Avalon

Film Mamoru Oshii / Kenji Kawai

Avalon...

Il en aura fait couler, de l’encre. Réalisé par OSHII (l’homme derrière les Ghost in the Shell, entre autres), tourné en sépia, en Pologne et en polonais (avec Malgorzata Foremniak qui interprète Ash), il avait tout pour effrayer les amateurs de japanimation bien ancrés dans leurs clichés confortables. Pourtant, le film se présente comme une revisite intéressante des paradoxes à la Matrix. S’inspirant sans vergogne des idées de la licence en question (bien que les frères WACHOWSKI soient fans d’OSHII, paraît-il), il se place toutefois sur un plan différent puisque, diront les –vrais– fans, non mercantile. Si les ambitions d’Avalon n’arrivent pas à la cheville de celles de Matrix, le script antinomique du premier n’oublie pas de singer jusqu’à l’utilisation abusive des effets spéciaux du second. Dans le film d’OSHII, c’est certes plus discret et pour des raisons que certains jugeront plus nobles (esthétique froide et angoissante de l’image onirique, évincement des battements de cils, etc.), mais l’idée est la même.

D’où mon dilemme : Avalon vaut-il tellement mieux que Matrix qu’on veut bien le penser ? Certains essais sont de franches réussites dans le film. Je pense au filmage et au montage d’un réalisateur peu habitué à la caméra, à certaines prises de risques esthétiques bien senties et au rendu finalement intéressant, ou encore bien entendu aux partitions de KAWAI Kenji qui rythme avec un bonheur sans fin la pellicule. Mais, malgré toute la bonne volonté du monde, Avalon a malheureusement oublié un point très important : le scénario. Car le film raconte l’histoire chiante d’un MMORPG plus libertaire que la vie elle-même, avec un dernier niveau plus vivant que le monde réel, blabla qu’on a vu et revu cent fois ailleurs. En-dehors de son esthétique particulière, qu’offre donc Avalon de plus que ses concurrents ? La présence du chien d’OSHII qu’il essaye de placer un maximum de fois au cours du film ? La romance de WoW ou FFXI pour geeks qui n’en auraient pas encore assez ? Ou tout simplement un beau film contemplatif, désespérément long, auquel on aurait tout simplement oublié d’expliquer les tenants et aboutissants ?

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Commentaires

Yvan
15 Février 2006
23:35

Je dois avouer que j'ai jamais reussi à finir le film, je me suis toujours endormi avant :(

Feufollet
18 Février 2006
00:51

Nan, mais y'a la musique surtout...
Kenji Kawai qui se lache: rien que pour la B.O. ça vaut le coup de regarder le film.

Dert
27 Février 2006
00:34

"S’inspirant sans vergogne des idées de la licence en question (bien que les frères WACHOWSKI soient fans d’OSHII, paraît-il)..."

J'aime bien le "sans vergogne". Il faudrait peut être réviser son cours. Les deux frères Wachoski ont clairement revendiqué leur profonds respect et admiration pour Ghost in the Shell de 95, dont ils se sont largement inspirés, à tel point d'en reprendre même des plans, tel l'atterrissage de Smith sur le toit d'un building durant une poursuite, identique à celui du major Motoko Kusanagi lors de l'attaque du musée innondé. Nous sommes bien au delà d'un dubitatif "il parait", c'est un fait. Ironie étant, qui a réalisé GitS?

Mamoru Oshii.

Ah.

"Car le film raconte l’histoire chiante d’un MMORPG plus libertaire que la vie elle-même, avec un dernier niveau plus vivant que le monde réel, blabla qu’on a vu et revu cent fois ailleurs."

Heu bien non, justement. J'ai un respect pour ce film qui ose traiter du phénomène du repli pathologique au sein d'univers virtuels de manière plus concrète qu'un Matrix qui survole le sujet pour y caser ses scènes d'actions, certes réussies, mais qui n'offrent guère plus.
Le thème s'articule autour du jeu vidéo, et y est analysé de manière intelligente et respectueuse vis à vis de ce média. Il marque de par son authenticité, message à l'image de cas typiques d'otakus totalement isolés, dont la vie réelle est si moribonde que leur existence se limite à vivre dans le virtuel.
Ce qui est parfaitement illustré par un des passages, que beaucoup considèrent comme pesant et ennuyeux, où l'on nous dévoile un moment de la vie d'Ash lorsqu'elle ne joue plus. Il aurait été impossible, justement, de mettre l'accent sur la nature totalement soporifique de la vie de ces joueurs autrement que par ces séquences de scènes de vie qui sont pénibles à contempler. L'image vaut mieux qu'un long discours, et une suite d'images animées est encore mieux. Cela aide à comprendre la solitude et l'ennui des joueurs. Ce qui est totalement voulu et assumé.
En comparaison, les moments de vraie vie, ceux d'Avalon, sont emplis d'action et d'évènements, de motion. Cela aide à expliquer aussi l'addiction au jeu.
Puis j'ai tout particulièrement adoré la manière dont est traité le concept de clan de joueurs. Jamais le film ne se moquen jamais d'eux. Eventuellement, il peut considérer ces joueurs via un regard de pitié et compassion, mais jamais les tourner au ridicule et à la caricature.

La fin d'Avalon pose la question suivante: faisons-nous partie de la classe réelle, théâtre complètement factice mais néanmoins complexe, servant de terrain d'exploration et de jeu à une poignée d'individus spéciaux tels que Ash, où est-ce que cette classe réelle n'est qu'une vaste simulation de haute qualité qui ne nous concerne pas, nous, individue réels?

Dans ce cas, où est la véritable vie? Est-elle jamais dévoilée dans le film?
Admettons que l'option 1 soit la bonne. Murphy, et sûrement Ash, une fois tués dans la classe réelle, se désintègrent. Mais qu'en est-il si on tue un personnage non joueur de cette fameuse classe, c'est à dire nous, qui croyons avoir une vie propre (voir le traitement d'un principe similaire dans le film "Ouvre les yeux")? Totalement incorporé à ce seuil de réalité virtuelle, un PNJ aurait toutes les chances de mourrir de manière réelle, à l'indentique d'un décès tel que nous le caractérisons, selon les principes physiques qui régissent le monde qui nous entoure (par exemple, une balle tirée par un pistolet, et nous heurtant de plein fouet, perforera nos tissus et détruira nos vaisseaux sanguins, puis Avalon gèrera tout ceci selon les règles de notre quotidien), hormis quelques exceptions comme Murphy et Ash entre autres.

Là où les personnages de Matrix ne peuvent pas quitter leur esprit pour fusionner avec la matrice, les joueurs d'Avalon ont ce choix, à la manière d'un ghost, et certains d'entre eux quittent définitivement ce monde étrange que la plupart considèrent comme leur quotidien tangible et concret, mais qui est si aseptisé et froid en comparaison de ce que la classe réelle procure.

"La romance de WoW ou FFXI pour geeks qui n’en auraient pas encore assez ?"

Etant donné qu'il n'est point questoin de romance dans ce film, je me demande si nous avons vu le même.

"Ou tout simplement un beau film contemplatif, désespérément long, auquel on aurait tout simplement oublié d’expliquer les tenants et aboutissants ?"

Le tenant principal est pourtant très clair et tourne autour de la quête personnelle de Ash, de son passé de joueuse au sein d'un clan qui n'est plus, et de cette mystique classe A. Les thèmes, eux, ne demandent qu'à être fouillés pour le peu qu'on s'en donne la peine. Oui je sais, le cinéma à l'américaine a tendance à tout prédigérer pour le spectateur, rendant Matrix beaucoup plus abordable, mais Avalon mérite que l'on réfléchisse dessus.

Voici quelques bons films à regarder qui traitent plus ou moins du même sujet: ExistenZ, The Thirteenth Floor, Ghost in the Shell, Ghost in the Shell: Innocence et Nirvana, et même quelque part Dark City en cherchant bien.

Gakman
28 Février 2006
18:02

Simple mot pour dire que je suis totalement d'accord avec Dert mais pas du tout avec Gael...
Je pense que ceux qui ont vu Avalon comme un film traitant de jeu vidéo devraient s'y attarder plus longuement car ce n'est absolument pas son sujet ! Il parle "simplement" du sens de la vie. Qu'est-ce que la réalité ? Tout est concentré dans les réplique de Murphy, peut-elle n'être que ce que nous voulons qu'elle soit ?

Goshu
10 Avril 2006
15:24

C'est dingue cette comparaison systématique avec Matrix! (Même si je la comprends :p elle m'énèrve un peu)...
"Si les ambitions d’Avalon n’arrivent pas à la cheville de celles de Matrix" O_o
Euh, personnellement, je trouve que les ambitions d'Avalon surclassent largement celle de Matrix, "qui ne cherche" qu'à paraitre intelligent sous de beaux discours... Pour info, Matrix aurait été influencé par l'oeuvre de Jean Baudrillard, philosophe français; réponse de ce dernier sur Matrix "Il y a un malentendu bien sur, c'est la raison pour laquelle j'hésitais jusque-là à parler de Matrix. Le staff des Wachowski m'avait d'ailleurs contacté après le premier épisode pour m'impliquer dans les suivants, mais ce n'était vraiment pas concevable! (Rires.)" lol
Avalon est plus subtile et nettement moins accessible que Matrix, c'est ce qui fait en partie son charme...

bestam
17 Avril 2006
00:47

Avalon c'est comme Fight Club sans Brad Pitt. Ou Akira sans le son.
Pour moi, le film est plat et manque totalement de rythme. Ne croyez-vous pas que le réalisateur devait être déçu quand il a regardé son oeuvre achevée? J'aurais pourtant tellement aimé sentir "plein de choses" dans la scène de l'opéra, jouée dans une sorte d'église. La musique et la poésie avaient l'air d'être là, mais euh... bon, il manquait un gros truc je vais dire.
A part ça je trouve le jeu relativement avant-gardiste, étant donné qu'au moment du début du tournage, le carnage des MMORPG chez les jeunes gamers ne faisaient que démarrer. Dans le film, l'ennui et l'apathie des victimes sont effectivement bien rendus. De même que le contraste entre le manque d'intérêt pour la vie réelle et l'obsession pour le monde virtuel. Mais le film n'apporte que très peu d'éléments de réflexion - il se contente de mettre en scène LA problématique des jeunes du 3ème millénaire sans y apporter la moindre construction. Un désastre à mon sens.

TheCreech
20 Septembre 2006
02:29

Personnelement je ne comprend pas vraiment le lien qu'on fait systematiquement entre Matrix et Avalon, le premier posant des questions sur la nature de la realité le second sur sa valeur......

sykopanzani
16 Juin 2007
22:55

Vu au cinéma, bouleversé par la musique !
A voir et se faire un avis personnel .
Merci Kanpai !
Merci a vos articles !

Ytreza
25 Décembre 2007
15:56

Pas trop su quoi en penser à l'époque, puis revu depuis : et je dois dire que ce film est très bon, très beau, très bien fait, plein de symboles et de leitmotiv qu'on met du temps à déceler et interpréter.

La comparaison avec Matrix n'a en revanche pas lieu d'être, étant donné que ce dernier n'est qu'un film d'action involontairement rigolo (je pense en priorité aux deux suites, mais le premier film est assez drôle dans son genre aussi). Et surtout, il ne faudrait pas croire que, sous prétexte qu'il a eu un certain succès, Matrix a inventé quoi que ce soit : son idée fondatrice est un classique du roman SF (et pas seulement des romans, en fait), tandis que ses effets spéciaux sont une actualisation high tech un peu lourde du cinéma chinois.

Reste que le film m'avait bien plu à l'époque... mais il n'a pas l'envergure d'une fable philosophique, contrairement à ce que les créateurs, parodiant de vrais créateurs tels que Oshii (dont le symbolisme est certes parfois agaçant, je l'avoue...), ont fini par vouloire faire croire - ou à croire eux-mêmes.

obagi
09 Septembre 2008
13:43

gael a dit:
"La présence du chien d’OSHII qu’il essaye de placer un maximum de fois au cours du film ? "
Peut etre la seule remarque qui soit juste ... mais a question est: "et alors?"

Finalement un film "conceptuel" vaut mieux qu'une critique encrée dans les clichés ...
je me suis aussi endormis la premiere fois que je l'es vus, car je pense que c'est un film a regarder dans le silence total , dans un esprit de reflection et sans attentes particuliere a part celle d'essayer de comprendre l'auteur plutot que d'attendre de lui un "divertissement" ...
Avalon traite le sujet ok, mainte fois exploité soit "le monde virtuel mieux que le monde reel", mais il apporte sa touche personnelle ce qui fais de ce film un "concept" unique, qui se raproche plus de serial experiments lain que de matrix ^^, mais garde une autenticité propre a oshii, et du message que je trouve pecimiste personelement, qu'il vehicule au travers d'une technologie que l'on ne peut s'empecher de trouver "oppressante" .
tres bon film

INRI
20 Février 2009
22:14

N'oublions pas que l'auteur Kenji Kawai, à écrit cette histoire suite au visionnage de Blade Runner et mis presque 10 ans à trouver son financement... Ce qui explique que beaucoup s'en sont inspiré jusqu'au plagia ! Méconnu certes, il n'en demeure pas moins (dixit James Cameron) une oeuvre incontournable.
Cinéphilement Vôtre, EB

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