Dark Water

De Hideo Nakata

Honogurai Mizu no Soko Kara sera plus connu sous son alias occidental Dark Water et, non, il ne s'agit pas d'une adaptation du jeu de Sunsoft sorti il y a des années sur MegaDrive. Toujours est-il que le film, réalisé par Nakata Hideo depuis la nouvelle de Suzuki Kôji, comme il l'avait fait pour l'excellent et reconnu Ring, entreprend clairement de nous conduire pendant ses deux petites heures au sein du cauchemar et de la descente aux enfers de sa pourtant charmante héroïne.

Sur une base pas si éloignée du scénario de Ring, Dark Water met en place une histoire de fantôme, de malédiction, d'appartement hanté, et surtout d'eaux. En effet, l'eau fait incontestablement partie du casting principal dans cette fable intimiste de deux, trois décors pour une demi-douzaine de personnages à peine. Cette tension palpable est renforcée par l'absence d'échappatoire ; il faudra ainsi emménager avec Yoshimi (Kuroki Hitomi) dans son nouvel appartement insalubre, constater avec elle l'agrandissement de la tâche d'eau qui coule de son plafond, se méfier de plus en plus des bruits de pas d'enfant qui proviennent de l'étage au-dessus, pourtant abandonné depuis que la fillette a disparu deux ans auparavant et que ses parents ont déménagé.

L'on suit donc l'aventure et l'enquête avec Yoshimi, prise dans sa tourmente et, peut-être, ses hallucinations. Le plus impressionnant étant que Dark Water ne fait pas vraiment peur ; il prend aux tripes en faisant monter le suspense très graduellement, ne nous prévient pas musicalement, au contre-pied de ce que nous a appris notre éducation filmique occidentale. Et pourtant, malgré la compréhension limpide lorsque l'on suit Yoshimi, si le scénario est plus qu'explicite, il nous faut voir, il nous faut constater, il nous faut vivre ce que vit la protagoniste et opérer sa catharsis avec elle, accepter le déroulement et peut-être surtout son dénouement dramatiquement romantique.

Dark Water a cette force de scénario, de script et de mise en scène ; il y a du génie dans le maniement du spectateur et sa compréhension ; et probablement surtout il donne une leçon de paillettes à beaucoup (trop ?) de films qui en font des tonnes pour nous capter, alors qu'avec deux fois rien Dark Water, lui, nous captive.

Un chef-d’œuvre de l'angoisse, incontestablement.

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