Les Contes de Terremer (analyse)

Gedo Senki / Tales of Earthsea (Goro Miyazaki - 2006)

Long-métrage très spécifique au sein de la filmographie du studio, Les Contes de Terremer marque l’arrivée d’un nouveau réalisateur : Goro Miyazaki, fils du réalisateur phare Hayao. Diplômé en sciences forestières, il travaille pendant huit ans sur des projets paysagistes avant de participer à la création du Musée Ghibli, qu’il dirigera à partir de son ouverture en 2001. En 2005, il rejoint sa femme au Studio Ghibli, rapatrié par le producteur Toshio Suzuki pour rafraîchir les effectifs des réalisateurs vieillissants.

Le parachutage compliqué d’une personnalité difficile

Cette arrivée soudaine de Goro Miyazaki a fait grincer de nombreuses dents, au sein même du studio, mais également dans la presse et auprès du public, pour plusieurs raisons. D’abord, à 38 ans, Goro n’a aucune formation d’animateur et encore moins de réalisateur de films d’animation. Son parachutage à la tête du nouveau film d’un studio aussi renommé que Ghibli peut sonner comme un coup marketing basé a priori sur la seule force de son nom (le respecté Hayao Miyazaki étant synonyme d’entrées très importantes depuis Princesse Mononoke). D’autres réalisateurs et responsables d’animation au sein du studio attendaient leur tour depuis de longues années, et se sont vus doubler par un « fils de ».

Les spectateurs, eux, ont pu se sentir trahis dans la confiance qu’ils accordaient à Ghibli. D’abord, parce que Les Contes de Terremer s’avère d’une qualité très discutable, en particulier au regard du niveau d'excellence auquel les avait généralement habitués le studio. Mais ce sont aussi et surtout les sorties médiatiques de Goro Miyazaki qui ont choqué le public japonais, très à cheval sur la loyauté et le respect des anciens. En effet, Goro a fustigé Hayao à plusieurs reprises en interview, critiquant son échec total en tant que père et lavant son linge sale en public.

La production des Contes de Terremer durera huit mois et demie, soit moitié moins que pour Le Voyage de Chihiro ou Le Château Ambulant. À sa sortie, il attirera plus de six millions de curieux (et s’attirera une volée de bois vert parmi les critiques) et rapportera plus de huit milliards de Yens au box-office. C’est le meilleur score de 2006 au cinéma japonais, mais également deux à trois fois moins que les précédents films de papa Miyazaki.

Un transfert de la relation père-fils

Le manque de personnalité des Contes de Terremer lui a été beaucoup reproché. Le film est officiellement basé sur la série de romans écrite par l’Américaine Ursula K. Le Guin, plus précisément le troisième livre. Mais un œil averti découvre rapidement un ensemble d’éléments, de composantes essentielles voire de séquences entières récupérés des travaux de Hayao Miyazaki. Citons le manga Le Voyage de Shuna, la poursuite du Chat Botté, le combat contre les loups de Horus (voir photo), ou tout un tas d’éléments de Nausicaä, Heidi ou encore Mononoké.

C’est ce qui explique sans doute en partie le traitement des protagonistes, en particulier celui d’Arren, le personnage principal. Jeune homme torturé, il démarre le film par son parricide d’un Roi charismatique et aimé. La quête d’Arren est parfois celle d’un adolescent plaintif qui se cherche alors qu’il a déjà tout, désaxé dans l’ombre qu’il se projette de son propre père. Son aventure montre de la naïveté, de la schizophrénie, de la malléabilité et un manque d’ambition et de sérénité effarant.

Il est difficile de déterminer si Goro Miyazaki effectue une catharsis dans la quête spirituelle d’Arren, mais cela va en désaccord avec les propos qu’il tient lui-même autour de la sortie de Terremer. Catapulté dans ce siège de réalisateur sans maîtriser les compétences requises, il montre de la fébrilité à trouver sa place dans la filmographie de son père qu’il singe sans identité. Lorsqu’on connaît le passé syndicaliste socialiste de Hayao dans sa jeunesse, et sa lutte contre les privilèges, l’ironie est d’autant plus marquée !

Les Contes de Terremer s’avère être un film d’animation compliqué à appréhender, car traînant son lot de casseroles et délicat à imbriquer dans l’œuvre de Ghibli. Cinq ans plus tard, Goro Miyazaki aura l’occasion d’un nouvel essai en tant que réalisateur du studio, avec La Colline aux Coquelicots.

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ゲド戦記 (Gedo Senki)

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Commentaires

DavidOsaka
12 Décembre 2012
13:13

J'ai adoré les romans, l'idée même que Ghibli, que j'aime beaucoup, approche cette histoire m'a mis mal à l'aise... ce n'est pas du tout adapté et le résultat est décevant.

Mais sinon, j'adore ces articles d'analyse de ces animés.

Lana
18 Décembre 2012
13:56

J'ignorais tout des propos de Miyazaki fils dans la presse... peut-être voulait-il provoquer, se différencier à tout prix de son père ?

J'ai un sentiment mitigé sur Terremer. Ne connaissant pas les oeuvres originales, je l'ai regardé avec un oeil "vierge". Le dessin est beau, la mise en scène aussi; j'ai particulièrement aimé cette jolie chanson (dont j'ai oublié le titre T_T) ... et en même temps, dès le début du film, c'était comme si quelque chose n'allait pas. Comme s'il fallait déjà dire "c'était une oeuvre de jeunesse !"
Il y a une certaine maladresse; on ne va pas au fond des choses. Le héros est, certes, torturé, mais semble surtout assez lisse. Tous les personnages semblent manquer de profondeur.

Au final, on se retrouve avec une oeuvre bancale.

Praline
23 Avril 2014
19:10

Le titre de la chanson en question : "Teru no Uta"

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