passionnant » dossier de six pages sur Gunpei Yokoi qui sera diffusé dans le troisième numéro « n’a rien à voir avec ce qui a été fait jusqu’à présent ».

La publicité dans Game Fan

Le sujet de la publicité dans GF est clair pour Guillaume : « Game Fan n’a clairement pas la régie pub de Future France. Ce n’est pas que nous ne voulons pas de publicité dans le magazine, nous refusons simplement de brader nos pages réservées à la pub ou de nous faire acheter. Les éditeurs n’en ont plus rien à faire de la presse JV car elle ne représente pas assez de vente ; ils ont presque plus d’intérêt à acheter de la publicité dans Elle ou Nova qui toucheront de toute façon des joueurs au sein du grand public. Les rares publicités que propose Game Fan se font par copinage. On peut me proposer d’acheter ma couverture ou de surnoter certains jeux, en tout cas d’en parler de manière méliorative. Si nous refusons, un retour de bâton est parfois à prévoir… C’est pourquoi cette liberté d’expression que nous avons choisie nous coupe en quelque sorte le marché de la publicité. D’ailleurs, GF n’a pas beaucoup de contact avec les éditeurs, à part avec certains comme THQ ou la boîte de communication de Nintendô. De plus, nous n’avons que très peu de Gold Disc (les disques sans emballage de vente, envoyés à la presse avant la sortie officielle), les jeux testés proviennent d’un partenariat avec le magasin J-Type qui partage les mêmes locaux ».

GF et le reste de la presse JV

Game Fan assure avoir de bons contacts dans le milieu de la presse jeux vidéo. « Par exemple, Kael de Consoles+ m’a téléphoné avant la sortie du magazine, pour me souhaiter bonne chance : j’ai trouvé ça très gentil et poli ». Il s’accorde avec ma réflexion selon laquelle les rédacteurs du milieu regrettent cet eldorado du fanzinat et de la liberté de presse, « d’ailleurs si beaucoup adoreraient bosser dans GF pour pouvoir écrire ce qu’ils veulent, certains y sont déjà sous des pseudonymes ». Mais le rédacteur en chef refuse de citer des noms ! Il trouve toutefois ma métaphore plutôt juste : Game Fan est en quelque sorte le petit frère de la presse du jeu vidéo, à qui l’on passe les turbulences et la grande gueule sous couvert de sa jeunesse et de l’affectuosité qu’il dégage.

Lorsque le sujet FJM tombe dans la conversation, Guillaume n’est pas aussi radical que le seraient d’autres rédacteurs en chef. Il faut dire qu’il a participé avec Georges Grouard (Jay) aux trois premiers numéros du magazine Otaku. Ce que ce dernier pense de l’envol d’Asenka ? « A la sortie du premier numéro d’Arkadia, Jay a pu penser à une trahison, mais nous en avons discuté, et aujourd’hui tout est clair. Je commence à bien le connaître, et en tant que personne, je peux l’affirmer : c’est quelqu’un de bien, différent du personnage qu’il est dans ses magazines ». Concernant l’entreprise FJM, Guillaume souhaite rappeler qu’ « ils ont été précurseurs sur certains sujet, et ont le mérite d’exister depuis une dizaine d’années et d’engranger des bénéfices importants. Il faut reconnaître qu’ils ont réussi leur coup : avec leurs masses de magazines, ils ont tout compris au marketing ». Et sans leur école, Guillaume aime à penser qu’il n’y aurait pas de Game Fan aujourd’hui.

Pour finir…

En tant que rédacteur en chef, Asenka regrette l’âge d’or de la presse du jeu vidéo, mais apprécie son travail. Il s’estime « entouré de bonnes personnes, régulières ou pas dans leurs interventions dans le magazine ». Et lorsque Fabien Vautrin, représentant de feu les excellents Sugoi! / Chu! Project / Supa Supa Borudo, arrive dans la discussion, Guillaume n’en finit pas de le féliciter : « ce garçon sait tout faire, avec une humilité incroyable. Si un jour Game Fan rencontre le succès que nous espérons, tout le monde sait que ce sera grâce à lui ». Cela ne m’étonne pas de Fabien !

Merci à Guillaume Dorison pour avoir accepté de répondre à mes questions.

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