GameFAN : critique du #5

J'en aperçois déjà se marrer à droite à gauche, marmonnant dans leur barbe que je suis revenu sur des paroles que je n'aurai su tenir. J'avais en effet décidé de ne plus critiquer GameFAN sur notre site, fatigué des insultes et autres menaces qui m'auraient fait croire être revenu en arrière de quelques années, du temps où je critiquais les publications FJM sur le grand frère de Kanpai!, Game-no-Shinbun. Il faut croire que l'histoire se répète bel et bien. Toutefois, ce qui a motivé mon retour sur les planches de la virulence / du coup de main (c'est votre choix), c'est la demande expresse de Stéphan CAHN - gérant de Japan Culture Press qui édite GameFAN et se livre à Kanpai! dans un autre article.

Celui-ci, en bon responsable qui se doit, a bien compris qu'il ne pouvait pas s'appuyer sur les très majoritaires remarques façon fleurs pastel qui tombent du ciel et dégoulinent de bave, sur l'acnéique forum propriétaire ou les souvent très hors-sujets fils dédiés sur Gamekult. Reste que je n'ai pas l'intention d'être plus tendre que d'habitude, et ce, pour le bien de GameFAN qui a de plus en plus besoin de coups de bâtons internes, tant l'expérience montre qu'elle s'embourbe, coule, déborde, et tout un tas d'autres verbes comme ça qui ne sont pas très très gentils.

Note aux déjà furieux : pas la peine de venir pourrir notre livre d'or, préférez plutôt retourner au très pratique manichéisme qui vous anime, découvrant avec des yeux éberlués toutes les conversions GBA, et vous faisant enseigner l'histoire de la PC Engine par des gamins qui n'ont pas encore la vingtaine. JVMag est peut-être bourré de méchants capitalistes qui sont responsables de toute la déliquescence du jeu vidéo (et bien plus encore, si vous saviez, rah là là), mais eux au moins ont réussi honnêtement, plus que brillamment, et pas à 15€ la pige.

Et puis zut, je n'ai pas envie d'aborder de suite la lecture critique de ce cinquième numéro de GameFAN. J'ai plutôt envie que l'on revienne sur quelques jours chargés de commentaires, hébergés par l'ami Raton dans sa tanière / weblog, donnant à lire quelque deux cents pamphlets d'une mise en scène grotesque et incontrôlée. Pierre qui roule a amassé de la merde, le titre "GameFAN" est descendu très bas, nivelé par des intervenants pigistes tous moins élégants les uns que les autres, menés par un Raton médiateur que la poigne de sa verve n'a pas su diriger correctement. Ou alors trop bien.

La version originale, en dépit du nombre impressionnant de caractères et de l'imbécilité d'une kyrielle d'entre eux, vaut son pesant de cacahouètes, et mérite d'être mis en valeur plus que ce qui a été fait pour l'instant : http://ratonlaveur.free.fr/editotaku/index.php?itemid=703. Au programme d'un menu déséquilibré : mythomanie / schizophrénie / usurpation d'identité / menaces de poursuites judiciaires / insultes aux lecteurs / [...] au pédigrée du symphonique Frédéric B que l'on avait déjà reniflé, chacun à notre manière avec Raton, dès ses premières armes dans GameFAN. S'il n'a pas essayé de rouler une fois de plus les lecteurs, ce cher monsieur nous apprend au moins une chose : il faut se méfier de la pertinence des enseignements reçus dans certaines écoles de journalisme...

Où l'on découvrira, entre autres bonnes nouvelles, que les pigistes de GameFAN ne se connaissent pas entre eux, qu'ils se tirent dans les pattes invariablement, avant de savoir qu'ils bossent dans la même boîte comme après l'avoir découvert au détour d'un franc hasard, ou qu'ils sont prétendument menés à la baguette. M'enfin celle-ci ressemble plus à de la guimauve, tant les interventions de Guillaume comme de Stéphan ressemblent plus à de la honte pour un salarié, couplée à une promesse jurée-crachée que cela ne se reproduira plus jamais, oh que non, et que des mesures seront prises. Pour finalement s'apercevoir que d'une extrême à l'autre, soit l'accusé revient à la charge sur un autre domaine communautaire pour blasphémer invariablement au nom du magazine, soit on a tout simplement ôté son pseudo ridicule d'un ours qui ne l'est pas moins, lui permettant ainsi de laver son linge sale en public, notamment pour une histoire d'excuses à la con.

Bref, oui oui, maintenant c'est bien sûr et certain : GameFAN, c'est un beau bordel, au sein duquel chacun se tape dessus. Les étudiantes correctrices loin d'être secrétaires de rédaction, via leur "amorlortografe.skyblog.com" (dont la responsable (c'est le mot) aurait disparu de la relecture pour le volume 5...), étant un modèle intéressant du malaise qui règne dans la fabrication d'un numéro. Au centre d'un tel imbroglio, je vous livre mes suppositions : un Fabien VAUTRIN qui pleure de honte en continuant, parce que comme tout le monde, il faut bien qu'il mange ; un Guillaume DORISON qui découvre éhontément et benêtement (page 90, première partie du texte), notamment qu'il ne comprend pas certains des articles qu'il publie, ou qu'on lui a vendu un article pré-publié gratuitement ; un Stéphan CAHN qui a connu des aventures et se rend compte lentement, une nouvelle fois, que ce n'est pas avec GameFAN qu'il risque de l'avoir, son Famitsu à la française.

J'espère qu'on n'osera pas nous affirmer à l'avenir que GameFAN se crée dans la joie et la bonne humeur, comme au temps de Player One ou de Tilt Consoles+, tant certains intervenants du magazine nous ont donné une bonne leçon de nullité sur cette page d'Editotaku. Pourtant, beaucoup plus dommageable que cette découverte pour quelques centaines de nerds qui passaient par là, est la transparution d'un tel manque d'organisation. L'impression de puzzle maladroitement assemblé, auquel il manque trop de pièces, se ressent quelque peu dans la lecture de ce cinquième opus. Et cet écueil, pourtant, on a dû enseigner comment l'éviter, autant en école de marketing qu'à celle de journalisme...

Passé ce spectacle douteux, qui fera date dans l'histoire de la presse vidéoludique pour son concert de mauvais goût, il nous faut à présent ouvrir ce numéro 5 en tentant de mettre tout ce royaume de portnawak de côté afin de critiquer objectivement l'opus en question. Et c'est chose moins ardue que prévue, tant on pourrait jurer au recueil d'hypocrisie face à une telle absence de transparence. Le champ de bataille galactique qui nous a été donné de suivre laisse place à un GameFAN tête bien haute, beaucoup trop d'ailleurs, tant la prise de melon exponentielle de plusieurs intervenants fatiguera la lecture. Et lorsque l'on essaye de passer sous silence le prétendu remerciement d'un responsable de rubrique (mais que s'est-il réellement passé ?), le rédacteur en chef parle maladroitement d' "occupations professionnelles", page 90.

Mais revenons à nos moutons linéaires. De prise en main, le GameFAN #5 contente : 116 pages et toujours très peu de publicités (qui semblent pour certaines comme contaminées par le manque de polissage du mag et singent leurs fautes), couverture d'épaisseur correcte, de papier encore fin mais très passable, si tant est qu'on lise le magazine à plat. L'anachronique dos carré est oublié au profit de deux agrafes qui semblent solides. Moins large et moins long, avec son peu de pages donc un faible poids, l'ensemble paraît solide. Mieux : le dos carré ne manque presque pas, sauf pour le rangement, mais c'est une autre histoire moins importante. Concernant l'illustration de couverture, les responsables jouent toujours plus avec le feu du droit d'auteur mais ont au moins le mérite, cette fois, d'apposer un petit copyright. Qui ne sert pas à grand chose, toutefois.

Je trouve la couverture jolie : au premier coup d'œil on jurerait presque un trait de Kishimoto, elle perd donc son aspect "fan(zine) art". GameFAN ne prend pas le risque de ne pas être reconnu parmi les amateurs du milieu, juste celui d'être rangé dans les mauvais rayons des presses : ne traitant pas du tout de japanimation, le choix peut paraître douteux s'il n'est mercantile. Bonne idée que le "making of cover", sous un édito malheureusement effarant de naïveté et de mémoire courte. N'est pas éditorialiste qui veut ; quitte à choisir, j'aurais remplacé ces lignes dans GameFAN par une prise de température de la rédac, si tant est qu'il existe une version officielle plus hypocrite que celle aperçue sur Editotaku. Je ne résiste pas au contraste "la sauvegarde du mag est alors notre objectif à tous et tout est question d'argent dans ce bas monde", suivi de quelques lignes plus bas "Nous n'avons aucune limite, aucune censure, aucune directive de qui que ce soit". Joli.

Reste qu'étant de leurs dires même "devenus imbus de [leur] prose" (page 3), les rédacteurs de GameFAN se satisfont clairement de bien -trop- peu. A commencer par des travaux ridicules sur des pseudo-réflexions minables. GameFAN se branle la nouille sur certains écrits pathétiques qu'on ne laisserait même pas passer au collège tant ils brassent du vent et ne mènent à rien. C'est un véritable sommaire qui nous offrira entre autre cette approche ; il reste un bloc vide, il manque des codes couleurs pour s'y retrouver, mais l'effort est là et cette page doit à mon avis rester. Hors, la page 5 comme le "sprite du mois" de l'édito Retro font un peu tache. L'idée n'est pas mauvaise, loin de là, mais si GameFAN se bat pour exploiter au maximum sa quantité de page (corps de typographie parfois réduit, bien vu), il est trop tôt pour se permettre de les gaspiller de la sorte. Surtout qu'à 5,5€, il vaut mieux la jouer tête basse.

Il y a à douter, ensuite, de l'utilité d'une rubrique de news/previews atrophiée, coincée sur deux pauvres pages, inintéressantes de surcroît. Pourquoi ne pas profiter du compactage dû au dossier TGS pour évincer cette rubrique inutile au profit de cinq/six pages uniques consacrées à un seul jeu, à l'image de la page 8 ? On le constate dans chaque rubrique : GameFAN n'a pas vocation à tout couvrir, donc autant s'arrêter précisément sur quelques titres, au lieu de partir sur n'importe quoi dans des textes de quelques lignes qui ne servent à rien.

S'ensuit un sympathique dossier sur le TGS qui a toutefois, à cause du support presse, un bon train de retard puisque les intéressés se seront déjà rassasiés cinq à six semaines plus tôt sur internet. Le dossier a au moins le mérite de se présenter en belle vitrine d'évolution de la maquette qui s'affine de numéro en numéro (attention aux légendes à la verticale, toutefois !). Le choix des jeux présentés y est également judicieux, et sent bon le Sugoi! de la belle époque dans les titres mis en avant et la manière de conduire les paragraphes (en terminant, par exemple, pour un récapitulatif des informations). Il y manque néanmoins, à mon goût, plus d'impressions et d'informations sur le salon en lui-même, d'autant que la construction du dossier en "blocs" est simpliste et linéaire : les éditeurs puis les jeux.

Je passe rapidement sur le "dossier" (sic) de quatre maigres colonnes, signé Frédéric B, qui ressemble plus à une tribune ridicule qui repousse les limites du grotesque. La récompense du meilleur chef-d'œuvre lui revient de toute façon, pour en particulier son utilisation de "cognicité" (mes respects pour le néologisme), et en général pour l'ensemble de son œuvre. Je préfère zapper le reste de ce paragraphe pour ne pas être taxé de diffamateur...

Heureusement, la suite du magazine s'avère plus intéressante, en revenant au système habituel : tests (est-ce vraiment Olivier SCAMPS qui critique le dernier Shin Megami Tensei ?), partie RPG, partie Retro, partie Baston, partie Arcade, en gros. J'aime bien ce découpage en mini-magazines : cela nous change des éternels rouages lus dans la presse vidéoludique. S'il mérite encore un peu plus de rigueur et d'identité pour bien séparer les rubriques (pourquoi les tests de jeux de combat ne sont-ils pas dans la rubrique Arkadia ?), je pense que ce découpage est à conserver. En outre, la maquette s'est affinée, avec notamment l'ajout d'un bloc résumant les dates de sorties des jeux sur les trois principaux marchés. Dont acte. Disparition, en revanche, d'une des meilleures rubriques du magazine : Warp Revolution. Ce n'est que temporaire paraît-il, espérons-le pour que GameFAN ne vire pas doucement vers une "rentrée dans le rang" du contenu à la Joypad ou Consoles+.

J'apprécie également les demi-pages de retour sur des bons jeux d'anciennes générations de machines. Cela permet de mettre en lumière des grands titres, bien que le choix de traiter des RPG dans la partie "Level Up" et non dans la partie "Retro" peut encore prêter à débat. De plus, quel est l'intérêt de mettre des notes à ce titres, testés rétroactivement, d'autant plus que le choix de jeux présentés se limite aux titres de qualité ? Ichigo s'écrit-il avec le kanji 誤 (comprenne qui pourra) ? Je passe sur le journal d'Aliasaka dont l'intérêt est encore à démontrer pour m'arrêter rapidement sur la partie Arcade, intéressante et souvent trop peu traitée dans cette presse alors qu'elle réserve des bonnes expériences (et pas seulement dans le genre baston, merci !). Très intéressant également, comme d'habitude, est le dossier de Florent dans la rubrique Retro. Chaque mois, c'est un plaisir de le lire : propre, écrit correctement, humble, sans fioritures... Beaucoup d'intervenants dans GameFAN devraient en prendre de la graine.

Beaucoup moins agréable est l'éternel retour des fautes à chaque numéro. GameFAN ne semble pas pouvoir s'en débarrasser, et en arbore souvent plusieurs par page : orthographe, accords, construction phrastique... jusqu'au titre des jeux est écorché, par exemple parmi tant d'autres : "Sand of Time" et "Golden Eyes", rien que sur la première page d'actualité. On lira également "Dragon Quest XIII", "FFVIII Advent Children", mais aussi "Metroïd" à répétition p.8, "Okami" (bravo pour le changement de sens), "Beforce Crisis", "Shutoku Battle", ou encore "Bare Knucles" / "Bare Knuckes" / "Bare Knuckles" p.94 (superbe combinaison, alors que les légendes et sous-titres écrivent correctement "Bare Knuckle")... Tuant et absolument honteux.

Les noms propres ne sont pas en reste, et par exemple Frionel déchiquettera totalement le manga Naruto : il écrira "Jiraya", "saanin", "Shizume", "Kyubii", ou encore l'attaque "Shidori". Cela ne veut plus rien dire du tout. Ce brave bonhomme n'a sans doute aucune connaissance en Japonais (qui a dit comme Bruno en Anglais ?), et il n'est pas à blâmer pour cela, mais le moindre des respects est de vérifier les noms propres qui ne passent pas au F7. Je zappe les dizaines d'autres fautes qui composent le magazine, pour préciser que via celles-ci, il y a un énorme manque de rigueur et de respect qui transparaît, à corriger urgemment.

Comme d'habitude, ce n'est naturellement ni la faute des correctrices, ni celles des rédacteurs qui selon eux envoient leurs articles sans fautes ! Et comme chacun sait, les fautes ça pousse dans les articles comme par magie, lorsqu'on a le dos tourné... Le manque de respect envers les lecteurs (mais oui, vous savez, ceux qui déboursent trente-cinq balles tous les mois pour une centaine de pages) passe également par là, dans cette manie de se renvoyer la balle. Les intervenants semblent avoir beaucoup de mal à accepter l'erreur, alors qu'il faudrait peut-être commencer par là pour pouvoir enfin améliorer le fond du magazine. Personne n'est irréprochable, alors on s'excuse platement, un point c'est tout, et on fait mieux la prochaine fois. Vraiment. Pas en lançant des paroles en l'air comme les textes du mag' savent si bien le faire.

GameFAN semble perdu, entre des textes qui n'arrêtent pas de se plaindre qu'ils manquent de place pour continuer (et heureusement, sinon bonjour le massacre) et un ramassis d'absurdités et de paradoxes qui foisonnent dans et autour du mag. L'équipe paraît tout sauf soudée, les rédacteurs ne se connaissent pas, certains pensent GameFAN comme un hommage à Player One, d'autres tout le contraire. Et pour gérer tout ça, un rédacteur en chef qui fait des choix très douteux et se pignole dans ses éditos comme ses articles. Certains rédacteurs s'aventurent sur des terrains qu'ils ne maîtrisent pas, en plus du fait qu'ils n'écrivent pas proprement. Parfois, les textes nous donnent tour à tour l'impression de "recherche Google / traduction Babelfish non corrigée / j'écris n'importe quoi pour faire défiler des lignes" ; la plupart sont transparents, insipides, chiants à lire. GameFAN ressemble à un gros paquet de velléités, qui ne touchent jamais au but mais ne manquent pas de crâner, prétendant faire réfléchir le joueur (quelle honte !).

Avant de crier à la merveille, il faut impérativement être plus strict dans la fabrication du magazine. Par exemple, faire relire chaque article par plusieurs personnes différentes, et non une correctrice qui n'y pipe rien ou presque en jeu vidéo (sauf son respect, mais comment ferait-elle sinon pour laisser passer de telles fautes, notamment dans les titres des jeux ?). A éviter impérativement, des phrases comme celles de Yan Fanel qui, pour éclairer sa thèse de l'intérêt de la vue à la première personne, nous demande de nous "souvenir" de Metroid Prime. Pour un magazine qui se veut relativement axé rétro, ça fait mal, d'autant que les exemples analogues ne manquent pas. Il faut donc homogénéiser du point de vue du fond un magazine qui s'améliore de numéro en numéro sur le plan de la forme (attention toutefois aux photos dégueulasses de certains articles). Les textes sont, pour la plupart, encore très loin du correct et a fortiori du pertinent. Plus encore lorsque les créateurs s'en vantent. Alors attention aux faux pas !

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